Le bilan 2014 dans les régions de france : tarbes. patrick lapique : « la gratuité n’existe pas, elle se déplace »

Autres informations / 04.02.2015

Le bilan 2014 dans les régions de france : tarbes. patrick lapique : « la gratuité n’existe pas, elle se déplace »

Patrick Lapique est à la tête de la Société des courses de Tarbes. L’hippodrome, situé à Laloubère, est l’un des plus anciens de France. Les courses ont débuté ici en 1809.

Au pied des Pyrénées, cet hippodrome spécialisé dans le galop a connu une période de désaffection du public il y a une vingtaine d’années. L’équipe de la société a su renouer le lien avec la population locale. Pour Jour de Galop, le président revient sur les faits marquants de l’année 2014 et évoque ses projets pour 2015.

Jour de Galop. – Quel bilan dressez-vous de la saison 2014 ? Patrick Lapique. – Les courses connaissent à Tarbes les mêmes difficultés que sur le plan national. L’année 2014 est en réalité marquée par l’attente de mesures toniques propres à relancer l’offre de jeux qui soutiennent les courses. Il faut tendre à une offre globale, dont le tronc commun serait des formules interactives de jeu entre les courses de galop et de trot, comme par exemple des reports croisés entre les deux spé- cialités. Cela permettrait de pallier la carence des partants au galop. Le concept d’un grand hippodrome accueillant simultanément les trois spécialités, à traitement égal de prestige et de qualité, pose la question de l’orientation de Longchamp. Certaines sociétés régionales se plaignent des horaires de leurs réunions premiums. Quelle est votre position sur ce sujet ? Parfois les horaires nous compliquent la tache. Il est difficile de faire venir du public entre 11 heures et 14 heures. Cela impacte les enjeux. En outre, le spectateur avait ses habitudes en termes de calendrier. Ce n’est pas facile de changer ces habitudes. Il faut expliquer ces modifications. Quand une réunion passe d’un jour férié à une journée en semaine, il y a forcément des conséquences. Le risque de défidélisation est réel. La Société des courses de Tarbes fait d’importants efforts pour communiquer. Quelle est votre stratégie ? La région de Tarbes n’est pas une place forte du jeu. Le cheval de course est présent mais pas omniprésent. Par le passé il yavait une culture du cheval, liée aux courses, à l’élevage et aux Haras nationaux. Il y a vingt ans, l’hippodrome connaissait une véritable désaffection du public. La gratuité des entrées et une communication ciblée ont rendu possible le retour du public de proximité. Le lien s’est renoué entre les courses et la population locale. Les gens prennent l’habitude de venir aux courses. Ils assistent à deux ou trois épreuves. Tout au long de la journée, un roulement s’effectue. Depuis de nombreuses années, nous entretenons d’excellentes relations avec la presse locale. Les principaux journaux locaux publient un article à une semaine de la réunion, puis la veille de cette dernière. Nous avons ensuite une publication postcourse. L’option presse locale a été choisie car elle s’est ré- vélée plus efficace que les passages en radio. Au fil des ans, nous avons tissé une vraie relation de confiance avec les journalistes. La Société des courses de Tarbes a fait le choix de la gratuité. Pour quelles raisons ? Le programme, le parking et l’entrée sont gratuits à Tarbes. Dans une région qui n’est pas des plus aisées, la question de la gratuité est très importante. C’est un réel argument qui paye sur la durée. Cela nous permet d’attirer les familles et donc les enfants. De toute manière, la gratuité n’existe pas. Elle se déplace. Si le public ne paye pas, ce sont des collectivités ou des sponsors qui doivent le faire. Je ne pense pas que cela dévalue le spectacle des courses, et un spectacle sans spectateurs est condamné, à terme Je pense que les enfants sont une population dont il faut s’occuper. Le déplacement des familles en dépend. Nous leur proposons des animations, jeux et baptêmes à poney. Un couple de Français moyens effectuera le déplacement si l’entrée est gratuite. La même somme sera dépensée sur place, mais la part affectée à l’entrée sera répartie dans les enjeux et les consommations. Ce n’est pas de la théorie, c’est le fruit de l’observation au fil des