Antoine de watrigant : " avec gailo chop, ça va chauffer dimanche

Autres informations / 22.05.2015

Antoine de watrigant : " avec gailo chop, ça va chauffer dimanche

ANTOINE DE WATRIGANT : " AVEC GAILO CHOP, ÇA VA CHAUFFER DIMANCHE "

Le Prix d'Ispahan (Gr1) s'annonce somptueux dimanche. Il n'a attiré que cinq candidats mais la présence d'un trio magique de hongres (ou d'un trio de hongres magiques) occulte toutes les critiques. Cirrus des Aigles (Even Top) et Solow (Singspiel) seront les vedettes attendues. Et Gailo Chop (Deportivo) jouera le rôle du troisième larron. C'est lui qui suscite le plus d'interrogations. Car le 4ans effectue sa grande rentrée. Son entraîneur, Antoine de Watrigant, nous détaille ses attentes pour dimanche et bien au-delà.

Jour de Galop. Commençons par le présent. Comment va Gailo Chop ?

Antoine de Watrigant.

Très bien. Il a beaucoup "forci" durant l'hiver. Même s'il affiche le même poids sur la balance, il apparaît plus "important", avec plus de masse et de points de force. C'est un cheval exceptionnel qui se transcende toujours en course. Il se montre normalement calme et serein au box. Sur un hippodrome, il ne monte vraiment en pression qu'en arrivant dans le rond de présentation. Au canter, il monte encore d'un cran car c'est un guerrier. Il sait alors qu'il part à la guerre. Et en course, il est très concentré. Il donne tout ce qu'il a et même plus. Il sait se faire mal et va toujours plus loin dans son effort.

Son contretemps du début d'année est-il oublié ? [Gailo Chop devait effectuer sa rentrée dans le Prix d'Harcourt, puis le "Ganay", ndlr]

Complètement. Il avait reçu un coup à son postérieur droit au travail. Nous avons nettoyé la plaie et l'avons traitée. Il était prévu qu'il rentre dans le Prix Ganay (Gr1) [le 3 mai] mais les délais se sont révélés insuffisants au regard des traitements qu'il a reçus.

Le contexte est particulier ce dimanche, puisqu'il rencontre deux concurrents visiblement au sommet de leur art...

C'est vrai que Cirrus des Aigles (Even Top) et Solow (Singpiel) sont de sacrés clients. Ils se sont montrés tous les deux très impressionnants dernièrement, et sont tout simplement deux des meilleurs pur-sang du monde. Je rêverais que Gailo Chop les double dans la ligne d'arrivée mais je crains qu'il faille être plus réaliste. J'aimerais que "Gailo" conclue troisième, dans leur dos. ?

En fait, il faudra compter les longueurs. C'est un test important pour vraiment connaître son potentiel actuel. S'il se comporte de très belle façon, nous pourrons ensuite envisager un programme de Grs1. Comme les Prince of Wales's Stakes (Gr1, 2.000m) à Royal Ascot, ou même le Grand Prix de Saint-Cloud (Gr1, 2.400m). C'est son comportement et sa façon de prolonger son effort ce dimanche qui nous indiqueront le créneau de distance à suivre. Par contre, s'il nous montre de sérieuses limites, il faudra sans doute penser à le réorienter sur un programme plus facile, comme la Coupe [de Longchamp] et le Grand Prix de Vichy (Grs3).

 

Comment imaginez-vous cette rentrée dans le Prix d'Ispahan ?

J'espère que Gailo Chop restera zen avant la course. Mais je trouve qu'il est très réveillé actuellement au travail. Je sens que ça va chauffer dans le rond dimanche ! Durant l'épreuve, chacun trouvera sa place. Si "Cirrus" veut animer la course et que "Gailo" ne tire pas trop, il peut très bien prendre son dos. S'il se montre vraiment trop tendu, alors il prendra les devants. Solow devrait plutôt jouer les attentistes avant de placer sa pointe de vitesse. C'est sûr qu'il y aura un côté tactique, mais le meilleur gagnera.

 

Et l'avenir ? Gailo Chop appartient pour moitié à des Australiens [Oti Management]. Ils ont déjà exprimé le souhait l'an dernier de le voir en course chez eux. C'est toujours d'actualité ?

Oui. Si tout se passait comme prévu, Gailo Chop partirait au second semestre courir en Australie. Il resterait là-bas sous mon entraînement et j'aurais donc du personnel à demeure auprès de lui. Il va falloir embaucher [rires].

 

 

 

 

 

Ses propriétaires parlent beaucoup du Cox Plate (Gr1, 2.040m), mais j'ai un doute sur cette épreuve. En fait, je crois que la piste de Moonee Valley ne lui conviendrait pas. C'est un "carré" avec de courtes lignes droites. Gailo Chop a besoin de grands anneaux et de longues lignes droites pour s'exprimer et mettre à profit sa grande action. Je préférerais pour lui le Caulfield Cup (Gr1, 2.400m). La piste de Caulfied lui conviendrait mieux et il devrait tenir la distance de 2.400m en Australie. Mais tout cela reste bien sûr conditionné à ce que Gailo Chop va nous montrer dans les prochaines semaines et, d'abord, dès dimanche.

