La dame d’auteuil

Autres informations / 22.03.2015

La dame d’auteuil

 

Dimanche, la cavalière Barbara Guenet sera associée au champion Bel La Vie (Lavirco) dans le Prix du Colonel de la Horie – Challenge de l’Obstacle Gras Savoye, une épreuve réservée aux amateurs. Comme souvent, elle sera la seule femme au départ, avec le privilège de piloter un lauréat de Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1) qui prépare la prochaine édition de la grande course. Un vrai symbole, quarante-huit heures après avoir reçu sa quatrième Cravache d’Or des cavalières.

Barbara Guenet n’a débuté en obstacle qu’en 2011, après avoir commencé en plat en 2006. En moins de quatre ans, elle a inscrit son nom au palmarès des plus belles épreuves d’Auteuil, toujours associée aux pensionnaires de Guillaume Macaire.

Le Prix Colonel de la Horie est d’ailleurs la première course qu’elle ait gagnée dans le temple de l’obstacle. C’était en 2012. Depuis, elle a ajouté le Prix de France la même année, et le Prix Maréchal Foch en 2013. Elle est la première (et unique) femme à avoir remporté cette dernière course, qui n’a été ouverte aux cavalières qu’en 2013.

Barbara Guenet a aussi une autre "première" à son actif. En 2013, elle a remporté le Championnat du monde Fegentri de l’obstacle. C’était d’ailleurs la première édition à être ouverte aux cavalières, qui ne pouvaient jusqu’alors concourir qu’en plat.

EDITH DE BRETIZEL : « J’ENVIE BARBARA ! »

Plus généralement, les courses d’obstacle n’ont été autorisées aux femmes qu’en 1972. À l’époque, les amateurs pouvaient monter contre les "pros" dans toutes les épreuves. La cavalière Édith de Bretizel a marqué l’histoire en devenant, le dimanche 7 novembre 1975, la première femme à monter dans un tiercé (toutes disciplines confondues). C’était sur les haies d’Auteuil, et Édith de Brétizel se souvient : « Ma participation à cette course avait fait la Une de nombreux journaux généralistes. Cela avait même attiré les foules à Auteuil ! Je ne m’y attendais pas du tout. Je pense avoir été l’une des toutes premières cavalières à monter en obstacle. Nous étions très peu nombreuses dans ce cas à mon époque, peut-être trois ou quatre... J’avais la chance d’avoir un propriétaire qui me faisait confiance. J’ai gagné cinq courses en obstacle. La première, à Vichy, dans une course réservée aux amateurs. “Elle ne gagnera jamais face aux jockeys !”, avais-je entendu. Je gagne ensuite la Grande Course de Haies de Vichy avec le même cheval. Rebelote : “Elle ne gagnera jamais en steeple !” Je gagne sur les gros obstacles de Lyon. Même refrain : “Elle ne gagnera jamais à Paris !” Les femmes n’ont pas le droit à l’erreur dans ce milieu tellement misogyne. J’ai toujours pensé qu’un jour les femmes arriveraient au plus haut niveau de la compétition. Mais peut-être pas que cela prendrait autant de temps ! J’envie Barbara, mais j’imagine quelle pression elle doit avoir ! Elle monte très bien et je souhaite que tout se passe bien dimanche, aussi bien pour elle que pour le cheval. »

UNE ÉVOLUTION IMPORTANTE DES AUTORISATIONS DE MONTER POUR LES AMATEURS

Le code des courses a évolué cette année pour permettre aux amateurs de monter en obstacle les Quintés, sous certaines conditions. On se souvient de la polémique survenue l’an dernier au moment du Grand Steeple-Chase de Paris. Robert Waley-Cohen, le propriétaire de Long Run (Cadoudal) souhaitait que son fils Sam, amateur, monte son cheval dans le Gr1. Le code des courses le lui interdisait car la course était support d’événement. La venue du champion à Auteuil a longtemps été mise en suspens. Long Run a finalement fait le déplacement, piloté par Ruby Walsh. Cette “affaire” n’est sans doute pas étrangère à l’aménagement du code. Désormais, un gentleman-rider peut monter un Quinté+ en obstacle, ou une course d’une dotation égale ou supérieure à 76.000 €, à condition qu’il ou elle ait gagné quinze courses en obstacle. Pour les Quintés+, il faut aussi que l’amateur ait monté quinze courses en obstacle au cours de l’année civile précédant la course. « C’est une mesure que nous souhaitions depuis longtemps, nous a confié Gérard de Chevigny, président du Club des Gentlemen-riders et des Cavalières. C’est en fait un retour aux sources, puisqu’il fut un temps où les amateurs avaient le droit de monter toutes les courses d’obstacle. Pascal Adda a ainsi gagné un Prix Montgomery pour André Fabre, et Philippe Bréchet est le dernier gentleman à avoir monté le Grand Steeple, en 2003. C’est aussi une harmonisation au niveau européen, car outre-Manche, les amateurs peuvent monter face aux professionnels. Cela veut dire qu’un gentleman et même une cavalière comme Barbara pourront monter le Grand Steeple ! » Historiquement, les amateurs ont beaucoup compté en obstacle. Ils étaient même souvent plus nombreux que les professionnels dans les cross-countries ou les épreuves réservées aux AQPS.