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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

c’est beau les courses !

Autres informations / 17.03.2015

c’est beau les courses !

« Un vendredi de décembre dernier à 11 h 30 sur l’hippodrome de Deauville… Il bruine avec un peu de vent. Une centaine de spectateurs au maximum, essentiellement des professionnels… Dès le départ de la première course, une nappe de brouillard enveloppe le peloton. On ne distingue plus que des formes se déplaçant au loin en silence… C’était le début d’une réunion dite "premium" sur l’un des plus célèbres hippodromes de France. Quel sport accepterait une telle mise en scène ? Quel public peut-on attirer dans la froidure d’un tel désert ? Quels professionnels du sport peuvent concevoir cela ?

Les courses sont malades et pourtant une à une, toutes les alarmes se sont déclenchées : désertification des hippodromes en semaine, baisse de fréquentation sensible lors des grands évènements, baisse du nombre de partants, très sérieuse baisse du nombre de propriétaires, disparition des courses hippiques sur la plupart des grands médias alors que les jeux concurrents paradent chaque soir aux heures de grande écoute, absence de vedettes et de représentants du gouvernement pour l’"Arc de Triomphe", la liste pourrait encore s’allonger… Résultat en tout cas implacable : baisse régulière du PMU alors que les autres jeux continuent leur progression.

Les joueurs des courses ne sont pas les joueurs du Loto. Ils recherchent une autre émotion que celle du pur hasard. Le coeur du problème se situe donc d’abord dans le spectacle que l’on offre. Ensuite viennent les habillages et les animations plus ou moins réussis, les émissions de télévision plus ou moins riches en images, l’internet plus ou moins facile à utiliser, le prix des entrées plus ou moins élevé, etc., mais certainement pas la multiplication des offres de jeu. La dérive a commencé avec le slogan publicitaire sonnant bien mais faux par rapport aux courses : « on joue comme on "aime" ». Non ! Aux courses, on joue comme on "sait" : le plus intelligent, le plus malin est le plus fort. Dans les jeux de pur hasard, le plus idiot peut être le plus fort !

Le show est là, il suffit de le réveiller. À l’exception de la télé, rien n’a bougé ou presque depuis 50 ans sur nos hippodromes. Et même cette télé semble en panne d’imagination : après avoir été le premier sport à créer sa propre chaîne, les courses sont aujourd’hui les dernières dans l’adoption de la haute définition, les dernières dans l’habillage virtuel pourtant vital pour suivre les concurrents sur les smartphones, les dernières en matière de retransmissions nocturnes. Et trop souvent le spectacle télévisé est massacré par la volonté de faire toujours plus !

Quelle est la différence entre une course à Chantilly et une course à Doha ? Généralement : aucune. Des chevaux sortent des boîtes et passent le poteau d’arrivée. Rien de ce qui fait la richesse de notre sport-spectacle ne passe plus à l’antenne : décors, personnages, ronds de présentation, émotions après les résultats : fini !... il faut immédiatement aller jouer sur un autre hippodrome inconnu.

Tous les grands sports ont fait leur révolution pour retrouver leur public. Le cheval est dans l’air du temps, à la mode chez les jeunes. Les jockeys qui courent à Auteuil sont parmi les meilleurs cavaliers du monde, le spectacle qu’ils offrent est époustouflant. En plat, lorsqu’un départ se situe près des tribunes (comme souvent à Clairefontaine), le public se masse derrière les boîtes. Qui réfléchit à modifier les parcours afin de mieux offrir les courses au public ? Même s’il faut changer certaines distances, ce ne doit plus être vécu comme une hérésie… Les Grands Prix de F1 comme celui de Monaco ont su rester au coeur du public au prix d’énormes sacrifices dans tous les domaines.

Il faut aussi redynamiser le Quinté en l’offrant véritablement aux parieurs, en fabriquant une course dédiée au jeu : un bon Quinté n’a pas besoin nécessairement de chevaux de grande qualité mais de concurrents réguliers connus et reconnus sur lesquels le parieur peut s’amuser à faire un jeu différent des jeux de hasard. Retrouvons ce jeu intelligent fait de connaissance des concurrents, de lecture de la presse, d’observation des prémices de l’épreuve au rond de présentation… Contre les purs jeux de hasard, la partie sera toujours perdue si l’on joue sur le même terrain. Tout cela ne se fera pas en un jour, mais ces projets doivent être sur le bureau des responsables, au risque de voir plus vite que l’on imagine le bas de la pente. »

Jean-Louis Burgat

Propriétaire-éleveur

Ancien collaborateur de TF1 et Canal+