Quand la science se penche sur la santé, le bien-être et l’étude du comportement des chevaux

Autres informations / 20.03.2015

Quand la science se penche sur la santé, le bien-être et l’étude du comportement des chevaux

Le 12 mars dernier, l’Ifce, en association avec l’Inra, a organisé la 41e Journée de la recherche équine à Paris. Plusieurs conférences présentaient les nouveautés en matière de recherche équine. Si certaines démonstrations ne feront que conforter le savoir des hommes de chevaux, d’autres sont plus étonnantes et certaines mériteraient sans doute un approfondissement.

QUELS FACTEURS INFLUENCENT LE BIEN-ETRE DU CHEVAL ?

Par Clémence Lesimple

Le bien-être animal est actuellement au centre des préoccupations. Mais comment le mesurer ? Plusieurs approches scientifiques ont été développées et ont permis de mettre en avant le caractère multifactoriel du bien-être, impliquant des paramètres physiologiques, psychologiques et comportementaux. Cependant, évaluer le bien- être animal reste une chose difficile, la plupart des mé- thodes et échelles étant basées sur des critères et une perception humains, mais pas assez centrées autour de l’animal. De plus, les études visant à identifier les facteurs qui impactent l’état de bien- être des animaux utilisent une approche paramètre par paramètre, et non pas global, du sujet. L’effet associé des conditions d’alimentation, d’hébergement, des opportunités de contacts sociaux ainsi que des conditions de travail représentent cinq facettes du bien-être. Des indicateurs fiables de l’état du cheval ont été identifiés : blessures, comportements stéréotypiques (tic à l’ours…), position figée, position des oreilles et réaction à l’homme. Des paramètres moins bien connus comme le type d’équidés ou la position des cavaliers se sont aussi révélés importants. Une monte souple et une alimentation à base de fourrage diminuent les chances d’apparition de blessure. Favoriser les contacts entre chevaux et améliorer leurs conditions d’hébergement permet de réduire l’apparition de comportements stéréotypiques. Ces résultats sont donc d’une importance capitale pour les professionnels et utilisateurs de chevaux puisqu’ils permettent d’identifier les sources de mal-être et leur rayon d’action. Pour la première fois, il est possible d’identifier de manière fiable une "gestion positive" qui allie : alimentation à base de fourrage répartie sur toute la journée, monte souple avec mains basses et rênes longues, contact entre chevaux réguliers, sorties au paddock, éviter les écuries trop ouvertes sur l’extérieur et opter pour une litière en paille.

QUEL LIEN ENTRE L'ATTENTION DU CHEVAL ET SA PERFORMANCE AU TRAVAIL ? Par Céline Rochais

Grâce à un test d’attention visuelle (une lumière laser sur la porte du box et des boîtes lumineuses), de grandes diffé- rences d’attention on put être identifiées entre les chevaux. Ces observations sont restées stables dans le temps. Ensuite, un test a été mis en place pour mesurer les caracté- ristiques individuelles d’attention et voir si elles étaient liées avec des performances au travail. Un lien a finalement été établi entre les performances au travail et les résultats obtenus lors du test d’attention. Les chevaux qui présentent une attention importante lors du test d’attention visuelle, obéissent mieux aux ordres lors d’un entraînement en longe. Ils sont évalués comme étant plus concentrés au travail et sont plus performants en compétition. Le test développé apparaît comme un outil prometteur, confirmant l’existence de variations individuelles stables au cours du temps et prédictives de l’attention au travail. l’osTéopaThie peUT-elle améliorer le FoncTionnemenT DU caValier ? Par Christine Bouloc Cette étude préliminaire confirme l’intérêt d’utiliser les capteurs de pressions sur les étriers et sur la selle dans le but d’évaluer l’incidence d’un traitement ostéopathique du cavalier. Les techniques utilisées suivent les principes de la thérapie cranio-sacrée et de la visualisation mentale pour appréhender le corps dans son ensemble grâce à un simulateur équestre équipé de capteurs. Les manipulations les plus importantes ont eu pour principale conséquence de symétriser les appuis droits et gauches au niveau des ischions et des étriers. Les résultats permettent de penser que l’ostéopathie peut être une technique complémentaire au suivi médical pour améliorer le fonctionnement et l’entraînement de l’athlète. Chaque cavalier a été étudié individuellement, il est maintenant intéressant de se pencher sur une étude ostéopathique "cavalier-cheval".

