Retour sur le prix du président de la république : laurent viel : " ça m'énervait de ne pas gagner de groupe

Autres informations / 20.04.2015

Retour sur le prix du président de la république : laurent viel : " ça m'énervait de ne pas gagner de groupe

LE MAGAZINE

RETOUR SUR LE PRIX DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

LAURENT VIEL : " ÇA M'ÉNERVAIT DE NE PAS GAGNER DE GROUPE "

La journée de ce lundi a un goût particulier pour Laurent Viel. L'entraîneur mayennais a remporté vingt-quatre heures plus tôt le Prix du Président de la République avec Saint Pistol (Saint des Saints). Soit un premier Groupe à l'actif du professionnel qui avoue avoir attendu ce moment avec impatience.

Jour de Galop. Comment allez-vous au lendemain de votre première victoire de Groupe à Auteuil ?

Laurent Viel. Heureux et soulagé. Je savais que Saint Pistol était sur la bonne voie. Je l'avais senti revenir au mieux ces derniers jours. Thomas, mon fils qui le monte tous les matins, m'avait confirmé cette impression. J'en attendais donc une belle performance mais j'avais été un peu refroidi par sa rentrée il y a un mois. Quand je l'avais repris en début d'année et l'avais moi-même monté pour reprendre contact, je m'étais dit : " Nous allons gagner une belle épreuve avec lui ".

Cette notion de Groupe, c'est quelque chose d'important pour vous ?

Un peu quand même... Toutes les victoires sont belles mais certaines sont plus importantes. J'avoue que cela commençait à m'énerver de ne pas remporter de Groupe. Le temps devenait long, surtout que j'étais passé tout près de l'exploit avec Défi d'Anjou (Saint des Saints) dans le Prix Renaud du Vivier (Gr1) en 2012. Mon pensionnaire avait été battu de peu par Esmondo (Sholokhov), tout en précédant Gémix (Carlotamix).

Sur le coup, j'étais très heureux, mais aussi un peu vexé. Je pensais que le temps jouait pour moi et j'attendais avec impatience ce moment de monter sur la plus haute marche du podium dans un Groupe.

Que faut-il pour gagner au top-niveau à Auteuil ?

Des clients qui gardent leurs meilleurs chevaux ! Le problème pour un entraîneur de ma taille est de pouvoir conserver ses meilleurs chevaux.

Or, mes propriétaires reçoivent souvent des propositions qu'ils ne peuvent pas refuser, en particulier du marché britannique, lorsque leurs chevaux se révèlent. Résultat, je perds mes meilleurs éléments qui s'en vont gagner outreManche.

Il est d'ailleurs révélateur que je gagne mon premier Groupe avec un représentant de la famille Papot qui ne s'inscrit pas dans cette politique de vente. Il faut évidemment les en remercier.

Si j'avais un effectif plus important, avec un "stock" supérieur, cela n'aurait pas les mêmes conséquences. Quand les propriétaires de Guillaume Macaire vendent de bons éléments ou quand Guy Cherel fait de même, il reste à ces professionnels des performers de niveau Groupe dans leurs écuries. ?

Racontez-nous un peu l'histoire de Saint Pistol... C'est un cheval qui j'ai toujours estimé. Suffisamment par exemple pour le faire débuter directement à Auteuil. Mais il manquait de force à l'âge de 3ans. Et après ses deux premières sorties, il a "bougé" avec, comme conséquence, un an sur la touche. La famille Papot a alors décidé de le louer à l'un de ses éleveurs, Roland Roisnard (et sa femme). Le cheval a révélé ensuite tout son potentiel durant l'hiver de ses 4 et 5ans, s'imposant trois fois à Cagnes-sur-Mer. Par la suite, Saint Pistol a retrouvé les couleurs Papot dans le cadre d'une  association  avec  Roland  Roisnard.  Le  cheval  a confirmé son potentiel en s'emparant par exemple d'une deuxième place dans une Listed-race à Auteuil. Malheureusement, en décembre 2013, il a connu une lourde chute à Cagnes-sur-Mer. Son épaule était touchée et il lui a fallu quatre mois de box pour guérir. Si vous ajoutez une longue convalescence au pré, cela vous amène en début d'année 2015.

DE PÈRES EN FILS

Et maintenant, objectif "Grand Steeple" ?

Il est certain que Saint Pistol m'a impressionné lors de son succès. Il est encore "sur la montante". L'accélération qu'il a placée à la fin a été terrible. S'il répète cette valeur dans le "Grand Steeple", je pense qu'il a sa place dans les cinq premiers. Je ne connais pas encore la pénalisation que va lui donner le handicapeur mais, à mon avis, c'est maintenant "foutu" pour les handicaps. Quant au terrain, il est polyvalent. Il vient de prouver qu'il était au top en bon terrain et il a déjà bien couru dans le passé sur des pistes très souples et collantes.

Votre écurie n'avait pas réalisé un début d'année spectaculaire. Vous en connaissez les raisons ?

C'est tout simplement que mes pensionnaires étaient en retard de préparation. On a dû prendre quinze jours dans la vue et ils arrivent maintenant au mieux de leur condition. Tous sont "sur la montante".

On a pu vous voir en famille, dimanche à Auteuil. C'est une satisfaction supplémentaire de partager votre passion avec vos enfants ?

