La grande interview :  patrick fellous : " j'aimerais créer à longchamp la première cité du cheval en europe

Autres informations / 16.04.2015

La grande interview : patrick fellous : " j'aimerais créer à longchamp la première cité du cheval en europe

LA GRANDE INTERVIEW

PATRICK FELLOUS : " J'AIMERAIS CRÉER À LONGCHAMP LA PREMIÈRE CITÉ DU CHEVAL EN EUROPE "

En ce printemps d'année électorale, JDG va interviewer tous les présidents d'associations. Pour ouvrir le bal, nous avons choisi Patrick Fellous, président du Syndicat des propriétaires.

Jour de Galop. Vous présidez le Syndicat des propriétaires depuis octobre 2013. Quel bilan tirez-vous de ces deux années

Patrick Fellous. Mon premier objectif était que ce syndicat, riche de ses 1.800 adhérents, retrouve sa place naturelle. Qu'il joue à nouveau un rôle actif auprès de ses membres et au sein de la filière. Et je crois que la mayonnaise a bien pris : nous avons lancé beaucoup de nouveaux services ; cela nous a permis de recruter de nombreux adhérents et de fidéliser nos adhérents historiques. Quand je parle de services, je pense à l'assistance juridique assurée par nos avocats spécialisés dans le droit équin, je pense au conseil fiscal et je pense à l'expertise comptable. Pour chacun de ces trois services, la première consultation avec l'un de nos spécialistes est entièrement gratuite pour tous les adhérents du Syndicat. Et je n'oublie pas, bien sûr, l'assurance Responsabilité civile.

Nous sommes d'ailleurs en cours de négociation d'une assurance "frais de chirurgie" et nous espérons annoncer cette bonne nouvelle à tous nos adhérents très bientôt. C'est un travail de fourmi mais petit à petit, jour après jour, nos actions concrètes portent leurs fruits.

Quelle est votre stratégie politique à l'aube de cette année électorale ? Vous parlez souvent d'union entre tous les socioprofessionnels...

J'aime parler à tout le monde mais le Syndicat, lui, n'a besoin de personne car grâce à ses adhérents, il peut suivre sa propre voie. Je remarque cependant que nous sommes naturellement unis avec le Syndicat des éleveurs. Nos amis naturels et historiques, ce sont les éleveurs. Il est évident que nous sommes plus forts ensemble et que l'union est bénéfique pour nos deux mouvements. Unis, nous avons la possibilité de peser sur la gouvernance de France Galop. Séparément, nous sommes tous affaiblis. Au-delà des rapprochements conjoncturels, les deux syndicats doivent miser sur leurs forces vives conjuguées. C'est pourquoi il faut renforcer le poids des propriétaires et des éleveurs au sein du Comité de France Galop.

Allez-vous tenter de rapprocher propriétaires et éleveurs au sein d'une entité unique ?

Je suis un pragmatique, c'est pourquoi j'initierai le rapprochement à travers des actions ponctuelles et concrètes. Par exemple, un groupe de jeunes éleveurs existe, pourquoi ne pas créer à notre tour un mouvement des jeunes propriétaires, et faire en sorte que ces deux entités, puisque ce sont elles qui gouverneront un jour France Galop, travaillent ensemble dès maintenant ? En attendant que les conditions d'une union plus globale soient réunies, nous jetterions ainsi les fondements de ce qui sera la filière Galop de demain. En tout cas, j'espère que nous saurons prendre de la hauteur car l'époque est difficile.

Ne perdons pas de vue notre objectif majeur en cette année électorale : associer les meilleures compétences pour former les meilleurs Conseil d'administration et Comité possibles. Il y a aujourd'hui de vraies compétences déjà en place parmi les élus, et d'autres talents qui mériteraient d'accéder aux instances de décision. Dans un univers comme le nôtre, la tradition est importante. Voilà pourquoi je crois plus aux transitions qu'aux ruptures, comme je crois plus à la force du groupe qu'à l'homme providentiel.

Connaître l'identité du futur président de France Galop n'est donc pas une obsession ?