L'OSTÉOPATHIE PEUT-ELLE AMÉLIORER LE FONCTIONNEMENT DU CAVALIER ? Par Christine Bouloc

Cette étude préliminaire confirme l’intérêt d’utiliser les capteurs de pressions sur les étriers et sur la selle dans le but d’évaluer l’incidence d’un traitement ostéopathique du cavalier. Les techniques utilisées suivent les principes de la thérapie cranio-sacrée et de la visualisation mentale pour appréhender le corps dans son ensemble grâce à un simulateur équestre équipé de capteurs. Les manipulations les plus importantes ont eu pour principale conséquence de symétriser les appuis droits et gauches au niveau des ischions et des étriers. Les résultats permettent de penser que l’ostéopathie peut être une technique complémentaire au suivi médical pour améliorer le fonctionnement et l’entraînement de l’athlète. Chaque cavalier a été étudié individuellement, il est maintenant intéressant de se pencher sur une étude ostéopathique "cavalier-cheval".?

LA SANTÉ DU FUTUR POULAIN SE PRÉPARE DÈS LA GESTATION

Par Pascale Chavatte-Palmer Pour étudier l’impact des conditions de gestation sur la carrière sportive, des études ont utilisé la transplantation embryonnaire. Ceci permettra de mieux connaître les conditions optimales de développement afin de produire des poulains et des chevaux sains. Le projet Foetalim explore les origines fœtales des anomalies de régulation de la glycémie et de la croissance osseuse susceptibles d’être associées au développement de lésions d’ostéochondrose chez les poulains entre la naissance et l’âge de 18 mois. Un premier modèle de croissance fœtale "augmentée" versus "restreinte" a été obtenu par transferts d’embryons inter-races. On a transplanté des embryons de ponettes dans des juments de trait et des embryons de juments de selle dans des ponettes. L’environnement maternel "enrichi" de la jument de trait versus "restreint" de la ponette s’est révélé déterminant dans la régulation de la croissance des différents segments osseux, la fonction des cellules pancréatiques, la sensibilité à l’insuline de l’organisme et de la santé ostéoarticulaire du poulain. À 18 mois, les poulains "augmentés" restent plus grands que leurs témoins de même race. En revanche, à 18 mois, bien que les poulains "restreints" aient rattrapé la taille de leurs témoins de même race, ils ont une croissance disharmonieuse (largeur du canon, hauteur de l'antérieur). Le second modèle testé est une perturbation de l’environnement nutritionnel du fœtus en apportant de l’orge dans la ration hivernale de la jument pleine versus des fourrages uniquement. Les juments du lot nourri uniquement avec des fourrages ont perdu de l'état au cours de la deuxième moitié de la gestation et n'ont rattrapé la condition des juments du lot supplémenté qu'après 3 mois de lactation. Les juments recevant de l'orge présentent une résistance à l'insuline. Ces modifications de l'alimentation maternelle n'ont pas modifié la régulation de la glycémie des poulains avant sevrage, ni leur croissance jusqu'à l'âge de 6 mois. En revanche, la prédisposition à l’ostéochondrose à l'âge de 6 mois semble être accrue dans le groupe des poulains dont les mères ont reçu de l'orge. Ces travaux devraient permettre d’ajuster les recommandations nutritionnelles chez les poulinières.

COMMENT LA MÈRE ET L'ENTOURAGE DU POULAIN INFLUENCENT-ILS SON COMPORTEMENT AVEC L'HOMME ?

