American pharoah le reve americain par franco raimondi pour jour de galop

Autres informations / 24.06.2015

American pharoah le reve americain par franco raimondi pour jour de galop

American

Pharoah a réveillé le rêve américain en berne depuis 1978. Sa Triple couronne

déborde largement l’univers des courses. Et derrière l’exploit, se cache une

incroyable saga, celle de son éleveur propriétaire, Ahmed Zayat, un américain

d’origine égyptienne qui symbolise à lui seul “l'american dream” Samedi

prochain, dans l’après-midi, après une parade à Santa Anita, American Pharoah

(Pioneerof the Nile) effectuera son retour dans le barn de son entraîneur, Bob

Baffert. Et, d’un coup, il pourra reprendre sa vie quotidienne, celle de tous

les chevaux de course. Favori, le champion avait déjà la pression sur lui avant

le Kentucky Derby (Gr1), le 5 mai. Et après sa victoire de Churchill Downs,

cela n’a fait que monter. Tout le monde voulait voir, toucher, sentir, entendre

American Pharoah. Avant et après la Triple Crown, attendue depuis 1978 par le

galop américain. Il faut savoir qu’aux États-Unis, les champions, mais

également les compétiteurs de moindre niveau, sont plus au contact avec le

public que chez nous. On a assisté à des moments comiques il y a quelques

années à Churchill Downs, quand un candidat au Kentucky Derby s’était retrouvé

bloqué entre deux voitures et qu’une autre, mal garée, l'empêchait de rentrer

dans l’écurie. Une fête par ici, les caméras de la télévision par-là, et encore

les fans qui attendent de le voir un petit instant. Son entraîneur, Bob

Baffert, est un homme passé maître dans la gestion de la pression et dans le

jeu avec les médias. Mais il vient de dire qu’il attendait impatiemment le

retour d’American Pharoah, ajoutant : « Il a besoin de souffler un peu, il est

fatigué après toute cette pression. Quand il était revenu à Churchill Downs

après sa victoire dans les Belmont Stakes (Gr1), il y avait plein des gens qui

voulaient le voir, le toucher. C’est un cheval adorable, il a tenu le coup

mais, maintenant, il faut lui donner la chance de retrouver sa vie. »Samedi,

les tribunes de Santa Anita seront pleines. Les fans recevront un T-shirt

officiel American Pharoah Triple Crown Champion et assisteront à la parade du

phénomène. Et après, pour quelques semaines, plus rien.

UN

NOUVEAU SOUFFLE POUR LES COURSES AMERICAINES

Le galop

américain avait besoin d’un champion pour sortir de la crise et retrouver sa

place sur le marché, très compétitif, du spectacle sportif. Le récent scandale

– beaucoup gonflé par certains medias – "PETA-Asmussen" a beaucoup

marqué les esprits outre-Atlantique [scandale de maltraitance supposée de

chevaux de course au sein de l’écurie de Steve Asmussen, dévoilée par la PETA

(l’organisation de protection américaine des animaux), ndlr]. American Pharoah

est arrivé au bon moment mais le galop n’est pas un sport comme les autres. Et

quand il s’agit de communiquer, il faut maîtriser un animal-champion, ce qui

n’a rien de comparable avec les autres sports. Cela reste souvent très délicat

et on ne peut se soustraire aux lois de la nature. C’est difficile aussi pour

les "gourous" du marketing USA d’appréhender toute cette dimension,

celle du champion animal qui porte en lui un capital danger. Comme disait un

vieux fan du trot italien, le vrai record de Varenne n’était pas d’avoir tout

gagné en piste, mais celui de n’avoir jamais donné un coup de pied à un de ses

fans pendant toutes les manifestations publiques, les apparitions à la télé et les

