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Les top 2ans français en 2015 (suite et fin)

Autres informations / 26.06.2015

Les top 2ans français en 2015 (suite et fin)

Deuxième et dernier volet consacré aux meilleurs 2ans actuels, les "grands" précoces. Peuvent-ils connaître une grande carrière ? Après les pouliches dans notre précédente édition, voici le tour des poulains.

Par Julien Maillaut et Willy Flambard, journalistes à Jour de Galop

ÉPISODE 2 – LES POULAINS

Et si on assistait à la perte d’influence des poulains dans le secteur de l’ultraprécocité? C’est en ces termes que l’on pourrait qualifier le constat établi sur le strict palmarès du Prix La Flèche (L), première épreuve black type du programme français pour la jeune génération. Depuis 2005, soit les onze dernières éditions, les représentants masculins n’ont remporté que quatre fois l’épreuve – contre sept pour les pouliches. Voilà une sérieuse domination statistique féminine qui n’a pas toujours été. En effet, si l’on prend du recul et compile cette fois le palmarès depuis 1980, la tendance s’inverse. En trente-six éditions, les mâles (et hongres) accaparent vingt fois la plus haute marche du podium, contre seize pour les pouliches. Les pouliches seraient-elles donc en train de fomenter depuis dix ans une véritable prise de pouvoir dans le palmarès des premières bonnes épreuves pour 2ans ? Cette conjecture est immédiatement infirmée si on pousse l’analyse jusqu’au Prix du Bois, le premier Gr3 pour 2ans français. Celui-ci affiche, depuis 1980 toujours, une parité parfaite (compte tenu que l’on considère un nombre impair d’éditions) avec 17 titres pour les mâles et 18 pour les pouliches ! Et la même parité sur les dix dernières années (5 et 5). Et si l’on pousse encore un peu plus loin dans le programme, avec le Prix Robert Papin (Gr2), on aboutit au même décompte : 17 contre 18 à l’avantage des femelles…Et encore à la même parité sur les dix dernières éditions (5 et 5). Difficile donc "d’enterrer" trop vite les poulains dans le créneau de la précocité. La balance qui penche en leur défaveur dans le Prix La Flèche, depuis 2005, s’apparente plutôt à l’arbre qui cache la forêt.

Depuis 2005   Prix La Flèche            Prix du Bois    Prix Robert Papin

Poulains          4                                 5                      5

Pouliches        7                                 5                      5

Depuis 1980   Prix La Flèche            Prix du Bois    Prix Robert Papin

Poulains          20                               17                    17

Pouliches        16                               18                    18

ILS OCCUPENT DÉJA LE HAUT DE L’AFFICHE !

• DU PYLA EN QUÊTE DE SOMMET

L’ultra précoce Du Pyla (Vertigineux & Do I Worry, par Chargé d’Affaires) est le lauréat d’une des premières épreuves pour 2ans de l’année à Marseille, le 31 mars. Sa qualité et sa précocité l’auront vite porté jusqu’en région parisienne, où il a fait sien le Prix du Cherche-Midi (D) le 16 avril. Il remporte encore sa sortie suivante, dans une course B à Chantilly, et porte son score à trois succès en autant de tentatives. Le pensionnaire de Christian Scandella perdra son invincibilité face à la pouliche Spanish Romance (en devançant le britannique French Encore), dans le Prix du Mont-de-Pô (A), le 15 mai dernier. Il n’a pas été revu depuis et est dorénavant annoncé dans le Prix du Bois (Gr3).

Nbre de courses courues / Nbre de victoires : 4/3

Entraîneur : Christian Scandella

Propriétaire : André Canavero

Éleveurs : M. et Mme Frémiot

 

