Retour sur le prix du président de la république : arnaud duchêne, "président" entre le passé, le présent et le futur

Autres informations / 21.04.2015

Retour sur le prix du président de la république : arnaud duchêne, "président" entre le passé, le présent et le futur

LE MAGAZINE

RETOUR SUR LE PRIX DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

ARNAUD DUCHÊNE, "PRÉSIDENT" ENTRE LE PASSÉ, LE PRÉSENT ET LE FUTUR

Dimanche, suite à sa victoire dans le Prix du Président de la République (Gr3) avec Saint Pistol (Saint des Saints), Arnaud Duchêne était extrêmement ému. Une heure plus tard, Auteuil rendait en effet hommage à son père, Roger Duchêne. Le jockey possède un bel héritage, même s'il n'est pas évident d'être "fils de". Par le passé, il avoue n'avoir pas toujours pris toutes les décisions. Mais c'est avant tout au présent, avec un œil sur le futur proche, qu'Arnaud Duchêne trace désormais son chemin.

Jour de Galop. Qu'avez-vous ressenti au passage du poteau du Prix du Président de la République ?

Arnaud Duchêne. J'étais très heureux de remporter le Prix du Président de la République. C'est une course magnifique que mon père avait remportée. Et ce Gr3 se disputait le même jour que le Prix Roger Duchêne, qui lui rend hommage. Cela donne encore un petit plus à cette victoire. De surcroît, j'étais censé être à Bordeaux pour courir un poulain que j'avais débuté précédemment à Marseille. J'ai été contacté par Laurent Viel qui m'a proposé de monter Saint Pistol, et mon patron Guillaume Macaire a donné son accord.

Votre famille a toujours été très impliquée autour du Prix Roger Duchêne. Que représente cet hommage à vos yeux ?

Pendant vingt ans nous étions présents à Auteuil pour cette course. Ensuite, cela n'a plus été le cas, car nous avions parfois l'impression que la course était quelque peu dénigrée : elle se retrouvait en dernière position sur le programme et il n'y avait plus de podium. Ma grand-mère est également décédée, ainsi que mon oncle. Nous avons donc laissé le flambeau. Ce dimanche, j'ai été très agréablement surpris de voir que le Prix Roger Duchêne se situait juste après de bonnes courses. Il y a eu un grand podium, avec de beaux cadeaux. C'est vraiment très bien de la part de France Galop. C'est une course importante pour les jeunes jockeys mais aussi pour les professionnels, pour ceux qui ont connu mon père. La plupart de ceux qui montaient avec lui sont désormais entraîneurs. Quand j'entends quelqu'un comme Jean-Paul Gallorini expliquer que remporter cette course est un objectif en soi, c'est très émouvant. Cette épreuve est importante pour mettre en avant les jeunes jockeys et permettre de se souvenir de mon père et des autres jockeys disparus. C'est un lien entre le passé et le futur.

Vous avez monté un parcours parfait avec Saint Pistol, calé contre la corde. Pouvez-vous revenir sur ce choix ?

J'ai été seller le cheval avec Laurent Viel. Il m'a dit que Saint Pistol était bien et qu'il avait eu une course de rentrée qui lui avait permis de peaufiner sa condition. Il avait bien progressé et était désormais beaucoup plus calme qu'auparavant.

Pour le reste, Laurent Viel m'a laissé les mains libres, sans ordre particulier me demandant, par exemple, de rester le long de la corde. Le Prix du Président de la République est toujours une course compliquée à monter et j'ai vraiment agi au "feeling". À la rivière des tribunes, je suis resté à la corde alors que presque tout le peloton se déplaçait à l'extérieur. Je ne voyais pas l'intérêt d'aller me battre avec tout le monde. Saint Pistol a ensuite sauté le rail ditch parmi les premiers, et il l'a magnifiquement franchi. Je me suis retrouvé en tête et j'ai attendu les attaques. Or, il n'y en a pas eu et j'étais moi-même surpris ! Après la dernière haie, j'ai fait une petite erreur en lui mettant trois claques qui ne servaient à rien. Mais je me demandais à ce moment ce qui allait se passer, je m'attendais à voir plusieurs concurrents finir vite pour nous attaquer. Ce ne fut pas le cas.

Pensez-vous qu'il tiendra les 6.000m du Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1) ? Savez-vous si vous lui serez associé ?

Je pense qu'aller sur plus long ne va pas le déranger. Dimanche, le cheval était calme et n'a pas fait d'effort. Lorsque Valban lui a mis la pression dans le dernier tournant, il est reparti de lui-même. En restant un peu plus sage, les 6.000m ne seront pas un problème. Il se pourrait que je lui sois à nouveau associé dans le Grand SteepleChase de Paris. Cela m'a été demandé et c'est envisagé.

