La chine à la conquête du monde hippique

Autres informations / 07.03.2015

La chine à la conquête du monde hippique

Rencontre avec Eden Harrington, directeur général du China Horse club

LA CHINE À LA CONQUÊTE DU MONDE HIPPIQUE

Il y a deux semaines, le China Horse Club organisait la troisième édition du China Equine Cultural Festival (CECF). Pour la première fois, cet événement se déroulait en dehors des frontières de la Chine continentale, à Singapour. Le point d'orgue de ce week-end ? Le CECF Singapore Cup, course la plus richement dotée de Singapour et réservée aux chevaux appartenant aux membres du China Horse Club.

Eden Harrington, Australien de naissance et directeur général du China Horse Club, décrypte pour nous cet événement majeur et livre les ambitions du China Horse Club, liées à la construction et au développement d'un futur empire chinois... hippique.

 

 

Pourquoi organiser un Festival des courses chinoises... ailleurs qu'en Chine ?

" Nous avons choisi Singapour pour différentes raisons, mais avec l'objectif de promouvoir le CECF à un niveau encore supérieur. Il s'agissait de la troisième édition du CECF, après celle à Hohhot, en Mongolie intérieure, au cœur de la Chine, et celle à Shanghaï, qui est le centre économique de la Chine. Nous avions alors fait venir le monde en Chine.

En organisant le CECF pour la première fois à l'étranger, nous avons souhaité inverser le procédé et faire venir la Chine au monde. Nous recherchions un endroit rassemblant l'aspect course, culturel, économique, philanthropique et artistique : Singapour cochait toutes les cases. C'était aussi parfait en termes de proximité pour faire venir nos membres, qui y trouvaient un endroit parfait et accueillant. Pour l'instant, nous nous sommes engagés pour trois ans avec Singapour, jusqu'en 2017. C'est important pour nous, car le CECF est un événement hippique, mais aussi culturel.

Ce choix est en fait la première étape d'un projet plus vaste, qui est de faire venir la Chine au monde. À titre d'exemple, nous avons ainsi exporté récemment trois chevaux de Chine vers les États-Unis.

L'un de nos objectifs est aussi de faire la promotion des hommes et femmes de Chine dans le monde hippique. "

 

Pourquoi avoir réservé la course phare aux chevaux du China Horse Club?

" Le concept en lui-même n'est pas forcément nouveau. Tattersalls ou Magic Million ont mis en place des courses dédiées aux chevaux passés sur leur ring. Mais je pense que c'est en effet une première pour un Racing Club. Les chevaux appartiennent à différents membres du China Horse Club et nous sommes heureux de les voir ainsi goûter à la victoire [les chevaux courent cependant tous sous les couleurs du China Horse Club en temps normal, même s'ils n'appartiennent pas tous aux mêmes membres, ndlr].

Les courses hippiques sont un sport très ancien, mais il n'y avait pas de courses de pur-sang en Chine continentale. Notre but est de réussir à impliquer la Chine dans les courses.

Notre projet devient de plus en plus sophistiqué au fil du temps. Nous souhaitons nous développer internationalement et devenir compétitifs sur ce plan. Pour cela, il est

aussi important de permettre à des femmes et des hommes de Chine de partir à l'étranger se former et, ainsi, de pouvoir construire notre industrie. "

 

Un Racing club... calqué sur un business club

" Au-delà des courses, le China Horse Club est un lieu qui permet de faire des échanges et du business. Un grand nombre de nos membres sont des personnes ayant rencontré du succès. Pour eux, il s'agit de vivre une expérience dans le monde des courses, mais pas uniquement. Le China Horse Club peut leur permettre de voyager plus facilement. Nous avons en effet des installations dans différents endroits du monde, comme en Australie ou en Suisse, par exemple. Au-delà des courses, nos membres vivent aussi une expérience de networking, peuvent échanger pour le business, etc. Les courses leur permettent de faire des rencontres.

Pour le moment, nous avons fixé une limite de deux mille membres premium. Ils viennent du monde entier. Le China Horse Club est un club qui a un objectif noble. Nous souhaitons pouvoir rendre dans le futur ce que l'on nous a offert et participer à l'industrie hippique.

 

Et l'élevage ?

" Le but premier du China Horse Club est de faire courir des chevaux. Nous souhaitons faire vivre l'expérience des courses et de la victoire à nos membres, leur permettre d'assister à de belles courses et d'y faire de nouvelles rencontres. Nous sélectionnons pour eux les meilleurs chevaux que nous puissions trouver, en fonction de ce qu'ils désirent. Ainsi, ils nous fournissent une liste lors de leur inscription, précisant s'ils préfèrent investir dans des yearlings, des 2ans... Parfois, cela peut aussi être des juments ou de futurs étalons. Cela conduit à la création de différentes entités à l'intérieur du club.

En ce qui concerne l'élevage, nous avons des intérêts dans ce domaine en Irlande, en Australie ou encore aux ÉtatsUnis. Teo Ah King, notre président, a ainsi des parts dans australia (Galileo), stationné à Coolmore. Notre but est de contribuer au développement d'une industrie commerciale en Chine et nous ne pouvons pas y arriver seuls. C'est pour cela qu'il est essentiel pour nous de nous concentrer sur l'éducation et sur la promotion avec l'ensemble de l'industrie hippique.

