Le point de vue de deux journalistes espagnols sur le conflit

Autres informations / 21.06.2015

Le point de vue de deux journalistes espagnols sur le conflit

Nous avons demandé leur point de vue sur le conflit espagnol à deux journalistes espagnols : Jaime Salvador (Ultimo Furlong) et Julio Diez (A Galopar). Tous deux ont bien suivi le conflit et ses conséquences.

BBC

« Il est certain que de nombreuses personnes ont entendu parler du trident du Real Madrid (Benzema, Bale et Cristiano) soit le BBC. Malheureusement, ces trois lettres n’ont rien à voir avec les trois stars du club madrilène, mais elles résument ce qu’il reste du merveilleux hippodrome de la Zarzuela : Bodas, Bautizos et Comuniones (soit en français, mariages, baptêmes et communions). Le coeur du turf espagnol en est réduit à cela. À l’organisation d’événements. Le plus grand centre d’entraînement d’Espagne subit les effets de cette crise qui dure depuis sept mois puisqu’il reste seulement un peu plus de deux cents chevaux à Madrid. Pendant ce temps-là, les principaux dirigeants de Madrid continuent de profiter de salaires stratosphériques, tout en réalisant la pire gestion que l’hippodrome ait connue en 74 ans d’existence. Ils sont aussi ciblés par diverses plaintes pour pressions, fraudes… Dans les prochains jours, Faina Zurita, la présidente de Madrid, et Gerardo Torres, son directeur des courses, pourraient passer devant le juge pour ces délits. Le pire c'est que la survie du turf est liée, comme s’il s’agissait d’un cordon ombilical, à la subvention allouée annuellement par l’État via la Loterie. Une subvention qui s’est convertie comme le seul argument de la Zarzuela pour convaincre tout le monde. La clé est l’argent de la Loterie. Faina Zurita le sait. Avec la Fomento – qui compte avec la reconnaissance internationale et la loi espagnole – entrée dans un processus de liquidation qui peut durer encore deux ans, il y a une seule solution : arriver à un accord avec les deux parties. La présidente de Madrid le sait, mais sa fierté l’en empêche. Elle sait qu’elle pourra toujours compter sur sa BBC à elle. »

Jaime Salvador, Ultimo Furlong

 

LE GOUVERNEMENT DOIT PRENDRE LES RÊNES

« Les courses espagnoles sont passées de leur période faste (Noozhoh Canarias …) à souffrir d’un blocage qui dure depuis sept mois. Ce blocage fait que le secteur est en train d’agoniser. L’affrontement entre la Sociedad de Fomento et les hippodromes est en cours de destruction totale des courses. Les hippodromes, emmenés par la Zarzuela, assurent que, comme elle est dans un processus de liquidation, la Fomento ne peut plus réguler. Mais elle continue d’être le régulateur officiel devant l’inhibition de la Real Federacion de Hipica, qui est le régulateur que reconnaissent les hippodromes. En toile de fond du conflit, il y a les droits d’image de la compétition que se disputent les uns et les autres. Le turf espagnol compte d’excellents professionnels, de très bons propriétaires et aficionados et des chevaux de très bon niveau, comme ils l’ont prouvé lors de leur venue en France. Mais les dirigeants des courses ont montré qu’ils n’étaient pas à la hauteur des professionnels. Il leur a manqué une hauteur de vue, un sentiment commun, et des responsabilités pour tout ce qu’il y a en jeu. La situation peut s’aggraver si le blocage continue à San Sebastian, le dernier refuge pour les propriétaires, entraîneurs et jockeys. San Sebastian sans la Copa de Oro ne serait pas San Sebastian. Cristobal Montoro, ministre du Trésor et de l’Industrie, dont dépendent la Sepi et la Loterie d’État, les principaux financiers des courses espagnoles, a déclaré, en réponse à un député socialiste, qu’il y « aura bientôt une solution pour le turf. » Il a convoqué une commission d’experts pour qu’elle résolve le conflit. Mais après sept mois de blocage, il est dur d’être optimiste, car, en Espagne, on dit que lorsque l’on crée une commission, c’est que l’on ne veut pas résoudre le problème. Et le gouvernement de Mariano Rajoy n’est pas très enclin à résoudre le conflit. Cependant, ce serait une fraude si, après avoir annoncé que les « courses de chevaux sont une secteur économique important », il n’agissait pas. Le gouvernement a les moyens de résoudre le conflit et il aurait pu le faire dès le début. Mais il ne s’est pas impliqué. L’administration espagnole a investi plus de cent millions d’euros pour financer le turf, mais elle n’a pas trouvé les moyens de lancer les paris externes, qui sont le principal moyen pour permettre aux courses de prospérer. Un cas unique en Europe. Le turf espagnol a une grande capacité à survivre et se réinventer, comme il l’a démontré de 1996 à 2005 quand Madrid était fermé. Ce conflit se terminera tôt ou tard et les courses espagnoles auront une nouvelle opportunité de démontrer leur grand potentiel. Mais elles auront besoin d’entreprises qui connaissent bien le secteur des courses comme France Galop et le PMU, pour pouvoir mettre en avant ses acteurs : propriétaires, professionnels, passionnés, et avoir ainsi un turf de niveau Gr1. »

Julio Diez, directeur d’A Galopar