Bernard le gentil nous ouvre les portes du haras d’estruval, partie 4

Autres informations / 26.06.2015

Bernard le gentil nous ouvre les portes du haras d’estruval, partie 4

Début

juin, Bernard Le Gentil et son épouse ont ouvert les portes du haras d’Estruval

à Jour de Galop. À cheval sur les communes du Parcq et de Vieil-Hesdin, dans le

Pas-de-Calais, Estruval est une véritable "marque" dans le monde de

l’obstacle. Cette semaine, nous vous proposons de découvrir l’histoire du haras

et de la casaque, les méthodes qui ont fait son succès et le rôle qu’a joué la

famille Le Gentil dans la politique des courses françaises... PARTIE 4/5

LES AQPS

ONT OEUVRÉ POUR L’ENSEMBLE DE L’OBSTACLE FRANÇAIS

« J’ai

passé dix ans à expliquer cela et à dire "qu'à partir d’aujourd’hui",

on pouvait développer un élevage qui avait l’obstacle pour objectif. Quand je

disais cela en 1970, on me riait au nez. Pas n’importe qui d’ailleurs, des

personnes averties du milieu hippique. Les mieux intentionnés me disaient: «

Vous êtes fort sympathique, vous défendez votre truc, mais c’est impossible, on

ne peut pas baser un élevage sur l’obstacle. » Au départ, personne, ou bien peu

de monde, n' y croyait. En allant contre la pensée dominante,  le "mouvement AQPS" a rendu un très

grand service à l’élevage français. Plus tard, lorsque les Anglais ont commencé

à acheter, les courtiers se sont réveillés. Tout d’un coup, l’élevage

d’obstacle devenait intéressant ! Heureusement que les éleveurs d’obstacle

étaient allés rechercher les vieilles souches qui étaient éparpillées.

Aujourd’hui, ceux qui ont une bonne souche d’obstacle, qu’elle soit de pur ou

de demi-sang, ont beaucoup de chance. Ce n’est pas mieux d’un côté ou de

l’autre, une bonne souche est une bonne souche. Les AQPS ont joué un rôle

important, voire historique, à ce moment-là, car cet esprit, cette volonté de

sélectionner pour l’obstacle a profité à l’ensemble des acteurs de la

discipline. »

LE

MARCHE AVANT L’ARRIVEE DES ANGLAIS

« Le

marché était très réduit. C’était confidentiel. Il y avait un tout petit noyau

d’acheteurs qui passaient des accords avec les éleveurs. Ils donnaient des

redevances à ces derniers lorsqu’un poulain gagnait : par exemple 10 % des

gains. Ce n’était même pas l’amorce d’un commerce. Dans le Centre, les éleveurs

faisaient souvent courir leurs pouliches en plat. Ils les vendaient après une

première sortie. Les quelques meilleurs élevages avaient des clients qui

passaient chez eux, comme les frères Fougedoire. Le marché a changé quand les

Anglais sont arrivés. Avant cela, on élevait avec des prix de production modestes.

Les éleveurs faisaient saillir à l’étalon national de la station d’à côté, puis

les chevaux grandissaient au milieu des vaches. On nourrissait quand on avait

le temps. Les chevaux coûtaient donc très peu cher à produire, si bien que les

éleveurs ne perdaient pas trop d’argent. Depuis, les choses ont bien changé. La

race AQPS a évolué positivement, les chevaux ont gagné en vitesse. Il n’y a

qu’à voir le nombre de demi-sang actuels qui sont capables de gagner les

meilleures courses à Paris. À l’époque, beaucoup n’avaient pas suffisamment

d’influx pour cela. Il y avait bien sûr des exceptions, comme Rivoli (Burgos).

