Bernard le gentil nous ouvre les portes du royaume d’estruval, partie 1

Autres informations / 23.06.2015

Bernard le gentil nous ouvre les portes du royaume d’estruval, partie 1

Début

juin, Bernard le Gentil et son épouse ont ouvert les portes du haras d’Estruval

à Jour de Galop. À cheval sur les communes du Parcq et de Vieil-Hesdin, dans le

Pas-de-Calais, Estruval est une véritable "marque" dans le monde de

l’obstacle. Cette semaine, nous vous proposons de découvrir l’histoire du haras

et de la casaque, les méthodes qui ont fait son succès et le rôle qu’a joué la

famille le Gentil dans la politique des courses françaises.

LA

MÉTHODE D’ESTRUVAL : UN APPRENTISSAGE PRÉCOCE

Bernard

le Gentil a une quinzaine de poulinières sur les 80 hectares du haras, sans

compter les chevaux au repos, et une quinzaine de chevaux à l’entraînement.

Estruval est le lieu de naissance et celui des premiers apprentissages pour les

élèves du haras. Ils partent ensuite au préentraînement chez Richard Chatel

avant d’aller chez Guillaume Macaire. « Nous avons à peu près tout le temps

entre dix et quinze chevaux qui courent et à peu près autant au repos. Mes

chevaux sont toujours débourrés ici, dans le manège. Et en fin d’année de 2ans,

ou au début de l’année de 3ans pour les plus tardifs, ils partent à

l’entraînement. Surtout, ce qui est important, c’est que j’apprends à tous mes

chevaux à sauter en liberté de tout petits obstacles. Je leur apprends à

sauter, à se gérer. Cela les prépare à profiter très rapidement du travail de

Guillaume Macaire. Il a ce qu’il appelle le "manège" : trois haies

sur lesquelles il fait tourner les chevaux. Chez moi, ils apprennent déjà à se

gérer en liberté. Après, lorsqu’on leur met un jockey sur le dos, ils possèdent

déjà une gymnastique. Ils savent se calculer. Cela évite beaucoup d’accidents.

Et comme en plus, de façon héréditaire, ils ont de l’aptitude… Si vous demandez

à Guillaume si les chevaux qui viennent de chez moi sautent, il vous dira

qu’ils le font naturellement. C’est une particularité. Après ce travail, ils

partent en préentraînement chez Richard Chatel, où ils commencent un véritable

entraînement de chevaux de course et lorsqu’ils sont prêts, ils vont à Royan.

J’ai des poulains tardifs qui, s'ils "prennent dur" à la sortie de

l’école après être arrivés à Royan, reviennent au pré, y passent deux mois puis

repartent. » Par ailleurs, Isabelle le Gentil pratique aussi du shiatsu pour

chevaux. « C’est très important pour la remise en forme des chevaux, et très

intéressant pour poser des diagnostiques avant des radios ou en vue de

consultations avec l’ostéopathe. Il s'agit d'une très bonne méthode. »

COMMENT

VONT LES MEILLEURS ÉLÉMENTS DE L’ÉCURIE ?

AVISO

D’ESTRUVAL, MALCHANCEUX

Le

propriétaire-éleveur a encore en tête la faute importante d’Aviso d’Estruval

(Urgent Request) dans le Prix Xavier de Chevigny. Une faute qui a entraîné la

chute de son jockey, Arnaud Duchêne : « Au lendemain de sa course, Aviso

d’Estruval marche correctement, malgré ce qu’il a fait à Auteuil, en se

plantant après la réception. Il aurait pu se faire mal. Je crois que le terrain

était très irrégulier. C’est toujours la même chose : il est très difficile

d’arroser lorsqu’il y a du vent car, à cause du vent qui déporte les jets, une

partie de la piste reçoit de l’eau et l’autre non. Aviso d’Estruval est un cheval

brutal qui s’est déséquilibré à la réception. Son jockey pense qu’il aurait

gagné. La seule consolation pour nous est que le cheval nous a prouvé qu’il

valait ces compétiteurs-là. »

CARESSE

D’ESTRUVAL EN ROUTE VERS LE PRIX SAGAN

Après sa

victoire dans le Prix d’Iéna (L), Caresse d’Estruval (Poliglote) est en forme

et se prépare pour le Prix Sagan (L, 25/06). « Caresse d’Estruval va bien.

Guillaume Macaire [son entraîneur, ndlr] veut courir le Prix Sagan. Il n’y aura

que dix-huit jours entre sa dernière course et le "Sagan". Nous

verrons bien en arrivant sur la course si c’est quelque chose de réalisable,

sans prendre aucun risque pour elle. C’est dans le cheminement. Elle avait eu

deux mois d’arrêt, entre les Prix Champoreau et d’Iéna, car elle a débuté sa

carrière de bonne heure. Elle soufflait pas mal l’autre jour car Guillaume l’a

reprise doucement pour essayer de couvrir les deux courses. Les choses se

passent bien. Elle a été "managée" pour aller vers le

"Sagan". »Bernard le Gentil a les yeux de l’amour pour Caresse

d’Estruval qui porte haut ses couleurs. Il y a deux ans, lorsqu’elle était

yearling, elle était déjà une pouliche de coeur : « Plus jeune, elle était très

facile, c’était un ange, tout le monde l’adorait. Nous avions choisi Poliglote

pour sa mère, Ombre d’Estruval (Nikos), parce qu’il fait partie des étalons de

tête. Il est le numéro 1 ou 2, et Ombre d’Estruval mérite ce qu’il y a de mieux

et de plus sûr. »

