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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Billabong, l'alpha et l'oméga marocain

Autres informations / 19.04.2015

Billabong, l'alpha et l'oméga marocain

LE MAGAZINE

BILLABONG, L'ALPHA ET L'OMÉGA MAROCAIN

La victoire du "né et élevé" au Maroc Billabong (Gentlewave), jeudi à Longchamp, dans le Prix Lord Seymour (L), ne sonnerait-elle pas le début d'une ère nouvelle pour les courses marocaines ? Ce joli fait d'armes du représentant de Jalobey Stud doit-il se voir comme un aboutissement ou comme un commencement ? Sans doute un peu des deux.

Chef d'orchestre de toute la filière hippique au Maroc, Omar Skalli, directeur général de la SOREC (Société Royale d'Encouragement du Cheval le France Galop marocain) est l'observateur privilégié des courses hippiques nationales. Sa mission est d'encourager et d'accompagner le développement de la filière cheval en créant " une dynamique et un environnement favorable ". Le succès de Billabong dans une Listed-race fran-

çaise est " plus qu'une victoire. Il était très attendu et c'est un symbole pour tout le Maroc du cheval ".

Jour de Galop Le succès de Billabong n'est-il pas finalement "normal" puisqu'il s'intègre dans un plan de développement marocain de la filière courses ? Omar Skalli. On peut dire cela comme cela. Cette victoire est bien sûr à l'actif d'une démarche personnelle et privée, celle de Jalobey Stud, sous l'impulsion de Sharif El Alami. Mais c'est aussi le résultat d'un processus déjà long, commencé en 2009 et animé par la SOREC. Ce succès était attendu et est porteur de deux conséquences importantes à court et moyen terme. D'une part, il permettra d'améliorer la visibilité de la filière course et de l'élevage marocain. C'est important. D'autre part, cela va créer de l'émulation positive et de la stimulation pour chaque éleveur marocain. Maintenant, on peut dire : " Oui, c'est possible d'élever un vainqueur  de  bon  niveau  chez  nous.  "  Cela  ne  peut qu'encourager les éleveurs à continuer leurs efforts, leur implication et leurs investissements. Ce titre français confirme aujourd'hui pleinement notre potentiel.

Qu'a fait et que fait la SOREC dans cette démarche qualitative, d'accession au haut niveau ?

Mon organisation a un mandat vaste et les moyens de son développement. La SOREC, c'est un peu France Galop pour l'organisation des courses, le PMU pour l'animation du réseau de prise de paris, et les ex-Haras Nationaux, dans sa mission de développement de l'élevage.

Si l'on se restreint au programme de courses, comment se porte le Maroc ?

Plutôt bien. Le nombre d'épreuves augmente de 10 à 20 % tous les ans. L'objectif est de doubler le volume de courses entre 2010 et 2020. Et nous sommes en situation favorable pour y arriver. Sous l'angle du propriétariat, le bilan est aussi très positif. Le nombre de propriétaires a été multiplié par trois entre 2009 et 2014, passant de 300 à 1.000.

Le marché des paris souffre en France, en particulier celui des jeux hippiques. Qu'en est-il chez vous ?

Notre marché domestique est en pleine croissance. Notre réseau de points de vente augmente et atteint aujourd'hui six cents unités. Avec un volume d'activité de 550 millions d'euros [soit environ 5,5 % des 10 milliards du PMU, ndlr], la Sorec est le douzième opérateur de paris mondial. Notre système est totalement similaire au vôtre. Le taux de retour aux joueurs est d'environ 70 %. Les 30 % restants permettent d'alimenter la filière, le fonctionnement et les investissements de la SOREC, sachant qu'une partie constitue des impôts et taxes.

Comment se porte l'élevage marocain ?

Bien. On compte actuellement une hausse annuelle de 20 % de ses effectifs. Le soutien à l'élevage s'est encore accru en 2014 avec une prime aux éleveurs qui est passée de 40 à 50 %.

Dans votre stratégie, quelle nouvelle marche peut-on immédiatement évoquer ?

Que les courses marocaines de pur-sang anglais accèdent au statut de Listed-race. Le rating de nos meilleures épreuves évolue en ce sens. La victoire de Billabong dans le Grand Prix de Sa Majesté, en 2013, va d'ailleurs contribuer à monter le rating de la course. Nous essayons d'attirer de plus en plus de bons chevaux européens et d'aider nos investisseurs à faire entrer de bons compétiteurs sur notre sol. Nous avons créé en 2012 la journée internationale du pur-sang anglais. C'est par ce moyen que le comité du Pattern Races pourra reconnaître nos meilleures courses. Notre histoire est plus ancienne avec les pur-sang arabe. Aujourd'hui, nous avons dix épreuves internationales PA, dont deux Gr3 et cinq Listed-races.

Notre programme de pur-sang anglais est plus jeune, mais compte dorénavant quatre épreuves internationales. Cette année, elles se dérouleront samedi 21 novembre, dans le cadre d'un mini meeting de deux jours, les 20 et 21 novembre. Le premier jour sera dédié aux pur-sang arabe et le second aux pur-sang anglais. Le Grand Prix de Sa Majesté, pour 4ans et plus, est la principale épreuve de notre programme. Il y aura aussi une course internationale pour 2ans, une autre pour mâles de 3ans et la quatrième sera pour pouliches de 3ans. L'obtention de courses labellisées par le Pattern-races est un objectif affiché. C'est maintenant une question de temps.

Dans le domaine des ventes publiques, la Sorec peut-elle jouer un rôle ?

Ce projet est à l'étude. Aujourd'hui, les ventes marocaines de ce type sont à l'initiative de structures privées et sont souvent "monoacteur". En synthèse, quelques grands haras organisent individuellement les ventes de leurs produits. Or, certains éleveurs moins visibles cherchent aujourd'hui à accéder aux ventes. Nous pourrions donc nous impliquer dans un mécanisme de vente publique pour organiser des sessions avec des offres variées émanant de différents professionnels. Il s'agirait d'arrêter un calendrier avec quatre ou cinq dates par an.

La création de telles manifestations permettrait aussi à de nouveaux propriétaires d'accéder en confiance à la filière des courses, en toute transparence. La SOREC offrirait son crédit et sa puissance de communication. Le haras national de Bouznika, où sont stationnés plusieurs étalons pur-sang anglais, de par sa situation centrale, pourrait être le lieu privilégié de ces ventes.

Peut-on parler d'autres projets au service du développement des courses ?

Il faut évoquer la création de deux nouveaux centres d'entraînement. Le premier ouvrira très vite, à la fin de l'année 2015, à quelques kilomètres de Bouznika justement. Il offrira 250 boxes et disposera de plusieurs pistes. Un autre projet plus ambitieux, basé à Bouskoura, devrait voir le jour en 2017. Il y aura 350 boxes. Le site est particulièrement attractif. C'est au sud de Casablanca, à dix minutes de l'aéroport. Et la station balnéaire d'El Jadida, sorte de Deauville marocain et qui dispose d'un hippodrome, n'est qu'à quarante minutes de route.

En conclusion, peut-on dire que les courses hippiques marocaines n'ont jamais été aussi fortes ?

Sans doute. Ce qui est certain, c'est qu'il existe aujourd'hui une dynamique autour des courses. L'environnement n'a jamais été aussi favorable à leur développement et épanouissement.