années. À Tarbes, la gratuité a été lancée en 1998, alors que nous ne connaissions pas d’exemples comparables autour de nous. Pour attirer des sponsors ou des appuis institutionnels, il est impératif d’avoir des spectateurs. La gratuité nous aide dans ce sens. La gratuite efface les effets dissuasifs du mauvais temps à fréquenter un hippodrome, qui livre un spectacle de plein air, lié à la météo. La gratuité est une offre commerciale, une culture et non une dépréciation du spectacle des courses. Elle vise toutes les catégories, ce qui évite les discriminations peu flatteuses que l’on observe parfois dans le cadre d’une entrée libre réservée au public féminin. Laloubère accueille régulièrement de bons chevaux. Quelle en est la raison selon vous ? La piste de Tarbes est sélective. Elle permet d’étalonner les chevaux, d’avoir des repères dans leur valeur. Les entraîneurs du Sud-Ouest n’hésitent pas à produire certains de leurs meilleurs espoirs avant de les faire courir à Paris. Nous sommes également régulièrement sollicités pour des galops privés. Quelle place réservez-vous aux anglo-arabes et aux pur-sang arabes ? En 2014, nous avons accueilli une étape du Sheikha Fatima bint Mubarak Apprentice World Championship. Cette course de chevaux arabes rassemblait des apprentis venus du monde entier. Les promoteurs du championnat ont été conquis par le cadre de l’hippodrome de Tarbes. Nous avons bon espoir que cette initiative soit reconduite en 2015. Une bonne partie des meilleures courses d’anglo-arabes se déroule sur la piste sélective de Tarbes. Depuis plus d’un siècle, c’est un repère important pour la sélection de la race, y compris pour les éleveurs étrangers d’anglo-arabes. Gagner le Prix du Ministère, c’est une vraie référence pour un anglo-arabe. Quelle est la situation du bénévolat dans votre société ? Avec le bénévolat on atteint les limites de la délégation. Les exigences ont beaucoup évolué, l’époque des courses de kermesse est révolue. Ce qui compte, c’est de pouvoir monter une équipe qui se complète et qui fonctionne, en inté- grant prestataires et bénévoles. Il faut en permanence garder la possibilité de remplacer un prestataire ou bénévole en cas d’absence ou de défaillance. Par ailleurs nous observons un vieillissement des bénévoles, plus particulièrement dans le corps des commissaires. Notre époque est celle du zapping et des pôles d’intérêt multiples. Le bénévolat s’inscrit au contraire dans la constance. Quand on s’implique dans une société de courses, il faut être capable de dire oui à chaque réunion. Quels sont les axes de développement de la Société des courses de Tarbes ? Depuis deux ans, nous avons effectué de nombreux travaux d’embellissement. Notre objectif est de mettre aux norme l’hippodrome, d’améliorer son esthétique et de préserver le cadre. Ces travaux arrivent à terme cette année. En parallèle, la société a investi dans du matériel d’entretien mais également dans l’amélioration du système d’arrosage. Quelles sont vos relations avec les collectivités locales ? L’hippodrome est passé en 2003 dans le giron de la communauté de commune du Grand Tarbes et nos relations sont excellentes. Il y a eu par le passé une petite zone de turbulence suite à une mauvaise information. La polémique s’est rapidement essoufflée suite à une simple clarification.

 ILS SONT PASSÉS PAR TARBES L’hippodrome de Tarbes a accompagné le développement qualitatif et quantitatif des effectifs entraînés dans le Sud-Ouest. Ainsi, au fil des ans, la piste de Laloubère a vu passer un certain nombre de très bons éléments. De manière non exhaustive, on peut citer les chevaux suivants : Literato (kendor), lauréat des Champion Stakes (Gr1) et deuxième du Prix du Jockey Club, Altérité (Literato), gagnante des Garden City Stakes et deuxième du Prix Saint Alary (Grs1), Ervedya (Siyouni), deuxième du Total Prix Marcel Boussac - Criterium des Pouliches (Gr1), Agent Secret (Pyrus), lauréat du Grand Prix de Vichy (Gr3), Silas Marner (Muhtathir), gagnant du Prix Edmond Blanc (Gr3), Griraz (Nombre Premier), double lauréat du Prix du Grand Camp (L), Lady Meydan (American Post), gagnante du Prix Cérès (L), Espero (Verglas), lauréat du Grand Prix de la Riviera Cote d'Azur (L) et Baino Hope (Jeremy), lauréat du Prix Michel Houyvet (L).