Bernard le gentil nous ouvre les portes du royaume d’estruval, partie 2

Autres informations / 24.06.2015

Bernard le gentil nous ouvre les portes du royaume d’estruval, partie 2

Début

juin, Bernard Le Gentil et son épouse ont ouvert les portes du haras d’Estruval

à Jour de Galop. À cheval sur les communes du Parcq et de Vieil-Hesdin, dans le

Pas-de-Calais, Estruval est une véritable "marque" dans le monde de

l’obstacle. Cette semaine, nous vous proposons de découvrir l’histoire du haras

et de la casaque, les méthodes qui ont fait son succès et le rôle qu’a joué la

famille Le Gentil dans la politique des courses françaises. Partie 2/5.

LE GENTIL,

LE POLITIQUE

En plus

de sa casquette d’éleveur, Bernard Le Gentil a également marqué son époque dans

la politique des courses. En effet, en tant que dernier président de la Société

des Steeple-Chases de France, il a été le témoin et l’acteur privilégié de la

fusion qui a entraîné la création de France Galop. C’est aussi grâce à lui que

l’obstacle a pu obtenir le fameux deux tiers-un tiers, qui prévaut à la

répartition des encouragements entre plat et obstacle.

L’ARRIVEE

A LA SOCIETE DES STEEPLE-CHASES DE FRANCE

« En

1987, j’ai succédé à monsieur du Breil à la tête de la présidence de la Société

des steeples. J’étais vice-président de la société. J’étais arrivé au bureau en

1982, au moment de la réforme, étant élu dans les rangs des socioprofessionnels

qui entraient pour la première fois au Comité. Je représentais une liste

commune pur-sang et AQPS. De façon naturelle, à la mort du président du Breil,

je me suis retrouvé en première ligne. Dix jours après sa mort, il y a eu des

élections anticipées, puis il devait y en avoir d’autres en décembre. C’est à

ce moment-là que j’ai été élu à la présidence des Steeples, que j’ai gardée

jusqu’à l’extinction de la société. Le projet de fusion des sociétés de

courses, je l’ai trouvé sur mon bureau, le jour de mon arrivée. La fusion était

une exigence gouvernementale ; elle était très claire dans la lettre que nous

avions reçue d’Alain Juppé. La lettre disait que nous étions en déficit, que

cela ne pouvait pas durer, qu’il fallait regrouper les sociétés du galop et supprimer

un hippodrome. Je peux dire que dès le premier jour, j’ai dû travailler sur ce

dossier. »

UN

CONTEXTE TRES TENDU AVANT LA FUSION

« Il

faut se rappeler que les rapports entre la Société des steeples et la Société

d’encouragement étaient très, très loin d’être roses. Ils étaient même

difficiles. Car le monde de l’obstacle était beaucoup plus proche de la

province que ne l’était l’Encouragement à l’époque. Et la province était

complexée vis-à-vis de l’Encouragement, qui était plus fort financièrement parlant,

beaucoup plus présent, brillant et glorieux à l’international. Le monde de

l’obstacle était extrêmement complexé par la Société d’encouragement. Il y

avait aussi les Sports de France et la Sportive d’encouragement. Nous avions

l’ordre du gouvernement de tout fusionner. Mais nous en étions à cent mille

lieues, car chacun voulait rester maître chez lui. L’obstacle était terrorisé,

les professionnels de cette discipline se disant qu’elle risquait de

disparaître. Quand vous alliez voir des gens âgés qui étaient présidents depuis

très longtemps et qu’il fallait leur expliquer qu’ils devaient nous aider à

scier leurs chaises…Cela a pris des années de discussions. Finalement, il a

bien fallu le faire car le gouvernement était en passe de nous étrangler financièrement

parlant. Nous avons commencé par fusionner les deux sociétés-mères. Et ma

hantise, c’était de ne pas livrer mes "ouailles aux bourreaux". Il y

avait aussi beaucoup de fantasmes dans tout cela. L’ambiance entre les deux

sociétés était terrible. »

LES

FUTURES REGLES DE VIE IMPOSEES PAR BERNARD LE GENTIL

« Il a

fallu que je discute avec l’Encouragement pour que la Société des steeples ait

suffisamment de poids autour de la table du Comité pour faire passer des

décisions qui assureraient, surtout vis-à-vis de l’extérieur, la survie de

l’obstacle. Il fallait obtenir cinquante pour cent de présence autour de la

table. C’est-à-dire avoir cinquante pour cent issus de l’Encouragement et

cinquante pour cent des Steeples. Au départ, le défi paraissait absolument

irréalisable. Je me suis appuyé sur la force politique de l’obstacle car

l’Encouragement, à ce moment-là, était en ébullition. Et le monde de

l’obstacle, en province, était beaucoup plus présent, mieux accepté, plus aimé

par les sociétés et les socioprofessionnels de province. L’Encouragement nous

disait qu’il représentait plus de chevaux, de professionnels, d’argent. Mais de

mon côté, je disais : "C’est vrai, mais nous avons un poids politique qui

est bien plus important vis-à-vis de la France entière." Finalement, grâce

à la bonne entente entre deux hommes, le marquis de Geoffre et moi, nous avons

pu prendre le chemin de la fusion. Et le premier geste important a été la

construction de l’immeuble de la nouvelle société. Nous avons décidé chacun de

quitter notre "maison"pour aller habiter ensemble. C’était un premier

geste très fort. Le deuxième geste a été l’acceptation de la part de

l’Encouragement de la représentativité de l’obstacle à cinquante pour cent dans

la nouvelle société. Et le troisième geste est venu après, en commun. C’est là

où j’ai sorti ce truc que j’avais dans le fond de la poche depuis trois ans :

le deux tiers-un tiers. C’était la règle d’or que je voulais proposer. Partout,

on retrouverait le le deux tiers-un tiers. Il arrive encore aujourd’hui à

quelques anciens de rappeler que j’ai rendu un grand service à l’obstacle en

faisant voter ce deux tiers-un tiers. Mais ce que je leur dis toujours, c’est

que le plus difficile n’a pas été de faire passer le deux tiers-un tiers, car

nous étions en position de pouvoir le faire. C’était d’assurer cinquante pour

cent de représentants de l’obstacle au Comité de ce qui allait devenir France

Galop. Quand Jean-Luc Lagardère est arrivé, j’étais à cent pour cent avec lui.

