L’ascension de jess parize

Autres informations / 28.02.2015

L’ascension de jess parize

Jess Parize a décroché sa première victoire au niveau Listed avec le succès de Solojorie (Solon) dans le Grand Prix du Conseil général des Alpes-Maritimes (L), le 21 février. Cet ancien jockey au parcours atypique s’est installé en tant qu’entra.neur en 2007. Depuis cette date, il a vu le nombre de ses pensionnaires quadrupler et les gains de ces derniers ont été multipliés par dix-huit. Pour Jour de Galop, Jess Parize évoque son parcours et ses objectifs pour la saison à venir.

Jour de Galop. - QUEL VA ETRE LE PROGRAMME DE SOLOJORIE CETTE SAISON ?

Jess Parize. – On ne sait pas encore, on va lui laisser le temps. Elle n’a pas eu l’air trop éprouvée à la suite de sa victoire à Cagnes. Solojorie va certainement participer aux étapes du Défi du Galop qui pourraient lui convenir. C’est une vraie jument de 2.400 mètres et elle est très à l’aise en terrain lourd. Sa victoire dans le Grand Prix du Conseil général des Alpes-Maritimes (L) a eu une saveur particulière pour plusieurs raisons. C’est la première victoire de l’Écurie dans une Listed. Mais c’est également une jument que nous avons façonnée de A à Z. Son éleveur nous l’a confiée et elle a été débourrée ici. À deux ans, elle n’était pas prête, si bien qu’elle a débuté au mois d’avril de ses trois ans. Progressivement, Solojorie a gravi les échelons. Dans son parcours, elle n’a pas toujours trouvé des terrains à sa convenance et ses trois mauvaises performances sont dues à un terrain trop léger pour elle.

Quels sont vos autres espoirs pour 2015 ?

J’espère retrouver Kourdo à son meilleur niveau. Vadanor (Selkrik) devrait bien se comporter de 1.600 à 2.000 mètres. Je pense qu’il faudra suivre Inner Beauty (Pivotal), ainsi que le propre frère et la propre sœur de Solojorie. Dactilo (Rock of Gibraltar), Shades of Light (Echo of Light) et Seaham (Myboycharlie) devraient faire un bon début de saison. Depuis 2010, votre écurie semble avoir franchi un cap. Comment avez-vous vécu cette progression ? En 2007, lorsque j’ai débuté, l’Écurie a gagné une course et 25.000 euros de gains avec six chevaux. En 2010, nous sommes passés à sept victoires et 180.000 euros de gains avec vingt-cinq chevaux. En 2014, les vingt-huit chevaux de l’Écurie ont décroché quinze victoires et 440.000 euros de gains. Cette progression peut s’expliquer de plusieurs manières. De plus en plus de propriétaires me font confiance et me confient de meilleurs chevaux.