Il est en effet essentiel pour nous d'être présents dans le monde entier. Nous sommes tournés vers un élevage commercial. Nous avons ainsi la chance d'être partenaires avec Coolmore. Nous avons couru des chevaux en association avec eux et nous élevons avec eux. Pour le China Horse Club, c'est quelque chose d'extraordinaire. Avoir quelqu'un comme John Magnier de son côté et avec la Chine, cela vaut de l'or. Coolmore a aidé des pays comme l'Australie, la Nouvelle-Zélande ou l'Argentine à développer rapidement une industrie des courses, via notamment ses étalons. C'est quelque chose de très important. "

 

Un lien avec le gouvernement et les autorités chinoises

" Nous travaillons avec le China Equestrian Association et le China Horse Industry Association, les deux industries leaders, pour développer les courses et l'élevage en Chine. Mais le domaine du pari ne nous concerne absolument pas. C'est au gouvernement de faire le choix de l'autoriser ou pas. Nous sommes présents pour développer une industrie du cheval, pas une industrie du pari. Nous souhaitons pouvoir développer cette industrie rapidement en Chine. En Europe ou aux États-Unis, il a fallu une centaine d'années pour que l'industrie hippique arrive à son sommet. Notre but est aussi d'y arriver, mais nous nous donnons de vingt à vingt-cinq ans. Nous avons plusieurs atouts de notre côté : la Chine est un pays extrêmement actif, avec une des populations les plus influentes démographiquement. Nous avons une position unique. Il nous faut comprendre l'industrie et jouer un rôle actif pour amener les courses en Chine. "

 

Des Relations privilégiées avec la France

" Nous avons été en relation avec les autorités hippiques françaises dès notre lancement, en 2010/2011. Nous partageons d'excellentes relations avec le FRBC, Arqana, nos entraîneurs ou encore Louis Romanet... En fait, avec l'industrie hippique française dans son ensemble. Nous avons acheté nos premiers chevaux européens lors des ventes Arqana et nous continuons à y être présents. Notre objectif est, un jour, d'être en mesure de rivaliser avec les chevaux français dans les grandes courses. Nous espérons continuer à faire partie de votre industrie. "

 

Vivre une expérience plutôt que viser une course en particulier

" Je ne pense pas qu'il y ait une course que nous souhaitions remporter plus qu'une autre. Nous souhaitons acheter de bons chevaux pour permettre à nos membres de vivre de grands moments. L'important, c'est de leur offrir une expérience. Nous avons ainsi acheté une part de Just the Judge (Lawman), en vue du Sheema Classic ou du Dubai World Cup [4,5 millions de Guinées en association avec le Cheikh Fahad Al Thani, ndlr]. Nous allons ainsi pouvoir envoyer quelques membres du China Horse Club à Meydan. Nous avons acheté lors de la vente de l'"Arc" 2014 Crisolles (Le Havre), qui est partie aux États-Unis et a rejoint les boxes de Christophe Clément en vue d'une campagne américaine. auvray (Le Havre) et orbec (Le Havre) ont, eux, un avenir en Australie. Imaginez si

l'un des deux pouvait courir le Melbourne Cup (Gr1) ! C'est probablement l'une des expériences les plus fortes que puisse vivre un propriétaire, l'une des plus grandes courses au monde en termes d'ambiance. Remporter un jour le Derby d'Epsom, le Qatar Prix de l'Arc de Triomphe ? Nous l'aimerions et nous sommes ambitieux. Mais il faut garder à l'esprit que chaque course, peu importe son niveau, est essentielle. Parfois, une course moins importante tient tout autant à cœur à un propriétaire. "

 

UNE PART DANS L’UN DES FAVORIS DU PROCHAIN KENTUCKY DERBY Le China Horse Club a acheté, il y a une semaine, une part minoritaire dans le 3ans américain daredevil (More Than Ready), l’un des favoris du prochain Kentucky Derby (Gr1). Le poulain entraîné par Todd Pletcher est détenu en association avec WinStar Farm et Let’s Go Racing. « Nous avons investi dans ce poulain, car c’est un cheval de course très doué, nous a expliqué Eden Harrington, et il possède aussi un beau futur comme étalon. » Daredevil sera au départ, ce samedi, des Swale Stakes (Gr2), en vue du Kentucky Derby. À 2ans, il a gagné les Champagne Stakes (Gr1).

 

 

LOUIS ROMANET : " BEAUCOUP DE CHOSES SE PRÉPARENT AVEC LA CHINE, MAIS RIEN N'EST FACILE ET RIEN N'EST ENCORE FAIT. "

Président de la Fédération internationale des autorités hippiques (FIAH), Louis Romanet entretient depuis le début des liens avec le China Horse Club. Il est présent depuis le tout premier China Equine Cultural Festival organisé par le racing club. La Fédération travaille aussi avec les autorités chinoises pour le développement d'une industrie hippique en Chine. Louis Romanet a fait le point avec nous sur la situation.

