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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Ambitions classiques pour l’écurie a.b.u.

Autres informations / 27.03.2015

Ambitions classiques pour l’écurie a.b.u.

Le 24 mars à Saint-Cloud, Sainte Amarante fut la "note du jour". L’impression laissée lors de cette victoire lui autorise des ambitions classiques. Cette pouliche appartient à ses éleveurs, l’écurie A.B.U. Cette dernière est dirigée par Hubert Tassin, également président de l'Association Province-Paris pour le galop français (P.P.). Il s’agit de l’une des plus anciennes écuries de groupe en activité dans l’Hexagone.

Le 24 mars, Sainte Amarante (Le Havre) remportait très plaisamment le Prix La Camargo (L). Son entraîneur, Yves de Nicolay, nous confiait alors : « Je pense que c’est une pouliche qui sera encore mieux sur plus long : 1.800, 1.900, 2.000m… Je ne l’ai pas engagée dans le [Pour Moi Coolmore, ndlr] Prix Saint-Alary. Elle pourrait aller vers le Prix de la Grotte et la "Poule", ou alors nous pourrions aussi participer au Prix Vanteaux (Gr3), puis aller sur le "Diane"… » Une écurie au sein d’un club Hubert Tassin nous a expliqué le fonctionnement et les dé- buts de l’écurie : « A.B.U. est avant tout un club. Il propose diverses activités à des gens sérieux… qui ne se prennent pas au sérieux ! A.B.U. signifie Association des bons usages, mais il existe également une interprétation plus cavalière. Il s’agit avant tout d’une association d’amis qui se rassemblent régulièrement. Chaque année, nous organisons deux pique-niques au cours de grands événements hippiques. C’est l’occasion d’inviter des amis à découvrir les courses. Certains membres du club font également partie d’une écurie. L’écurie A.B.U. n’est ouverte qu’aux membres du club, parmi lesquels on compte des personnes bien connues dans les courses comme Robert Fournier Sarlovèze, Jean d’Indy et Éric Palluat de Besset, qui était aussi propriétaire de Siljan’s Saga. L’association a été créée en 1981 et l’écurie en 1984. Le club, c’est également un code vestimentaire. Nous portons volontiers une cravate et un ruban de chapeau à nos couleurs quand nous allons aux courses, ainsi qu’une fleur à la boutonnière. L’écurie, et le club dont elle dépend, sont un loisir et doivent avant tout se présenter comme une fête. C’est amusant de se retrouver ensemble, avec des personnes que l’on connaît, autour de la passion des courses. Cette bonne ambiance explique certainement la capacité de résilience dont a fait preuve l’écurie pendant certaines pé- riodes de moindre réussite sportive. »

Une des premières écuries de groupe en France L’écurie A.B.U. existe depuis trois dé- cennies. La victoire de Sainte Amarante n’est pas son premier succès sportif. « Au cours de ces trente-et-une années d’existence, l’écurie a, en moyenne, fait courir un à trois chevaux par an. Actuellement, nous avons une poulinière. Trois de ses poulains portent nos couleurs. L’écurie A.B.U. n’est pas une structure spéculative. Depuis sa création, chaque membre verse une somme fixe chaque mois et les béné- fices sont réinvestis. Au départ, nous avons acheté des yearlings et des chevaux à réclamer. Les premières années furent fructueuses, avant de connaître une période plus difficile sur le plan sportif. Rayon Bleu (Bellypha) a gagné le Prix Cor de Chasse (L) en 1992. Ballenchivadze (Pharly) s’est classé deuxième des Prix Madame Jean Couturié et Prédicateur (Ls). Au moment de notre création dans les années 80, plusieurs écuries de groupe avaient vu le jour. Nous sommes certainement l’une des seules à avoir survécu. Le fait d’être en société nous impose une gouvernance assez stricte, avec une comptabilité qui permet de savoir où nous en sommes. Aujourd’hui l’écurie compte treize membres dont la plupart sont là depuis le début. La majorité sont également propriétaires de leur coté, mais ils trouvent dans l’écurie de groupe une émulation et un partage très stimulants. La joie des victoires est encore plus forte lorsque l’on peut la partager avec des gens qui s’inscrivent dans le même effort collectif depuis plus de trente ans. L’existence d’une écurie de groupe, c’est aussi beaucoup de discussions et souvent des avis divergents. Nous sommes des passionnés et nous avons tous notre idée sur la question. Nous avons toujours souhaité nous focaliser sur le plat. Certains membres courent en obstacle de leur coté et l’écurie A.B.U. leur donne l’occasion de s’amuser en plat. Notre objectif est de pouvoir nous retrouver aux courses en région parisienne et à Deauville. » 

