La réussite toutes disciplines des "devin

Autres informations / 15.06.2015

La réussite toutes disciplines des "devin

Conclure, à trois semaines d’intervalle, deuxième du Grand Steeple-Chase de Paris et deuxième du Prix de Diane Longines (Grs1) pourrait s’apparenter pour certains à effectuer un grand écart. C’est ce que vient de réaliser l’élevage et la casaque  “Devin” avec Shannon Rock (Turgeon) et Physiocrate (Doctor Dino).  Fils d’Antonia et Henri Devin, Henri-François Devin est aux premières loges – et acteur direct dans le cas de Physiocrate, comme entraîneur – de la magnifique réussite de la casaque blanc et noir au premier semestre. Impossible pour lui d'effectuer un choix préférentiel entre deux émotions forcément très différentes, dans leur nature et leur concrétisation. Sans doute pas dans leur intensité. « J’ai adoré les deux résultats et ces deux deuxièmes places, nous a-t-il commenté. Sans pouvoir en mettre plus une que l’autre en avant. » L’élevage Devin est-il cloisonné et strictement séparé entre les compétiteurs destinés au plat et ceux à l’obstacle ? « Pas du tout. L’élevage est identique ; tout le monde se retrouve dans les mêmes paddocks », nous a expliqué Henri-François. « Nous élevons pour les deux disciplines, plat et obstacle, sachant qu’on peut dire aujourd’hui, et je pense que beaucoup se retrouveront derrière ce constat, qu’il est moins compliqué d’élever pour l’obstacle que pour le plat. La concurrence y est moins rude et internationale. C’est quand même – sans faire injure aux fidèles de la discipline – plus facile d’élever un cheval de Groupe en obstacle qu’en plat. Et nous avons la chance d’avoir plusieurs bonnes souches de sauteurs. En obstacle, ajoutons qu’il existe dorénavant un super marché avec l’outre-Manche. » La signature des représentants Devin du haras du Mesnil est tellement mêlée entre le plat et l’obstacle que c’est, quelquefois, à partir du préentraînement et des premières esquisses de l’affirmation des aptitudes, que peuvent se prendre des orientations différentes. Et un choix de carrière orienté sur le plat ou sur l’obstacle.

« ON AIME LES CHEVAUX QUI ONT DU COEUR »

Les étalons du haras du Mesnil ont toujours présenté la double aptitude du plat et de l’obstacle. La réussite récente de Turgeon (Caro) et Kaldounévées (Kaldoun) n’est plus à prouver dans les différentes disciplines du galop. En 2015, trois étalons sont en activité dans le haras sarthois : Doctor Dino (Muhthathir), Saônois (Chichicastenango) et l’honorable Turgeon (29 ans). Les deux premiers sont des jeunes recrues et Doctor Dino se retrouve le père d’une deuxième du Prix de Dianes Longines depuis dimanche, grâce à Physiocrate, issue de sa deuxième génération. Comment l’ancien globe-trotter entraîné par Richard Gibson s’est-il retrouvé au haras du Mesnil ? Pour Henri-François Devin : « C’est Marc-Antoine Berghgracht qui nous l’a conseillé, sachant qu’il correspondait parfaitement à nos attentes et au profil qui nous intéresse. Nous recherchons des chevaux qui se montrent durs et courageux en compétition. Souvent capables de connaître de longues et belles carrières. Nous voulons des étalons qui font des chevaux durs. Doctor Dino, avec sa longue carrière internationale, nous plaisait donc beaucoup. Turgeon était aussi dans ce cas. Il avait d’ailleurs connu une longue carrière au top-niveau en plat jusqu’à l’âge de 7ans. S’il a eu une carrière moins longue, Saônois a toujours donné son coeur en compétition. On est bien dans le même registre. Il représente aussi la lignée Kaldoun [via Chichicastenango et Smadoun, ndlr] avec une grand-mère par garde Royale (Mill Reef). De notre point de vue, les sprinters et milers permettent la sélection par la qualité mais il faut avoir du coeur pour gagner sur 2.400m et au-delà. C’est ce que nous cherchons. »

UNE NOUVELLE PIERRE DANS LA GRANDE HISTOIRE FAMILIALE

Le haras du Mesnil actuel est un bastion du classicisme français. Créé par la famille Couturié et particulièrement développé par madame Jean Couturié (1903 - 1982), il a écrit les pages d’une grande saga familiale. La casaque à losanges blanc et noir, manches blanches, toque noire, d’Élisabeth Couturié, a brillé au sommet du turf hexagonal pendant plusieurs décennies. Son meilleur représentant et produit de son élevage a été Right Royal (Owen Tudor), le meilleur cheval de l’année 1958. Madame Jean Couturié prit la direction du haras du Mesnil, à Savigné-l'Evêque (Sarthe), après le décès de son mari au début de 1949. Pour l’anecdote, en 1967, le haras du Mesnil a reçu la visite de Sa Majesté la reine d'Angleterre. Le haras a abrité des élèves de Jean Stern, Joseph E. Widener, Lord Derby (le créateur du Derby d'Epsom). On ne compte plus les étalons "sortis" du haras du Mesnil : Right Royal, Tornado, Wild Risk, Le Mesnil, Rialto,

Biribi, Fastnet, Victrix, Lacaduv, Tiepoletto, Neptunus, Trepan, Rex Magna, Tiepolo… sans oublier Tahiti (Prix de Diane 1954). Henri Devin est le petit-fils de madame Jean Couturié. Il perpétue sur les lieux-mêmes la réussite d’un élevage de référence. Aujourd’hui, Physiocrate s’inscrit dans cette glorieuse série. C’est la grand-mère de cette dernière, Véro de Moeurs (Double Bed), qui a intégré le haras du Mesnil. Elle aura donné deux pouliches à la famille Devin : Affaire de Moeurs (Kaldounévées) et Histoire de Moeurs (Kaldounévées). Deuxième de Listed, la seconde a été vendue en Grande-Bretagne. C’est Affaire de Moeurs qui s’est chargée de rayonner au haras du Mesnil. Avant Physiocrate, elle avait donné Chiffres d’Affaires (Kahyasi), bon performer en…obstacle. La jument a ensuite un 2ans et un yearling par Turgeon. Nous voilà retournés au coeur de la polyvalence du haras du Mesnil

HENRI-FRANÇOIS DEVIN : DE L’ÉCONOMIE À L’ENTRAÎNEMENT

Henri-François Devin, trente-et-un ans, s’est installé comme entraîneur il y a deux ans. Le jeune homme a un parcours plutôt atypique : « J’ai suivi des études économiques, conclues par un Master à HEC. Je ne me destinais donc pas forcément à travailler dans le monde des courses, même si cela a toujours été ma passion. Au départ, je connaissais surtout l’élevage, et j’ai d’ailleurs suivi la formation de l’Irish National Stud plus jeune. Après mes études, j’ai voulu découvrir l’entraînement. Je suis entré comme stagiaire chez André Fabre. J’y suis resté deux ans, puis j’ai passé un an au côté de Jean-Paul Gallorini. Je me suis installé en 2013. J’ai choisi le plat, mais j’aime tout autant l’obstacle. J’ai actuellement dix-huit chevaux. Quatre appartiennent à mes parents, les autres à différentes propriétaires. »Henri-François Devin est le seul des quatre enfants à vivre des courses, mais ses soeurs, Sophie et Victoria, et son frère, Hubert, sont aussi des passionnés qui suivent l’élevage de près.