Pourquoi un seul éleveur "sans sol" au comité du syndicat des éleveurs ?

Autres informations / 26.03.2015

Pourquoi un seul éleveur "sans sol" au comité du syndicat des éleveurs ?

POURQUOI UN SEUL ÉLEVEUR "SANS SOL" AU COMITÉ DU SYNDICAT DES ÉLEVEURS ?

Par Adrien Cugnasse, journaliste à de Jour de Galop?

Le Syndicat des éleveurs de chevaux de sang de France a élu les membres de son Comité dimanche. L’analyse du profil des trente élus est intéressante (nous reproduisons cette liste en fin d’article). L’idée n’est pas, ici, de parler des individualités, mais de retenir un critère : la catégorie d’éleveurs. Et la première chose qui saute aux yeux, c’est la très faible représentation des éleveurs "sans sol" : ils ne représentent que 3 % des élus, alors que 31 % des adhé- rents du Syndicat appartiennent à cette catégorie ! Une majorité souvent silencieuse En juillet 2014, le Syndicat des éleveurs a publié une étude intitulée "L’éleveur sans sol, toujours au diapason de sa passion ?". Dans ce dossier documenté et bien construit, l’équipe du Syndicat s’interrogeait sur la place des éleveurs sans sol dans la filière et sur leur capacité à résister aux crises passées et à venir. Cette étude montrait que le Syndicat des éleveurs est tout sauf indifférent au sort des éleveurs "sans sol". En introduction, un paragraphe situait parfaitement le cadre de cette étude : « Le Syndicat des éleveurs compte près d’un tiers d’éleveurs sans sol. En dehors du Syndicat (…) c’est une majorité souvent assez silencieuse (…) qui pourtant est un pourvoyeur de capitaux (…) À l’échelle mondiale, les dirigeants des associations d’éleveurs ont eu une prise de conscience pour travailler sur une meilleure reconnaissance de ces acteurs de l’élevage. » Lors des dernières élections, environ 15 % des candidats étaient des éleveurs "sans sol", alors qu’ils sont proportionnellement deux fois plus nombreux parmi les adhérents du Syndicat. Et parmi ces candidats "sans sol", la très grande majorité n’a pas été élue. Pourquoi si peu de vocations au moment de porter acte de candidature ? Pourquoi un tel taux d’échec à l’élection ? Un déséquilibre naturel Il y a sans doute un faisceau de facteurs qui convergent pour donner une si faible propension à se déclarer candidat et à se faire élire. Les éleveurs têtes d’affiche, qui dominent les palmarès et la scène médiatique, sont majoritairement des éleveurs "avec sol" ou des étalonniers. Ces derniers sont souvent à la tête d’effectifs plus importants et ils sont naturellement plus présents sur le terrain que les éleveurs "sans sol". Il est donc tout a fait naturel que ces personnalités se détachent au moment des élections. Mécaniquement, ce déséquilibre ne peut avoir un effet neutre et pèse sans nul doute sur les décisions prises par l’association.

Les étalonniers en force, à la mesure de leur poids économique Quand on reprend les données catégorie par catégorie, on obtient les résultats suivants : environ 53 % d’étalonniers, 43 % d’éleveurs "avec sol" et 3 % d’éleveurs "sans sol" (le total de 99 % est dû aux arrondis). Parlons des étalonniers, puisqu’ils sont les plus nombreux, en précisant préalablement que, dans notre analyse, nous n'avons comptabilisé comme étalonniers que les éleveurs exploitant directement des étalons (à l'exclusion des éleveurs détenant des parts d’étalons). Avec 53 % d’élus, ils sont clairement surreprésentés par rapport à leur poids numérique au sein de la population globale des éleveurs. Mais au regard de leur poids économique, le déséquilibre est nettement moins flagrant. Les étalonniers investissent généralement plus d’argent ; ils représentent plus d’emplois ; ils contribuent le plus à l’animation du ré- seau d’éleveurs ; ils recrutent le plus de nouveaux éleveurs. Vers une élection collégiale ? Sans aucune intention polémique, on peut se demander si le Syndicat n’aurait pas intérêt à revoir son mode électoral pour susciter une meilleure représentativité. Pourquoi ne pas s’inspirer par exemple d’un système qui a fait ses preuves de longue date à France Galop, où chaque catégorie (éleveur, propriétaire, entraîneur, jockey…) est statutairement présente au moment de présider aux destinées de la filière hippique ? À défaut d’être parfait, le mode d’élection par collège apporte certaines garanties en termes de repré- sentativité. Ainsi, dans quatre ans, les prochaines élections du Syndicat des éleveurs pourraient être le théâtre d’une évolution significative dans la représentativité du Comité, en créant un collège "étalonniers", un collège "éleveurs avec sol" et un collège "éleveurs sans sol". Une telle démarche viendrait en prolongement du travail de bonnes pratiques entamé depuis plusieurs années par le Syndicat. Comme nous le disions en introduction, le Syndicat avait alors notamment affiché sa prise de conscience de l’importance des éleveurs "sans sol" dans l’économie de l’élevage français?

LES 30 ÉLUS AU COMITÉ DU SYNDICAT Roger-Yves Simon (588 voix), Nicolas de Lageneste (585), Alain Régnier (577), Christiane Head-Maarek (564), Antoine de Talhouët-Roy (563), Jean-Hugues de Chevigny (561), Mathieu Daguzan-Garros (552), Pascal Noue (552), Edwige Le Métayer (551), Pierric Rouxel (546), Aliette Forien (536), Alain Chopard (535), Tim Richardson (532), Daniel Cherdo (529), Jean Biraben (523), Antonia Devin (521), Céline Sirven-Gualde (488), Jean-Pierre Deroubaix (486), Hubert Honoré (483), Jean-Louis Lucas (481), Patrick Davezac (479), Thierry Dalla Longa (458), Julian Ince (451), Louis Lafitte (443), Mathieu Lalanne (438), Adrien Rambaud (435), Thierry Grandsir (433), Pierre Julienne (429), Patrick Barbe (413) et Jean-Pierre Colombu (394).