Je déplore profondément qu'on se préoccupe plus des candidats potentiels que de l'avis des acteurs du galop. C'est une attitude assez "parisienne", et qui nous empêche d'avoir un véritable débat. C'est pourquoi j'ai décidé d'organiser, partout en France, plusieurs buffets-débats proposés sur les hippodromes. Le prochain a lieu ce vendredi 17 avril à Marseille-Borély. À l'échelle nationale, je représente différentes régions, qui ont elles-mêmes leur propre président. Leur implication dans ce projet doit nous permettre d'aller à la rencontre des électeurs, de mieux connaître leurs attentes et leurs préoccupations, et pas seulement celles de nos adhérents mais aussi celles de tous ceux qui font vivre le galop dans le pays.

 

Les critiques que nous entendons à votre sujet tournent toujours autour de votre ambition personnelle : est-elle si forte ?

On ne peut pas empêcher les gens de penser ce qu'ils veulent : quand on fait des choses, quand on est un bénévole actif, quand on donne son temps au service des autres, eston pour autant un arriviste qui ne recherche que les honneurs ? Ceux qui pensent cela de moi me connaissent mal. Qu'ils viennent passer une journée au Syndicat et ils mesureront que la tâche demande principalement de l'abnégation.

Pensez-vous un jour briguer la présidence de France Galop ?

J'ai déjà été porté à la tête du Syndicat national des propriétaires de chevaux de courses au galop. C'est une vraie charge et je ne veux pas m'éparpiller. Puisque l'on parle de cette présidence et de la dimension personnelle du pouvoir, je tiens à préciser ce qui est pour moi une évidence : ce Syndicat est plus fort que ses présidents, dont aucun ne s'est jamais pris "pour" le Syndicat ! Parlons des plus récents : j'ai succédé à Jean-Claude Seroul, qui a été de tous les combats dans le développement de France Galop, et à Philippe Bouchara, auquel nous devons le renouveau du Département Propriétaires de France Galop. Leurs actions, c'est le Syndicat qui les a rendues possibles. Leurs réussites, c'est la réussite de tous les membres du Syndicat. Je suis à la tête du Syndicat pour faire en sorte que les propriétaires, nos adhérents bien sûr, mais pas exclusivement, vivent mieux leur passion. Je vis dans le concret, je cherche le positif.

Pensez-vous que l'Institution doit se réformer ? Contrairement à l'impression que nous avons parfois, les courses ne vivent pas coupées des réalités de notre pays et du monde. D'autres interagissent avec nous et nous interagissons avec eux. Récemment, les ministres ont écrit à France Galop. L'État s'intéresse à nous et cela ne va pas sans contrepartie. On peut le comprendre : les courses ont une image écornée, notre spectacle est devenu illisible pour un non initié, nous souffrons d'une productivité faible, nous représentons une masse d'emplois qui va aller diminuant, sans parler de l'arrivée des casinos dans Paris... Aucun indicateur n'est très rassurant.

Cependant, concernant précisément votre question sur la réforme, je vous l'ai dit : je préfère l'évolution à la révolution. Avant qu'on ne nous contraigne à des solutions plus douloureuses et plus injustes, essayons de nous adapter à la nouvelle donne, tentons de nous recomposer en bonne intelligence, de reprendre la main et d'aller de l'avant.

Autre sujet, Longchamp. Lors d'une récente intervention dans Paris-Turf, vous donniez l'impression que le Syndicat était partagé ?

Ma position est claire, je suis pour Longchamp, mais pas dans ce timing. Les six présidents régionaux qui composent la direction de notre Syndicat se sont prononcés démocratiquement : le Syndicat souhaite que le nouveau Longchamp se fasse, mais nous pensons que ce projet doit coïncider avec le plan PMU 2020.

Pourquoi attendre ?

Pour trois raisons. Tout d'abord, nous devons envoyer un signal fort aux tutelles : nous avons entendu votre message. Ensuite, la baisse des allocations telle qu'elle semblerait se profiler est totalement inenvisageable pour notre Syndicat. Nous ne pouvons en aucun cas soutenir un projet qui pourrait permettre de justifier une baisse des encouragements. Enfin, si nous nous donnons un peu de temps, c'est l'occasion ou jamais pour afficher une vision encore plus ambitieuse du nouveau Longchamp.

À quoi faites-vous allusion ?