À ce moment-là, c’était l’homme qui pouvait sauver les courses vis-à-vis du

gouvernement. Je lui ai dit : "La seule chose que je vous demande c’est de

respecter le deux tiers-un tiers." Il m’a répondu qu’il le respecterait,

car cela avait été signé avant son arrivée. Ce que je retiens, c’est que quand

je suis arrivé, j’ai tout de suite trouvé cette lettre de Juppé et nous savions

très bien que c’était le sentier vers l’enfer. Ça et la fermeture d’un

hippodrome… Et qu'au bout du compte, j’ai eu la satisfaction d’arriver à fixer

des règles de vie entre le plat et l’obstacle qui font que tout le monde se

retrouve bien aujourd’hui. L’obstacle a pu se développer de façon intéressante

et normale. Et je ne pense pas que l’on ait nui au plat. »

LES

COURSES D’OBSTACLE ONT-ELLES UN AVENIR ?

« Cela dépend

de la façon dont on regarde la bouteille : est-elle à moitié vide ou à moitié

pleine ? Je pense qu’un gros nuage plane au-dessus de l’obstacle. Ce gros

nuage, c’est l’évolution sociétale par rapport aux "amis des

animaux".Cela va être un gros problème. Il faudrait essayer de le gérer

dès maintenant. Il y a cette éternelle discussion sur les cravaches. Je suis

tout à fait d’accord pour dire que la cravache est utile. Et qu’en obstacle,

cela peut même vous empêcher de tomber, si vous vous en servez au bon moment.

Mais s’il y avait une fixation qui se faisait là-dessus de la part des gens qui

s’imaginent que nous maltraitons nos animaux, à la limite, cela vaudrait-il le

coup de la conserver, cette cravache ? Toute la société passe d’une sensibilité

rurale à une sensibilité urbaine. Qui aurait cru, il y a cinquante ans, que

l’on supprimerait la chasse à courre en Angleterre ? Personne. Je me souviens

très bien que lorsque j’allais à Cheltenham, 

c’était l’occasion de parler de chasse à courre avec mes amis

britanniques. Ils me disaient :"Un jour, on va nous la supprimer".

Cela paraissait difficile à croire, surtout si l’on pense à l’Angleterre

traditionnelle telle qu’on nous l’a présentée pendant des décennies. Et

pourtant…La ruralité en Angleterre ne représente plus qu’un pour cent de la

population. Aujourd’hui, une sensibilité artificielle s’est développée dans les

villes. Ce qui nous paraît totalement invraisemblable peut se produire demain,

malheureusement.  Le problème nous

échappe car ce n’est plus une question rationnelle mais émotionnelle. Pour

résoudre ce problème, il faudrait par exemple arriver à rapprocher le monde du

concours complet et celui des courses. C’est une des clés de l’avenir. Partout,

on voit des concentrations et des rapprochements…Nous avons certainement moins

de propriétaires et d’éleveurs de chevaux d’obstacle qu’il y a dix ou quinze

ans. Cela peut ne pas paraître grave. Mais c’est grave pour le nombre de

passionnés qu’il y a à la base. Car ces passionnés discutent beaucoup avec le trotteur

d’à côté, le cavalier qui monte en complet qui est près de chez eux. Une

personne impliquée dans les courses, ce sont plusieurs défenseurs potentiels

car il a des amis, une famille... En France, nous avons une base beaucoup moins

importante qu’en Angleterre, où il n’y a pas la ségrégation qui existe en

France…Cela m’a marqué à Liverpool : j’ai vu le nombre de personnes qui étaient

venues aux courses en tenue d’équitation. Et quand j’en parlais avec mes

collègues anglais, ils me disaient que les cavaliers qui montaient en

point-to-point venaient également aux courses. C’était le même milieu. Et nous,

nous n’avons pas cette base. En France, la séparation entre le monde des sports

équestres et les courses est totale. Ce sont deux mondes qui s’ignorent et

veulent s’ignorer. Il faudrait faire un effort utile et salvateur dans les deux

sens. »

UN

CHÂTEAU INSCRIT À L’INVENTAIRE DES MONUMENTS HISTORIQUES

La

commune du Parcq (avec un "q"), où se situe le haras d’Estruval,

témoigne de la topographie et de la longue histoire du parc (sans

"q") d'Hesdin, créé par les comtes de Flandre et détruit par Charles

Quint.  Puis cette propriété est

transmise par mariage, sous Louis XIV, au gouverneur d'Hesdin. Au début du XVIIIe

siècle, il transforme les bâtiments, plante l'allée de tilleuls et construit

les deux pavillons d'entrée ainsi que le haras. Mais le château est

accidentellement incendié en 1808 et acquis comme bien national par M.

Thérouanne, qui le reconstruit à l'identique à partir de 1804. Le parc est

redessiné en 1822.  La famille Le Gentil

fait l’acquisition de la propriété en 1880 et y demeure toujours, exploitant

les terres et élevant des chevaux de course, mais aussi des vaches de race

Salers.