La diversification vers l’élevage À ce jour, l’écurie A.B.U. est l’une des seules écuries de groupe à s’être diversifiée dans l’élevage. « Le prix des chevaux moyens a augmenté en suivant l’évolution des allocations pour cette caté- gorie. Nous avons donc décidé d’élever il y a dix ans, car nous n’avions plus les moyens d’acheter les chevaux qui nous plaisaient. C’est dans cette optique que Loyal Lass (Cadeaux Généreux) fut achetée à réclamer. Malgré l’expérience de son entraîneur, Jean-Paul Gallorini, elle n’a pas réussi à gagner pendant sa carrière en plat. Compte tenu de sa génétique et de notre dé- cision d’élever, elle s’est reconvertie en poulinière. Ses trois premiers produits n’ont pas été performants. Frascata (Kaldounévées), son quatrième poulain, compte cinq victoires et dix places pour un peu plus de 170.000 euros de gains. L’élevage est une activité difficile. Il faut du temps, de l’argent et être capable de se tenir à son idée de départ. Notre poulinière est stationnée au haras du Pley, chez Baudouin de la Motte Saint-Pierre, et les produits sont entraînés par Yves de Nicolay. Nous nous entendons bien avec ces professionnels et le système fonctionne. L’écurie de groupe est un format qui permet de mieux traverser les zones de turbulences de la vie de tout propriétaire ou éleveur. Par contre, en ce moment, nous ne touchons pas terre grâce aux performances de Sainte Amarante ! » Des liens forts avec la politique de la filière En ce qui concerne le lien entre l’écurie A.B.U. et l’association politique les "P.P.", Hubert Tassin nous a confié : « L’écurie A.B.U. s’inscrit pleinement dans notre vision des courses françaises. Pour donner Sainte Amarante, il faut un équilibre entre petits et grands propriétaires. Les couleurs de Gérard Augustin-Normand ont brillé grâce aux performances de Le Havre (Noverre). Il a mis ce cheval à disposition des éleveurs français. Cet étalon se révèle très améliorateur, en particulier sur notre jument. Et nous, éleveurs et propriétaires moins importants, avons pris le relais dans le processus. Et l’alliance des deux a donné Sainte Amarante. Beaucoup de membres de l’écurie sont investis dans la vie politique de la filière et ils appartiennent majoritairement à l’association "P.P.". Hervé d'Armaillé, Jean d’Indy, mon frère Emmanuel et moi-même en faisons partie. L’écurie est un loisir assumé avec les moyens qui sont les nôtres. C’est aussi une expé- rience supplémentaire dans les courses et l’élevage qui vient enrichir le parcours de chacun. Grâce aux performances de Frascata et de Sainte-Amarante, nous disposons de moyens supplémentaires qui vont être réinvestis avec sagesse, certainement dans de bonnes saillies en premier lieu. Je suis surpris qu’en trente ans d’existence, notre écurie n’ait pas été plus copiée. C’est un bon modèle pour les gens qui aiment les courses. Les victoires sont d’autant plus belles que nous les partageons. Grâce à la comptabilité, on y voit plus clair que lorsque l’on a simplement des participations dans des chevaux. Au fil des années, nous avons converti au sport hippique une bonne dizaine de personnes. Certaines sont encore dans nos rangs et d’autres sont parties vers d’autres formes de propriétariat. L’écurie et le club sont aussi une manière agréable de maintenir une culture et une ambiance hippique dans nos cercles familiaux et amicaux. »?