J'avoue que je n'ai rien fait pour les encourager à entrer dans ce métier difficile. Ma femme, Nathalie, a aussi tenu un discours plein de réalisme et sans angélisme. Mais la réalité est là. Mon aîné Thomas travaille dorénavant pour moi et s'occupe d'ailleurs de Saint Pistol. Mon deuxième fils, Guillaume, a le statut de gentleman. Et mon dernier, Mathéo, est un mordu. Il a 14 ans et s'occupe de son écurie de poneys (rires) avec lesquels il participe à des courses. Il a déjà fait des stages à l'extérieur, notamment chez Guillaume Macaire... De toute façon, une écurie est un travail d'équipe. Une victoire comme celle de dimanche est la récompense du travail accompli par toute mon équipe, souvent dans l'ombre, et évidemment par mon responsable,

Laurent Hoisnard. Tous sont très impliqués. Dimanche à Auteuil, le poids de l'hérédité a été prépondérant, avec la présence, parmi les quatre premiers du Prix du Président de la République, d'Arnaud Duchêne, lauréat sur Saint Pistol (Saint des Saints), de Vincent Cheminaud, deuxième en selle sur Pindare (Ballingarry), et de Damien Mescam, quatrième avec Osso Bello (Corri Piano).

Ces derniers sont respectivement les fils de Roger Duchêne, Christophe Cheminaud et Didier Mescam. Les trois jockeys au sommet de leur art sur la butte Mortemart prouvent qu'en obstacle, un peu à l'instar du trot, le poids de la filiation et celui de la passion familiale ne sont pas de vaines valeurs.

SAINT PISTOL, LE FRANC TIREUR

C'est un profil complètement atypique que propose Saint Pistol (Saint des Saints), élu président d'Auteuil, dimanche. Il présente une double particularité si l'on se base sur les vingt-et-une dernières éditions du handicap le plus richement doté de France sur le steeple.

D'abord, celle d'avoir signé le plus grand écart à l'arrivée avec son dauphin, en l'occurrence douze longueurs. Sur la période considérée, la plus grande marge était de six longueurs, apanage de Tzar's Dancer (Tzar Rodney) l'an dernier, Louping d'Ainay (Saint Preuil) en 2005, et Chant Royal (Garde Royal) en 1998.

Or, ces trois lauréats font partie des meilleurs vainqueurs du "Prix du Président" vus à Auteuil dans la période qui nous intéresse.

Ils ont notamment signé postérieurement une performance de choix dans le Grand Steeple-Chase de Paris. Tzar's Dancer a conclu quatrième du principal Gr1 français la même année, Louping d'Ainay et Chant Royal se sont placés sur la dernière marche du podium les saisons suivantes. De ce point de vue, l'aisance du succès de Saint Pistol offre à son entourage la perspective la plus réjouissante pour le "Grand Steeple", sachant qu'il y est d'ores et déjà annoncé.

Saint Pistol présente également la particularité d'être le vainqueur affublé de la plus petite valeur handicap au moment de son sacre, toujours depuis 1995. Pour être juste et précis, il faut souligner qu'il a été précédé sous cet angle par Bep's (Mont Basile), qui s'était aligné au départ avec la même cotation de

60. On peut d'ailleurs remarquer que la moyenne de la valeur handicap des lauréats sur les

vingt années précédentes s'établissait à 64,4. Avec Saint Pistol, elle passe dorénavant à 64,2. Les deux précédents héros du "Président" s'étaient d'ailleurs parfaitement glissés dans ce portrait robot avec un rating d'obstacle de 64. À l'autre extrémité du spectre des valeurs, on trouve sur la période étudiée Subehargues (Mansonnien) à 72. Assez logiquement, ce dernier est l'élu présidentiel qui présentait le meilleur cursus d'avant-course avec un titre de Gr3 (Prix Fleuret) et un deuxième accessit dans un Gr1 (Prix Maurice Gillois). Également au palmarès d'un Gr3 (Prix Montgomery) avant son sacre dans le "Président", Quart Monde (Network) s'était présenté, en comparaison, en valeur 66.

 

Comment envisager l'avenir après un titre dans le "Président" ?

Voilà naturellement la question la plus importante pour ce qui concerne Saint Pistol. Un premier constat s'impose : un titre dans le "Président" n'est ni une garantie de succès postérieur, ni un enterrement "première classe". Cette victoire n'aura finalement été qu'un commencement pour Louping d'Ainay et La Segnora (Turgeon), devenus par la suite des éléments de l'élite française. Quart Monde, Objectif Spécial (Ungaro) et Chant Royal ont continué à évoluer à bon niveau ensuite. En revanche, certains "présidentialisés" auront eu du mal à tenir leur rang par la suite. Dans cette famille, on peut citer Jeu de Brook (Trebrook), Jingle Rose (Missolonghi) et Bep's. Reste le cas de Thann (Tadj), consacré lors de sa 134e tentative. Ses quatre sorties ultérieures n'ont rien montré de bien convaincant. Mais que reprocher à un gagnant âgé de 10ans ? Le contexte est singulièrement différent avec Saint Pistol. Encore tout neuf -16 sorties seulement à son actif -, le 7ans de Laurent Viel peut encore "moissonner", dès lors que les problèmes de santé épargneront son futur sportif. Le comportement de Tzar's Dancer l'an dernier dans le Grand Steeple-Chase de Paris (quatrième) pourrait être l'exemple à suivre pour le récent vainqueur. Et même faire mieux encore : parmi les chevaux cités précédemment, Saint Pistol est certainement l'un des chevaux possédant le plus de marge de progression. Absent des pistes pendant plus d'un an, il avait déjà énormément progressé sur sa rentrée du 14 mars et pourrait bien ne pas s'arrêter là.