AS

D’ESTRUVAL SERA REVU A L’AUTOMNE

As

d’Estruval (Nickname) est un cheval hors normes. De par sa qualité, mais aussi

de par sa taille, puisqu’il toise quasiment 1,80 m. En piste, il a notamment

enlevé le Prix Triquerville (L) avant de connaître des soucis. Il devrait

effectuer son retour à la compétition cet automne. « As d’Estruval est au

préentraînement dans l’Ouest, chez Richard Chatel, avec lequel Guillaume

Macaire travaille énormément.  Vous allez

le revoir cet automne, c’est prévu. Il s’était fait une fêlure qui n’était pas

méchante. Étant donné qu’une fêlure oblige à immobiliser au box, on se

retrouvait à Noël, début janvier, pour le reprendre. Nous nous sommes dit qu'il

valait mieux lui faire profiter de l’herbe du printemps, plutôt que de le

remettre au travail tout de suite. Comme c’est un cheval immense, cela lui

permettra de se consolider, de se finir. J’espère que la méthode aura été

bonne. »

OMBRE

D’ESTRUVAL, UNE MATRONE DE L’OBSTACLE

Les deux

premiers produits d’Ombre d’Estruval sont As et Caresse d’Estruval, rien que

cela. Ce sont deux chevaux de grande classe qui démontrent la qualité de

poulinière d’“Ombre”. Pour rappel, la fille de Nikos a été la meilleure

pouliche de sa promotion, remportant les Prix Bournosienne (Gr3) et Wild

Monarch (L), avant de se classer deuxième du Prix Ferdinand Dufaure (Gr1)

l’année suivante. « Ombre a avec elle un foal par Saint des Saints.

Malheureusement, elle est vide. »

LA

COMPARAISON "OMBRE-CARESSE"

Qui de

mieux placé que l’éleveur d’Ombre et de sa fille Caresse pour comparer les deux

grandes femelles d’Estruval ? « Ombre et Caresse sont des juments qui sautent

sur une courbe extrêmement allongée. On pourrait presque leur reprocher d’avoir

le dos un peu plat dans leurs sauts. La "petite" est encore en haies,

mais la mère a passé les gros obstacles à merveille. Elle n’est jamais tombée.

Comme Ombre, Caresse a une puissance terrible lors de ses sauts. Elles ont

cette façon de sauter sans perdre de temps. Ce n’est pas très académique. Mais

elles le font sur une courbe tellement plate… Dans le style, elles se

ressemblent. En revanche, elles n’ont pas le même caractère. Caresse est

maniable et gentille. Ombre était très gentille aussi, mais c'était elle qui

commandait. Elle partait devant et prenait cinquante mètres d’avance lorsqu'on

lâchait la vapeur. Parfois, nous avions essayé de la mettre dans le

peloton…Mais elle ne supportait pas d’avoir un cheval à côté d’elle. Ombre est

la meilleure pouliche que j’aie eue sous mes couleurs. »

VIZIR

D’ESTRUVAL AU REPOS

Cheval

prometteur, Vizir d’Estruval (Cachet Noir) avait enlevé le Prix Xavier de

Chevigny 2014. Après quoi, il a été victime de soucis de santé : « Vizir

d’Estruval continue sa période de repos. Il avait "bougé". Au mois de

février, il a été piqué par des tiques et a attrapé une maladie de la famille

de la piroplasmose. »

UNE

CASAQUE DE PLUS EN PLUS PRÉSENTE

Il y a

encore quelques années, la casaque jaune à croix de Saint-André bleue était

moins présente à Auteuil et à Enghien. Les mâles étaient vendus et seules les

femelles couraient sous les couleurs le Gentil. Mais depuis cinq ans, la

politique de l’écurie a changé, un peu par la force des choses. Et

l’association "Macaire-le Gentil" a vu le jour. L’éleveur confie sa

production à l’entraîneur et le travail des deux partenaires est

complémentaire. « Vous voyez beaucoup plus ma casaque maintenant parce qu’après

la crise de 2008, je me suis trouvé dans une situation mauvaise pour l’élevage.

Depuis vingt ans, je vendais la majorité de ma production mâle en Angleterre ou

en Irlande. Soit les acheteurs venaient au haras acheter des chevaux en fin d’année

de yearling, début d’année de 2ans, soit ma production passait en vente

publique. Et je faisais courir mes pouliches. Qu’est-ce qu’il s’est passé

ensuite? Mes clients ont "pris le bouillon" en 2008. Ils ont disparu.

En 2009, je n’ai pas vendu un cheval. En 2010, j’ai passé plusieurs mois sans

réussir une cession car le marché s’était écroulé. À ce moment-là, je me suis

remis en question totalement. J’ai divisé par deux ma production. Et puis je me

suis dit qu’il fallait se structurer différemment. Je me suis donc organisé

avec Guillaume. Il fallait avoir confiance en mon élevage et en moi pour

pouvoir le faire. Nous avons initié un accord global, dans le sens où ce que je

ne voulais pas, c’est que l’on vienne chez moi choisir les poulains supposés

les meilleurs et que l’on me laisse les autres. Je voulais aussi que notre

accord porte sur les mâles et sur les femelles. Je souhaitais une collaboration

sur toute ma production. Nous avons commencé à travailler comme cela dès 2011

et finalement, je crois que l’on se retrouve bien. D’abord, les premiers bons

chevaux que j’ai eus chez lui étaient des pouliches. Donc il a été récompensé.

Ça marche bien entre nous parce que nous nous complétons. Ici, nous préparons

les chevaux et nous reprenons ceux revenant de l’entraînement. Nous avons le

temps de les soigner, de refaire du "nursing", qui n’est pas fait

là-bas forcément. En fait, en cherchant Guillaume Macaire, je cherchais

quelqu’un qui soit le complément de mon élevage. De plus, je le crois au sommet

de son art. »