Je pense que nous avons le devoir de nous projeter vers l'avenir et de bâtir un projet d'envergure européenne. Si Longchamp aboutit, j'aimerais que nous créions un lieu dédié au cheval que les visiteurs du monde entier voudront venir visiter, au même titre que les plus prestigieux sites touristiques parisiens. Le projet Longchamp doit s'inscrire dans une politique de grands travaux comme le furent en leur temps la Pyramide du Louvre ou l'Opéra Bastille. Et ça, je suis certain à 100 % que cela va intéresser l'État et le monde politique. Car c'est un projet véritablement ouvert sur la société. Je n'oublie pas non plus les Jeux Olympiques de 2024, où Longchamp doit jouer son rôle.

 

Concrètement, qu'est-ce que cela signifie ? J'aimerais créer à Longchamp la première Cité du cheval en Europe. Dans cet objectif, notre Syndicat prépare un dossier qui sera remis aux autres décideurs de l'Institution. Il manque en Europe une capitale du cheval. Il faut viser haut et large, car la marginalisation est la plus grande menace qui nous guette. En fédérant autour du cheval, le site de

Longchamp attirera d'autres investisseurs.

J'ai la conviction qu'il donnera un nouvel élan au galop français. Ainsi, en prenant, aujourd'hui, un peu de recul sur ce projet, nous aurons réussi notre pari, nous aurons porté notre vision au-delà des frontières. C'est la vertu des grands travaux.

Quels qu'ils soient, ces grands travaux vont bien devoir entamer les allocations...

En aucun cas. Ce qu'on entend un peu partout, c'est que la baisse des allocations serait inéluctable. Nous ne pouvons l'accepter, et jamais le Syndicat n'acceptera ce qui se présente comme une fatalité. D'ailleurs, sous la présidence d'Édouard de Rothschild, France Galop a réalisé une provision de 51 millions d'euros précisément destinée aux allocations. Nous répétons depuis plusieurs années que pour sanctuariser le maintien des allocations, le coût du fonctionnement de l'Institution doit être la variable d'ajustement, et non les encouragements. France Galop tarde à faire les sacrifices qui s'imposent, comme les pouvoirs publics viennent de l'écrire aux sociétés de courses. Notre seule issue possible c'est qu'il faut aussi travailler sur la recette...

Comment ?

Nous pensons qu'il faut distinguer deux programmes : un circuit de sélection, mission originelle de France Galop, circuit de prestige et de dimension sportive qui devra bénéficier d'une médiatisation très forte, adaptée, faisant appel aux grands médias, et l'autre programme, programme de loisirs, qui permettra d'assurer le financement de la filière au sens large. L'un ne peut pas vivre sans l'autre, tous deux sont vitaux. Les commissions plat et obstacle devront optimiser le "produit courses", celui des handicaps, des "réclamer" et des courses à conditions, qui constituent l'essentiel de la recette. Aujourd'hui, en effet, le programme, dans sa globalité, n'est plus adapté à cet objectif. Il faut y appliquer des règles spécifiques destinées à élargir la redistribution au maximum pour garantir un grand nombre de partants.

À quel type de règles pensez-vous ?

En peu de mots : un pays et deux systèmes. Privilégier dans les courses de Groupe l'excellence et l'élevage au niveau international, ce qui réintroduira la dimension sportive dans le pari hippique.

Ce qui n'est pas ce que l'on recherche dans les courses au quotidien, à savoir la rationalisation du programme. Sans a priori, sans tabou. Ainsi, je préconise, sans apporter de solutions techniques, l'établissement de règles et de méthodes différentes pour que les deux programmes s'épanouissent sans entrave.

Qu'est-ce qui fait courir Patrick Fellous aujourd'hui ? La passion. J'aime les courses passionnément. J'ai vécu sur les hippodromes et j'y vis encore de grands moments dans ma vie. J'aime partager ces moments avec des amis, et je les réunis autant que possible autour de moi pour participer à la vie de mon écurie. J'ai des parts, pour la plupart majoritaires, dans quinze chevaux actuellement déclarés à l'entraînement, et je veux partager les réussites de cet effectif. Le partage, pour moi, est une notion très importante. Et puis j'ai pris goût aux responsabilités dans les courses car j'aime l'action et le risque. Je me suis donc investi et je voudrais aujourd'hui faire en sorte que les propriétaires pèsent davantage sur les décisions de France Galop, sur l'avenir des courses.