C’est primordial et cela s’accompagne d’une augmentation du niveau des courses courues. Par ailleurs, j’ai une équipe qui allie qualité et implication. Avant Solojorie, Kourdo (Double Heart) s’était classé troisième du Grand Prix d’Avenches (L), une étape de l’édition 2013 du Défi du Galop. C’était ma première tentative au niveau Listed et c’est un cheval qui a également gagné un tiercé. L’objectif de l’équipe est de continuer sur cette progression. Pour cela, nous nous concentrons sur toute l’écurie et pas seulement sur les meilleurs éléments. Depuis 2014, j’ai totalement arrêté de monter en course pour me consacrer à 100 % à l’entraînement. Cela me permet de m’investir pleinement et chaque jour j’ai l’impression d’en apprendre un peu plus sur ce métier. Avec vingt-cinq chevaux cette année dans les boxes, l’effectif se stabilise. Comment se passe l’entraînement à Wissembourg ? Les installations permettent d’entraîner dans de bonnes conditions et je travaille en collaboration avec la société des courses. Ils n’hésitent pas à me demander mon avis. J’ai la chance d’entraîner dans un cadre de verdure, entouré de forêt. C’est très reposant pour les chevaux, cela les calme. Par ailleurs,Wissembourg est relativement bien situé. Pour l’instant, la question d’aller entraîner ailleurs ne se pose pas. Par exemple, pour la saison 2015, nous sommes à peine à quelques heures de plusieurs étapes du Défi du Galop comme Avenches, Baden-Baden et Strasbourg. Je n’ai pas de problème avec le programme régional. Il y a de quoi engager les chevaux dans la région et lorsque ce n’est pas le cas, nous n’hésitons pas à bouger. La situation frontalière est un atout, car j’ai de plus en plus de clients étrangers, des Suisses et des Allemands en particulier, qui souhaitent avoir leurs chevaux à l’entraînement en France. C’est un vrai travail d’aller démarcher des propriétaires, étrangers notamment. Avec le travail, l’entreprise se développe. La fidélisation des proprié- taires est importante, je les remercie de leur confiance et de leur investissement. L’écurie vit grâce à l’implication de Philippe Walter, Joseph Shalam, Joubrane Ouechec, Sylvia Stark, Hans-Jurgen Rojan, Bernard Lorrentz, Alain Philippot, Jean Louis Lucas… Quel a été votre parcours hippique ? Mes quatre années d’apprentissage chez François Doumen ont été très importantes. Les couleurs de ma casaque sont inspirées des siennes. Ce sont les premières couleurs que j'ai portées à Chantilly sur un cheval lui appartenant et nous nous étions classés troisièmes. J’ai fait un passage dans l’armée, qui est une bonne école en matière de rigueur. Mon passage dans cette institution a été surprenant. J’étais jockey et souvent l’armée est un handicap pour cette profession. Au contraire, dans mon cas, l’armée m’a permis de gagner ma première course et de monter en obstacle. Avec Duky (Iron Duke) j’ai gagné le Grand Steeple-Chase de Clairefontaine et la préparatoire. Au CSEM (Centre Sportif Équestre Militaire) de Fontainebleau, toutes les disciplines étaient représentées, dont le dressage, le CSO et le CCE. J’ai pu travailler avec des cavaliers qui tournaient au niveau international. En côtoyant ces hommes de chevaux, j’ai observé, échangé et appris. JeanLuc Le Meaux m’a beaucoup apporté. C’est certainement la personne qui m’a le plus marqué par sa personnalité et ses compétences. Avant d’entrer à l’armée, j’étais un petit jockey et j’en suis sorti avec un vrai bagage d’homme de cheval. Les sports équestres m’ont donné des solutions pour les chevaux difficiles et les situations compliquées. Tout est lié et le dressage, au sens équestre du terme, permet d’assouplir les chevaux. Aujourd’hui, j’applique bêtement ce que j’ai appris intelligemment à l’armée et dans la vie civile ! Avant et après cette expérience, j’ai eu l’occasion de travailler chez François Doumen, Christian Bauer, mais également en Autriche, en Allemagne et en Suisse. J’ai d’ailleurs appris à parler allemand pendant cette période. Quel a été le déclic pour devenir entraîneur ? Gérard Martin m’avait envoyé à Cagnes-sur-Mer pour le meeting, avec cinq chevaux. Cela s’est bien passé. Je me suis donc dit que si je pouvais le faire pour les autres, je pouvais le faire pour moi-même. J’ai donc passé une licence d’entraîneur public. J’ai pris quatre chevaux en location, dont plusieurs à Jean-Louis Lucas, du Haras de Preaux. Je les ai débourrés, j’en ai vendu certains. Parmi ces derniers, il y avait Si Amene (Solon) qui m’a permis de gagner trois courses dont le Prix de la Glacière à Longchamp. C’était un produit de Solon (Local Suitor) comme Solojorie… À présent, Si Amene est poulinière. J’ai la chance d’avoir constitué une bonne équipe au fil du temps. Ma femme, Gwenaelle Martin, me seconde en qualité de premier garçon. Elle gère le personnel et les soins. Des cavaliers confirmés et expérimentés nous accompagnent, comme les anciens jockeys Philippe Suard, Rodrigue Flament, Laurent Beaucamp et Romain Richard, le dernier arrivé. Certains ont connu une carrière internationale et ils sont tous de très bonnes recrues. Rien n’est possible sans une équipe soudée et cela prend du temps pour se construire.?