J'en ai parlé avec Laurent Viel et la famille Papot. ?

Au cours de votre carrière, vous êtes passé par beaucoup de maisons avant d'arriver chez Guillaume Macaire. Comment analysez-vous votre parcours ?

Je pense qu'il faut oublier le passé, ce qu'il s'est produit avant que j'arrive chez Guillaume Macaire. J'ai commis beaucoup d'erreurs, que je qualifierais de jeunesse. J'avais besoin de me trouver et j'avais aussi un nom à porter. J'avais certainement un caractère un peu trop fort. J'ai vécu de belles choses, fait de belles rencontres. Mais tout cela appartient au passé. Depuis que je suis chez Guillaume Macaire, c'est différent.

Que vous a apporté Guillaume Macaire ?

Lorsque l'on travaille chez Guillaume Macaire, c'est vraiment une école. À mon arrivée, j'avais des bases et il aurait pu me demander n'importe quoi. Mais il a fallu attendre un an et demi. C'est un moule : on y rentre ou on n'y rentre pas. Personnellement, j'ai adhéré. Cela demande du travail et on ne nous fait pas forcément de cadeau. Il faut travailler pour réussir et c'est ce qu'il se passe pour moi. Pour rien au monde je ne reviendrais à ce que je faisais avant. J'en apprends tous les jours.

Vous avez en effet une grande expérience, ayant aussi monté en Angleterre.

J'ai eu cette chance car, à l'époque, je travaillais avec François Doumen qui envoyait encore des chevaux en Angleterre. Cela m'a permis de monter à Cheltenham, par exemple, ce qui est toujours un grand moment. Mais j'aurais aimé avoir à l'époque la maturité qui est la mienne actuellement.

Pensez-vous devenir entraîneur un jour ?

Je crois que c'est devenu très dur d'être entraîneur. Il faut avoir les bons propriétaires, dès le début. On m'a posé la question de savoir ce que je ferai une fois à la retraite, mais c'est vague. Je vais peut-être ouvrir un restaurant pour me venger de tout ce que je n'ai pas pu manger ! Mais je ne me pose pas vraiment la question. Je me consacre à mon travail pour donner une belle image.

 

Vous avez eu des accidents assez graves dans le passé. Pensez-vous à arrêter ?

Si je pouvais finir ma carrière à 40 ans, ce serait magnifique. Cela fait plus de quinze ans que je me bats avec mon corps mais je n'ai jamais été aussi bien physiquement. Je fais mon métier à fond mais je ne veux pas pousser trop loin. Je n'ai pas eu l'envie d'arrêter à cause des chutes et des fractures. C'est un métier tellement passionnant et je ne sais pas où, à part dans les courses d'obstacle, on peut trouver une telle adrénaline. Et je m'éclate tous les jours avec les poulains ! Tant que le cœur y est, il faut continuer. Le jour où je prendrais peur, j'arrêterai. Il n'y a rien de pire que la peur pour un jockey d'obstacle.

Quelle est votre impression sur la nouvelle génération de jockeys d'obstacle ?

Il y en a un certain nombre qui sont des phénomènes. C'est assez dur pour moi dans le sens où, il y a quelques années, j'étais à leur place, face à des Pieux, Bressou... Aujourd'hui, je passe de l'autre côté avec tous ces jeunes qui arrivent. Ils sont très bons, avec une façon de monter qui se rapproche du plat. Mais ils ne vont pas me mettre tout de suite à la porte ! J'ai toujours été le bon copain dans les vestiaires. Si un des jeunes jockeys vient me demander un conseil, je suis ravi de le lui donner. Je peux surtout dire ce qu'il ne faut pas faire, ayant moi-même fait toutes les bêtises possibles !

Avez-vous un rêve, un objectif particulier pour la suite de votre carrière de jockey ?

Mon rêve serait peut-être de monter un jour le Grand National. J'ai failli le faire une fois ! Je trouve que c'est une course magique. Elle doit vraiment donner des sensations incroyables. Mais monter les grandes courses anglaises, c'est toujours quelque chose d'incroyable : le Gold Cup, le Champion Hurdle, le World Hurdle... Après, en ce qui concerne la France, j'aimerai rester dans le top 10 pour les six prochaines années. Si j'y arrivais, ce serait très bien. J'y étais en 2014, je remonte tout doucement cette année. C'est là le grand but pour la fin de ma carrière...

Pour pouvoir ensuite partir la tête haute.