parades ! Sept hippodromes différents veulent accueillir American Pharoah à sa

première sortie comme Triple Crown Champion. Parmi eux Saratoga, Santa Anita,

Monmouth Park et Del Mar. Mais, même Canterbury Park, un "bled" dans

le Minnesota, était prêt à mettre sur la table deux millions de dollars si

l’entourage d’American Pharoah avait accepté de participer à son Derby. Ashford

Stud (la division américaine de Coolmore) a acheté la carrière d’étalon

d’American Pharoah, mais son futur sur les pistes sera décidé à 100 % par Zayat

Stables. C’est une bonne garantie : le champion ne sera pas géré comme un clown

de cirque, avec un oeil sur les pistes et l’autre sur la publicité, et il le

mérite bien. La balle reste donc dans le camp des hippodromes et du secteur

économique des courses. Il faudra bien exploiter le phénomène American Pharoah,

tout en respectant les exigences des courses, qui sont un sport pas comme les

autres. Le galop a ses règles et le vulgariser, c’est le premier pas vers sa

destruction. Si on pousse trop haut un champion dans l’imagination du public,

en oubliant tout le reste, il y a un risque de tout "casser". La fête

est finie, le champagne a perdu ses bulles et l’amour disparaît…

AHMED

ZAYAT, UN DESTIN FLAMBOYANT

American

Pharoah est bien sûr le "cheval de la vie" pour n’importe quel

propriétaire, sauf s’il a déjà eu la chance d’avoir sous ses couleurs Frankel,

Zarkava, Trêve, Goldikova ou Cirrus des Aigles, pour ne rester dans les

dernières années. Ahmed Zayat a débuté dans les courses en 2005 et, depuis

lors, il a acheté 342 chevaux aux ventes aux enchères, en dépensant plus de 81

millions de dollars. Au bout de dix ans, il a remporte la Triple couronne comme

propriétaire et éleveur d’American Pharoah, fils de Pioneerof the Nile (Empire

Maker), un étalon qu’il a lui-même conçu. Ce dernier était né d’une poulinière

qu’il avait achetée à l’amiable après qu’elle n’avait pas atteint un prix de

réserve de 160.000 dollars. Quant à la mère d’American Pharoah,

Littleprincessemma, elle a été payée 250.000 dollars avant de se révéler…

atteinte de lenteur. Jusque-là, aux États-Unis, Ahmed Zayat était marqué du

sceau du propriétaire malchanceux. Les raisons en étaient nombreuses. Il était

passé à côté du Kentucky Derby en 2009 avec Pioneerof the Nile, battu à

Churchill Downs par l’improbable hongre Mine that Bird (Birdstone). Deux ans

après, son Nehro (Mineshaft) a trouvé sur son chemin Animal Kingdom

(Leroidesanimaux). Encore deuxième. Et, en 2012, son Bodemeister (Empire Maker)

paraît avoir course gagnée quand, dans les deux cents derniers mètres, I’ll

Have Another (Flower Alley) le prive une nouvelle fois de la gloire. Si vous

ratez votre chance dans le Kentucky Derby trois fois… Heureusement Ahmed Zayat

n’a jamais levé le pied. L’homme, devenu riche après avoir vendu pour 280

millions de dollars son entreprise (commercialisation de la bière en Egypte),

n’a pas placé son trésor sous le matelas.

LA

DEGRINGOLADE ET LA RENAISSANCE

Il l'a

risqué jusqu’au bout en passant à côté de la faillite pour n’avoir pas honoré

un emprunt de 34 millions. En bref, Zayat avait 50 millions de dettes, un

chiffre égal à son patrimoine en chevaux (203 têtes à l’époque), à ses revenus

personnels de l’année précédente et à ses investissements. En juillet 2010, le

tribunal a accepté le plan de redressement de Zayat Stables qui s’est étalé sur

plusieurs années jusqu’en 2014. Le propriétaire a repris sa place sur le marché

après avoir payé ses dettes et réduit le nombre de ses chevaux. Zayat Stables

avait dépensé 66,2 millions de dollars dans la période 2005-2008 pour acheter

269 chevaux aux ventes aux enchères. Une petite fortune et, comme tous les

propriétaires débutants, il est tombé sur des mauvais chevaux, il a

probablement été victime de quelques escroqueries mais, à la fin, il a eu 14

gagnants de Grs1 et a monté une entreprise capable de s'exposer à bon niveau.