Mais aujourd’hui, il n’y a plus de différence. Je ne sais pas si on peut dire

que les AQPS actuels sont meilleurs, mais en tout cas ils ont pris de la

vitesse. »

DES

OBJECTIFS CLAIRS ET L’IMPORTANCE DU MODELE

« Mon

rythme de croisière actuel est de huit à dix naissances par an sur

quatre-vingts hectares. Je décide seul des croisements, avec des objectifs

clairs et pragmatiques. En participant aux concours de modèles organisés par

les Haras nationaux, les éleveurs traditionnels ont appris à se préoccuper du

modèle. Or, le modèle, c’est très important pour un cheval d’obstacle, voire

essentiel pour les mères. Je fais donc très attention à la morphologie du père

et de la mère, mais aussi à leur mental. Si j’ai une jument ultra-bouillante et

une autre très froide, je ne vais pas aller au même étalon. C’est à l’éleveur

de tenter de compenser les défauts de la jument. Le feeling est également très

important. Un étalon vous plaît ou ne vous plaît pas. Beaucoup de

professionnels me disent que mes chevaux se ressemblent tous. C’est

logique.  Quand vous élevez, vous avez un

modèle dans l’oeil. Ce n’est pas une science exacte. Un étalon doit avoir été

essayé et il faut aller voir ses produits. En revanche, pour faire des chevaux

d’obstacle, je ne pense pas que cela soit d’une grande utilité d’exprimer une

science très fine du croisement, comme on peut le voir dans les grandes souches

de pur-sang. Il n’y a pas besoin de faire des études extraordinaires. Un

certain nombre d’étalons ont prouvé qu’ils pouvaient produire des chevaux

d’obstacle. D’autres, de par leur origine et leur conformation, donnent

l’espoir d’être des bons étalons. Ce sont les jeunes et il faut les essayer.

Pour faire saillir, il nous faut nécessairement parcourir plusieurs centaines

de kilomètres. C’est un mal pour un bien car de ce fait, nous ne sommes pas

tentés d’aller à un étalon simplement parce qu’il est près de chez nous ! »

UNE

RÉGION D’ÉLEVAGE OÙ LES GALOPEURS SONT RARES

« Il y a

malheureusement peu d’élevages de galopeurs dans la région. Je n’ai que très

rarement réussi à créer des vocations. Non loin d’ici, il y a tout de même la

famille Libbrecht [d’où Plumeur, lauréat de la Grande Course de Haies de

Printemps (Gr3), ndlr]. En 2009, l’élevage de la famille Wattines, qui était

basé à quelques kilomètres d’Estruval, a été dispersé. » L’élevage de la

famille Wattines, créé en 1914, était notamment à l’origine de Le Touquet

(Marmouset), lauréat de l’édition 1929 du Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1),

et de Don Lino (Trempolino), gagnant du Prix Cambacérès (Gr1). Cet élevage a

également donné le père de sauteurs Carvin (Marino), lauréat du Critérium de

Saint-Cloud (Gr1) et troisième du Prix du Jockey Club (Gr1). En plat, l’élevage

fut notamment représenté par Abbatiale (Kaldoun), deuxième du Prix de Diane

(Gr1), Forestier (Nikos), gagnant du Prix Vicomtesse Vigier (Gr2) et Folie

Danse (Petit Loup), deuxième du Prix Saint-Alary (Gr1).

DE

L’IODE, DU CALCAIRE ET DE L’HERBE

«

J’élève un peu comme en Irlande. En hiver, les poulinières pleines rentrent au

box, certaines sont sous lumière. Les poulains restent au pré. Dans les

herbages, il y a des abris que j’ai mis au point au fil des années, pour réduire

le nombre d’accidents. Les chevaux y trouvent de la paille et du foin en

permanence. Ils entrent et sortent quand bon leur semble. Ils sont nourris,

généreusement, deux fois par jour. C’est une façon d’élever qui fait des

poulains moins précoces mais solides et résistants. La région offre de très

bonnes terres et de très bonnes terres d’élevage en particulier. La dépression

de l’Estruval longe un plateau très fertile. Les coteaux le sont également mais

l’épaisseur de limon est moins importante. Vous êtes directement sur la falaise

calcaire. Le sol est donc porteur et filtrant. Les prairies restent saines

après les pluies. Par ailleurs, nous sommes à trente kilomètres de Berck, le

point le plus iodé d’Europe. Pendant deux cents ans, les malades des os y venaient

pour cela. Les terres sont arrosées par les embruns qui viennent de la mer.

Vous avez ici de l’iode, du calcaire et de l’herbe en abondance…Il y a donc

tout ce qu’il faut pour produire des bons chevaux. Sur la propriété, nous

élevons également des bovins et nous avons des cultures. À présent, c’est mon

fils qui s’occupe de cette partie. Le mélange avec les bovins est très

important quand on veut élever des chevaux. »