Si le voyage australien est au rendez-vous, reverrons-nous Gailo Chop ensuite en France ? En 2016 ?

Normalement, oui. Si le cheval est toujours au rendez-vous. Regardez l'exemple de Cirrus des Aigles. Ce qu'il réalise est extraordinaire. On voit aujourd'hui que les hongres peuvent réussir de grandes carrières.

C'est vrai que pour les chevaux d'âge, le programme est riche et ouvert. Il peut inciter les propriétaires à conserver les meilleurs éléments.

Même si on est dans un scénario assez différent, regardez ce qui se passe avec Trêve. Je crois que dans notre monde actuel, l'essentiel est de s'adapter. De toute façon, c'est plus gratifiant dans notre métier de faire du bon boulot sur les chevaux et d'avoir la possibilité de les garder longtemps. C'est aussi le pouvoir des courses de faire ainsi durer le rêve plus longtemps. Regardez ce qui ce passe avec le trot. C'est quelque chose que j'aime bien.

 

Vous connaissez une réussite exemplaire avec un petit effectif. À votre crédit, il y a Gailo Chop bien sûr, mais aussi High Dynamite (Kentucky Dynamite) cette année, Zuri Chop (Muhaymin) et Grey Chop (Soave) depuis 2014. Tout va bien ?

Je vais vous surprendre mais mon téléphone sonne très peu. J'ai une petite trentaine de pensionnaires et je vais en perdre la moitié dans un mois, en raison de l'installation d'Alain Chopard comme entraîneur.

Je conserve Gailo Chop et Grey Chop mais je vais me retrouver avec de nombreuses places libres. Malgré les résultats, peu de gens frappent à ma porte.

 

Comment expliquer ce fait ?

Les propriétaires sont frileux. Regardez ce qui se passe : les grandes casaques sont gérées par des racing managers ou des courtiers.

Et il y a un effet de concentration vers les grands effectifs d'entraînement. Le constat est le même avec les écuries de groupe. Chacun se protège en achetant des chevaux chers puis en les mettant chez des entraîneurs qui connaissent une forte notoriété.

Qu'est-ce qui vous motive, vous  fait  avancer, dans les courses ?

J'aime relever les défis. J'aime me fixer des challenges. J'aime l'opportunité qu'offrent les courses de rencontrer des gens extraordinaires, de milieux très différents. Vous savez, je suis né dans le monde des courses. Par exemple, j'adore Dax, un hippodrome que je fréquente depuis mon enfance je suis aujourd'hui membre du Comité des courses dacquoises mais je veux vivre autre chose, aller ailleurs, rencontrer d'autres lieux. Avoir Gailo Chop, cela me motive. S'il n'y avait pas tout cela, je me garerais sur le bas-côté et ferais autre chose. Car c'est un métier très exigeant et difficile.

 

Quel bilan tirez-vous de votre aventure américaine, l'an dernier, avec Gailo Chop ?

Cela a été très enrichissant, même si cela ne s'est pas passé comme prévu. C'est une démarche qui me va très bien. Je dirais juste que les Américains n'ont pas forcément été très fair-play ! (rires)

 

Pourquoi ? Vous pouvez préciser ?

Nous étions allés en juillet sur ce Gr1 américain [Belmont Derby Invitational Stakes (Gr1)] car il s'insérait parfaitement dans le programme de Gailo Chop qui avait le Prix Guillaume d'Ornano comme objectif estival. J'avais visionné toutes les dernières éditions et j'étais très confiant. Quelle ne fut pas ma surprise  de découvrir  que, pour  la première  fois, l'épreuve allait être organisée sur la petite piste de Belmont Park. Cela n'était pas le cas les années précédentes et bien sûr, nous n'avons pas été prévenus. Allez savoir pourquoi... Autant vous dire que la ligne droite de deux cent quatre-vingts mètres et les tournants ultra serrés n'ont pas joué en faveur de Gailo Chop ! Il faisait du saute-moutons dans le dernier tournant, à l'extérieur. Sa quatrième place est d'autant plus méritoire.

 

Un mot sur High Dynamite, votre bon 3ans de l'année ?

C'est un excellent élément. Le matin, par exemple, il va sans problème avec Gailo Chop. Mais il n'a sans doute pas le mental de guerrier de "Gailo". Il ne se transcende pas au même niveau. Il va participer au Prix du Jockey Club (Gr1) et n'y sera pas ridicule. Nous allons nous amuser avec lui. C'est d'ailleurs dommage que les grands Grs1 français pour 3ans ne soient pas ouverts aux hongres. Vous imaginez ce qu'aurait pu y réaliser Gailo Chop l'an dernier ? Et ouvrir aux hongres ne casserait pas la sélection car nous sommes là dans le haut niveau et l'exception. Alors avoir un hongre tous les dix ans au départ du "Jockey Club" ne casserait vraiment pas le caractère de sélection de cette course.