Alimentation et rhabdomyolyse d'effort chez le galopeur

Autres informations / 29.05.2015

Alimentation et rhabdomyolyse d'effort chez le galopeur

LE MAGAZINE

ALIMENTATION ET RHABDOMYOLYSE D'EFFORT CHEZ LE GALOPEUR

Nous vous proposons aujourd'hui un nouveau volet de notre rubrique axée sur l'alimentation, en partenariat avec la société de recherche et de conseil en nutrition équine Lab to Field. Samy Julliand, nutritionniste équin et directeur de Lab to Field, explique l'impact de l'alimentation sur les myopathies équines.

Coup de sang, myosite, azoturie, tying-up, maladie du lundi, myoglobinurie, rhabdomyolyse sont différentes dénominations de myopathies (maladies musculaires) équines. Elles peuvent se traduire par une baisse de performance passagère, une douleur musculaire sévère et un refus total de mouvement pendant plusieurs heures, voire la mort de l'animal.

Parmi les différentes myopathies équines, les rhabdomyolyses d'effort (RE) touchent entre 5 et 7 % des pur-sang au travail. Un déséquilibre nutritionnel fait partie des facteurs de risques identifiés pour le déclenchement des RE.

Les différentes formes de rhabdomyolyse d'effort Les myopathies chez le cheval ont des origines diverses. Certaines sont liées à une prédisposition génétique de l'animal, d'autres uniquement à la conduite et aux facteurs environnementaux [voir encadré]. Parmi les différentes formes de myopathies, la RE est la plus fréquente chez les pursang. La RE peut être sporadique (RES), avec un unique ou de rares épisodes de crise, ou chronique avec des épisodes répétés. Dans le cas chronique, la maladie est appelée rhabdomyolyse d'effort récidivante (RER).

Les RE correspondent à une destruction (lyse) des cellules des muscles (myo) striés squelettiques (rhabdo). Avec la lyse des cellules musculaires, une baisse de performance, des douleurs musculaires et une augmentation des enzymes musculaires dans le sang apparaissent. En parallèle, la myoglobine libérée par les cellules musculaires détruites se retrouve dans le sang et est éliminée par les urines, ce qui leur donne un aspect foncé.

Dans le cas de la RES, il n'y a pas de prédisposition d'ordre génétique. La cause la plus commune de RES est l'effort trop intense ou le surentraînement. Des facteurs d'aggravation ont été identifiés, comme le manque de condition physique, la déshydratation et un régime alimentaire inadéquat. L'alimentation est impliquée dans les situations suivantes :

Un travail du cheval après une période où il a peu travaillé mais conservé un régime alimentaire trop riche en énergie,

Quel que soit l'entraînement, un régime alimentaire contenant trop d'amidon et pas assez de fibres, ou des carences en électrolytes ou en antioxydants.

Concernant la RER, bien que les causes exactes soient encore discutées, il semble que la maladie soit due à une anomalie du muscle dans le processus de régulation de la contraction. Ceci est probablement lié à un défaut dans la régulation du calcium au niveau des cellules des muscles squelettiques. Ces dysfonctionnements semblent avoir une origine génétique. La transmission de la maladie serait autosomique dominante, ce qui signifie qu'un parent porteur a 50 % de probabilité de transmettre la maladie à sa descendance. Les facteurs de déclenchement des RER incluent des périodes prolongées de repos au box ou une alimentation riche en céréales. Généralement, les chevaux atteints présentent des signes de RER dès les premiers efforts intenses.

Recommandations nutritionnelles

Il n'existe pas de régime alimentaire standard pour prévenir les RE. Quelques bonnes pratiques d'alimentation peuvent cependant être proposées, comme un apport de foin de 8 kg au minimum pour un galopeur et des apports d'amidon limités.

Une pierre à sel à disposition est également préférable pour garantir des apports adéquats en sodium et chlore, les principaux électrolytes. En période de repos, il est recommandé de diminuer les apports de concentrés.

Il est également conseillé de ne pas augmenter les apports de concentrés par anticipation avant une montée de charge de l'exercice.

L'apport de vitamines du groupe B, de chrome ou d'acides aminés à chaîne ramifiée est parfois pratiqué, mais il y a peu de données scientifiques sur le sujet et il est difficile de conclure aujourd'hui. L'origine de la maladie étant multifactorielle, et notamment fortement liée aux pratiques d'entraînement, les bonnes pratiques d'alimentation ne peuvent à elles seules prévenir tous les risques...

Après un premier épisode de RE, il est conseillé de réaliser un bilan nutritionnel pour vérifier que la ration n'est pas déséquilibrée. Face à un cheval qui serait sujet à des épisodes répétés de RE, une origine génétique est à vérifier avec le vétérinaire. En cas de RER confirmée, la quantité d'énergie apportée et la source des apports énergétiques est à contrôler, notamment les apports en amidon.

Bien qu'il ne soit pas précisé dans la littérature scientifique de seuil maximum spécifique aux RER, certains auteurs recommandent de ne pas dépasser 900 g d'amidon par jour pour un cheval de 500 kg. Ceci correspond à 2,5 kg de concentré à 35 % d'amidon (valeur proche de l'avoine entière). Il est parfois suggéré d'apporter de l'huile, à hauteur de quelques décilitres.

L'huile en elle-même ne semble pas avoir d'effet protecteur, mais pour les chevaux qui travaillent intensément, elle permet d'apporter de l'énergie sous une forme différente que celle de l'amidon : 0,3 l d'huile fournit au cheval autant d'énergie qu'1 kg d'avoine. Concernant les apports en électrolytes et en antioxydants, l'accès à une pierre à sel et l'apport dans la ration de vitamine E (1500 à 2000 mg) et de sélénium (1,5 à 3 mg) permettent de limiter les risques de récidive. Les RE étant déclenchées par l'exercice, l'adaptation de l'entraînement à chaque animal est également recommandée.