Zayat Stables est propriétaire majoritaire de 13 étalons. Si, pour certains, il

s’agit de pure passion sans enjeu financier, d’autres sont des vrais trésors. À

commencer par le père d’American Pharoah, Pioneeerof the Nile, proposé en 2015

à 60.000 dollars. Puis avec Bodemeister (30.000 dollars), Paynter (25.000

dollars) et Eskenderya (17.500 dollars). Les trois premiers sont à Winstar Farm

alors que le quatrième est logé à Taylor Made, où séjournent les 30 poulinières

(toutes très jeunes) de Zayat Stables. Ce n’était pas facile de monter une

opération élevage-courses en dix ans. Les poulinières vont presque toutes à la

saillie chez les étalons maison et, pour arriver à une trentaine de produits à

rentrer chaque année chez Bob Baffert, D. Wayne Lukas, Mark Casse, Dale Romans

et d’autres professionnels, Zayat Stables se présente encore aux ventes

American Pharoah est le grand tournant du projet d’Ahmed Zayat. Déjà, en 2008, lors

de sa troisième saison, l’écurie avait terminé tête de liste des propriétaires

américains – devant Frank Stronach – avec 6.883.902 dollars. Après les années

difficiles, les chevaux en azur et jaune ont repris leur place. Depuis les

débuts, en 2006, les gains dépassent les 45 millions, un peu plus de la moitié

des investissements aux ventes. Le courage ne manque pas à Ahmed Zayat, qui a

toujours eu le soutien de sa femme, Joanne, et de ses quatre fils, dont un,

Justin, s’occupe du marketing et du développement de l’écurie. En 2010,

Pioneerof the Nile avait débuté sa carrière d’étalon au prix de 20.000 dollars,

dans une tranche du marché où la concurrence est rude. Il avait eu 86 poulains

et, après deux saisons avec moins de 100 poulinières, il était passé à 144

juments en 2013 et 131 en 2014 (à 20.000 dollars la saillie). La décision de

rehausser le tarif à 60.000 dollars, alors qu’American Pharoah n’était

"que" le champion de 2ans, avait semblé excessive. Ahmed Zayat, qui a

gardé 75 % de la propriété de l’étalon, a eu raison. Les saillies de Pioneerof

the Nile ont trouvé preneur et des éleveurs ont même négocié à un prix

supérieur des saillies sans conditions. 

LE RING

DE VENTE COMME DENOMINATEUR COMMUN

American

Phaoroah, lui, était passé en vente sur le ring de Saratoga alors que son père,

Pionnerof the Nile, n’avait pas rejoint son prix de réserve (290.000 dollars),

six ans plus tôt, à Keeneland September. Le marteau est tombé à 300.000

dollars, une petite fortune pour un fils d’un étalon à 15.000 dollars et d’une

poulinière qui avait reçu en course 172 dollars ! Et pourtant il s’agissait bel

et bien d’un rachat. Avant le Kentucky Derby, le propriétaire avait dévoilé que

son courtier, David Ingordo, avait les ordres de racheter le poulain jusqu’à un

million de dollars ! On dirait un propriétaire fou furieux. Et pourtant, Ahmed

connaît bien la façon d’équilibrer le budget. En novembre, il a vendu pour

2.100.000 dollars Littleprincessemma, pleine de Pioneerof the Nile. Il a gardé

American Pharoah et une pouliche yearling (sa propre soeur). Voilà une belle

assurance pour l’avenir. Après la vente de la carrière d’étalon d’American

Pharoah, Ahmed Zayat a bouclé la boucle. Il a rempli le coffre-fort, a gardé

des parts de l’étalon et, dans le même temps, il a redessiné son entreprise en

passant de 200 à 140 chevaux (élevage et écurie). En regardant de plus près ses

effectifs, on peut découvrir quelques petits secrets. Zayat a toujours acheté

en priorité des mâles et il est resté loin des sources de vitesse "bon

marché" qui ont presque détruit l’élevage américain. Il préfère les ventes

breeze up sans y chercher le cheval pour courir le lendemain matin. Pour un

éleveur sans terres ou un propriétaire qui a développé une petite branche

"élevage", c’est la seule façon de soutenir sa passion au plus haut

niveau. En dix ans et après être passé à côté de la faillite le

"propriétaire malchanceux" est devenu Mister Triple Crown. Un Pharaon

Américain.