Par Séverine Henry La mère permet une meilleure adaptation de son poulain aux conditions de vie qui lui sont offertes. Elle est aussi un modulateur majeur de la relation à l’homme : les réactions maternelles vis-à-vis de l’homme, positives ou négatives, construisent les bases du comportement du poulain envers l’homme. Ne pas avoir une bonne relation à la mère est un obstacle majeur au développement de la relation au poulain et une attention particulière doit être portée au choix des géniteurs, et plus particulièrement de la mère, sur la base de leurs comportements. Si l’influence de la mère sur le comportement de son poulain est assez bien reconnue, il ne faut pas pour autant négliger l’impact des autres partenaires dans le développement comportemental des jeunes. Il est important d’encourager le retour à des pratiques simples et peu contraignantes, respectant son développement naturel : favoriser le contact à la mère et la vie sociale des jeunes chevaux avant et après le sevrage semble une condition majeure pour leur bon développement social et pour limiter les comportements agressifs. L’étude a pu montrer qu’il existait bien sûr des variations individuelles dans la relation mère-jeune. En effet, si le poulain a tété sa mère pendant plus longtemps qu’un autre, il pourra être enclin à développer un comportement stéréotypé après son sevrage. À 3 mois s’il est toujours proche de sa mère, il semblera plus émotif une fois séparé de celle-ci. Les influences maternelles sont importantes quant aux préférences alimentaires du jeune, cela facilitera son orientation et sa transition alimentaire. Elles jouent aussi un rôle important dans les préférences sociales du jeune, son intégration dans un groupe, et sa mise en différents groupes après sevrage en sera facilitée. Enfin, l’étude montre que si la mère est plus proche de l’homme, plus facilement apprivoisée, alors le poulain aura les mêmes réflexes : plus facile à aborder, à apprivoiser, à manipuler.

 LES PRINCIPALES CAUSES D'AVORTEMENT CHEZ LA JUMENT

 cheZ la JUmenT Par Claire Laugier L’avortement est défini comme l’interruption de la gestation entre le 40e et le 300e jour. On distingue des causes infectieuses contagieuses (virus), des causes infectieuses non contagieuses (bactéries ou champignons) et des causes non infectieuses (anomalies du fœtus ou de la gestation). Le rôle du vétérinaire praticien, avec celui de l’éleveur, est de pré- server la vie et le potentiel reproducteur de la jument avortée. Ils doivent également protéger le reste du troupeau de poulinières et limiter les risques de diffusion à d’autres élevages par la mise en œuvre de mesures de prophylaxie. On commence en isolant la jument qui a avorté. Il faut désinfecter le box ou vider le pré et enfin ne laisser aucun cheval quitter l’élevage avant le retour des résultats du laboratoire. Pour les mesures contre la rhinopneumonie et l’artérite virale équine, il s’agit de séparer les juments gestantes en petits groupes, isoler la jument infectée et établir une mise en quarantaine des juments gestantes à partir du premier avortement confirmé. La jument n’est plus considérée comme contagieuse après 4 semaines. Quant aux mesures contre la leptospirose : les juments atteintes sont isolées et traitées par antibiotiques pendant une semaine. L’isolement est aussi prolongé de 6 à 17 semaines après l’avortement. Des mesures de prophylaxie défensive sont également mises en place grâce à la vaccination qui vise à empêcher l’introduction et le développement de la maladie dans un élevage indemne. Aujourd’hui, contre l’artérite virale, seul le vaccin Equip ArteveracTM est autorisé en France, mais la vaccination des juments gestantes n’est pas recommandée. Il est donc conseillé de l’utiliser chez les juments vides, chez les jeunes mâles à partir de 9 mois et les étalons.

ÉTUDE DES COÛTS DE MAÎTRISE DES PARASITES ÉQUINS

Par Jacques Cabaret Pour pouvoir gérer et réduire au mieux l’émergence de parasites équins résistants, un nouveau système d’étude basé sur la coproscopie existe. Les coûts associés peuvent cependant nuire à sa mise en œuvre. Il est important d’étudier les coûts de gestion des parasites dans différents types de structures équestres. On peut proposer dans ce cadre de nouveaux schémas de gestion basés sur la coproscopie et estimer les coûts associés. Cette étude souligne l’apparition généralisée de populations parasitaires résistantes dans les différents types de structures équestres. Elle déconseille aussi la mise en place de vermifugation ciblée sur la base de la coproscopie individuelle qui est difficilement rentable. La coproscopie composite correspond à l’analyse de plusieurs chevaux en même temps. Cela permet de réduire le nombre de coproscopies réalisées et d’augmenter la durabilité de l’utilisation d’anthelminthiques (médicament antiparasitaire). La mise en place de tels schémas doit prendre en considération les contraintes inhérentes aux praticiens vétérinaires, comme le temps consacré à ce type d’analyses et les conséquences économiques qu’ils peuvent entraîner sur leur chiffre d’affaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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