Tout ne se fera pas du jour au lendemain

L'entrée de la Chine dans l'industrie hippique mondiale serait une révolution, pour les courses, mais aussi pour l'industrie du pari si jamais le gouvernement chinois décidait de les rendre légaux. Mais il y a encore un long chemin à faire.

" La Fédération a de bons contacts à tous les niveaux pour essayer de faire bouger les choses en Chine, a expliqué Louis Romanet. Cependant, cela ne se fera pas du jour au lendemain, mais de façon progressive. En ce qui concerne les paris, il faut savoir que le gouvernement chinois avait autorisé l'organisation de paris sportifs. Mais ces derniers n'ont pas toujours eu la régularité souhaitée et cela n'encourage pas vraiment les autorités à suivre le même chemin pour les paris hippiques. De plus, pour autoriser les paris, ils souhaiteraient aussi avoir un circuit de courses internationales en Chine, ce qui est compliqué. La Fédération a un certain nombre de projets avec la Chine, avec le PMU et France Galop.

L'une des bases est de travailler sur l'image des courses... par l'image. " Nous travaillons par exemple avec le China Equestrian Association. Nous avons signé un accord pour de l'échange d'images : nous avons la chance d'avoir une grande banque de données d'images via Equidia. Elles pourront ainsi être diffusées sur la chaîne télévisée dédiée au cheval en Chine. Il y a vraiment beaucoup de choses qui se préparent avec la Chine, mais rien n'est facile et rien n'est fait. Il est aussi important de créer une autorité hippique nationale en Chine. Pour l'instant, il s'agit d'une activité locale : pour organiser une course, il faut demander l'accord du bureau régional du Parti. "

 

La Chine, un potentiel extraordinaire

Fin 2014, la Chine est devenue la première puissance économique mondiale, devant les États-Unis qui occupaient cette place depuis 1872. Depuis trente ans, le pays enregistre une croissance moyenne de 10 %... Le marché extraordinaire représenté par la Chine n'est plus à démontrer. Il est donc essentiel d'être présent pour saisir la moindre occasion de développement et de promouvoir dès aujourd'hui l'image des courses. " Des études montrent que, dans dix, deux cents millions de Chinois devraient déserter les campagnes pour émigrer en ville. Cela va certainement donner la possibilité de dégager des terres, donc la possibilité de créer une nouvelle activité agricole. Il y a tout un ensemble de choses qui devraient jouer dans les années à venir et nous devons être présents. Pour cela, il nous faut tout d'abord aider à développer des courses de niveau international en Chine et permettre à des Chinois d'investir dans l'achat de chevaux. Le China Horse Club a commencé cela. Mais l'intérêt pour un propriétaire est de voir gagner ses chevaux. Donc, si vous ne pouvez pas retransmettre les courses, il faut aider à les développer sur place pour qu'ils puissent les voir. "

 

Encourager la formation

La Fédération internationale des autorités hippiques a trouvé dans le China Horse Club un allié majeur pour le développement des courses en Chine.

" Le China Horse Club lance de son côté différentes initiatives. Par exemple, il souhaite participer à la formation de jockeys. Un jeune jockey chinois est d'ailleurs venu se former en France chez Nicolas Clément, Alain de Royer Dupré et Christiane Head-Maarek. Le but est de permettre à des jockeys chinois d'obtenir une licence internationale. Ainsi, trois jockeys devraient être parrainés par le China Horse Club. La formation est très importante. Une industrie ne se crée pas du jour au lendemain. "

Former des hommes et femmes de course est un premier pas essentiel pour pouvoir s'installer durablement en Chine et pouvoir ainsi contribuer au développement d'une industrie hippique. " Le but pour le China Horse Club, c'est aussi de pouvoir désormais trouver une base solide, régulière et permanente. Ils y réfléchissent. L'objectif est de réussir à faire investir des Chinois dans un partenariat pour courir des chevaux à l'étranger. Les chevaux doivent pouvoir courir en Chine et être exportés à l'étranger. Ce n'est pas facile, mais cela est possible : par exemple, le China Horse Club a fait exporter trois chevaux de la Chine vers les États-Unis dernièrement. Il s'agit de créer des mouvements internationaux avec de gros investissements chinois. Le club est toujours en développement et ils vont continuer leur politique d'achat afin de permettre à leur activité de se développer. "

 

Un CECF pour marquer sa place sur l'échiquier international

Très présent sur les places de ventes publiques internationales, le China Horse Club a voulu frapper un grand coup en organisant son troisième CECF à l'étranger, en réunissant de nombreuses personnalités internationales. Par ce moyen, c'est la Chine qu'ils souhaitent mettre en valeur. " L'objectif, cette année, était de créer l'événement sur un hippodrome international et avec des chevaux dans lesquels les membres du China Horse Club sont impliqués. Cela s'est très bien passé et plusieurs pays du monde étaient représentés. Le China Horse Club était très présent à l'international l'an dernier. Les représentants des places de vente internationales étaient là. Beaucoup de gens venant de Chine étaient présents sur ce très bel hippodrome. Le China Horse Club a montré qu'il avait réussi à prendre sa place sur l'échiquier mondial. "