• FRENCH ENCORE ATTIRÉ PAR L’OUTRE-MANCHE

Autre poulain ultra précoce, French Encore (Showcasing & French Connexion, par Chineur) a disputé quatre courses à ce jour et reste sur une prestation honorable dans les Norfolk Stakes (Gr2) de Royal Ascot. Sa sixième place n’a rien de diffamant car il n’a jamais baissé de pied dans la phase finale, concluant non loin des premiers. Chez nous, il avait remporté la première épreuve parisienne pour 2ans, le bien nommé Prix du Début (F). Ce jour-là, il laissait Noce (le Havre) à deux longueurs. Pour sa sortie suivante, toujours dans l’Hexagone, le fils de Showcasing a terminé à la troisième place, derrière Spanish Romance et Du Pyla, dans le Prix du Mont-de-Pô (A). Une semaine après cette course, il a remporté très facilement une épreuve pour novices à Bath. Il a été vendu pour 130.000 livres à la Goffs London Sale, la veille de sa prestation au meeting de Royal Ascot, passant des couleurs de ses éleveurs à celles de Hassan Al Abdulmalik. Difficile de dire si on le reverra en France dans les prochaines semaines

Nbre de courses courues / Nbre de victoires : 4/2

Entraîneur : James Moore

Propriétaire : Hassan Al Abdulmalik

Éleveurs : Evelyn & Tom Yates

 

• FANFARON, UN MODÈLE DE MODESTIE

Fanfaron (Falco & Farwana, par Sinndar) a battu Marasquin (Zanzibari) lors de sa dernière – et deuxième – sortie dans le Prix Riverman (B, 1.200m), ce qui en fait, avec le jeu des "lignes", l’un des meilleurs poulains actuels. Il avait rencontré pas mal de problèmes de trafic lors de ses premiers pas à Chantilly, le 21 avril, sur 1.000m. Il avait dû, ce jour-là, se contenter de la septième place, dans une épreuve remportée par… Marasquin. L’allongement de la distance ne devrait qu’avantager ce poulain dont la famille maternelle véhicule de la tenue. Il descend en lignée directe de Fragrant Hill (Shirley Heights), mère de Fragrant Mix (Linamix), Alpine Rose (Linamix), tous deux lauréats de Gr1.

Nbre de courses courues / Nbre de victoires : 2/1

Entraîneur : Didier Prod’homme

Propriétaire : Anton Krauliger

Éleveur : Haras du Logis Saint-Germain

 

• MARASQUIN A DÉJÀ REÇU SON "A"

Marasquin (Zanzibari & Marola par Kendor) vient de confirmer qu’il est l’un des meilleurs poulains actuels de sa génération, en remportant le Prix du Bassin Parisien (A), à Maisons-Laffitte le 11 juin.  Le lot comprenait notamment Amisha (Naaqoos), deuxième, et l’anglais Repeat Offender (Thewayyouare),  vainqueur outre-Manche lors de ses débuts. Après avoir battu Fanfaron lors de leurs débuts communs, il avait en revanche subi la loi de ce dernier lors de leur sortie et rencontre suivante. Marasquin devrait être au départ du Prix Roland de Chambure (L, 1.400m), le 14 juillet prochain à Longchamp.

Nbre de courses courues / Nbre de victoires : 3/2

Entraîneur : Yohann Gourraud

Propriétaire : Rémy Dupuy-Naulot

Éleveur : E.A.R.L. Haras de la Gisloterie

 

• SARYSHAGANN, LE PORTE-ESPOIR D’UNE GRANDE MAISON

Saryshagann (Iffraaj & Serasana, par Red Ransom) n’a pas fait de détail lors de sa deuxième sortie, en s’imposant face à un lot de beaux poulains à Chantilly, le jour du "Diane", dans une épreuve F. Il a laissé son plus proche rival, Elombo (Elusive City), à plus de trois longueurs. Saryshagann a reçu pour cette performance une JDG Rising Star. Lors de ses débuts, il avait conclu deuxième de Courson (Siyouni) à Tarbes. Son entraîneur, Jean-Claude Rouget, nous avait alors confié que son poulain avait essentiellement besoin de débuter et que le succès n’était pas une fin en soi. Ce représentant de Son Altesse l'Aga Khan devrait être revu à Deauville durant l’été.

Nbre de courses courues / Nbre de victoires : 2/1

Entraîneur : Jean-Claude Rouget

Propriétaire : Son Altesse Aga Khan

Éleveur : Son Altesse Aga Khan

 

L’OEIL SUR LE RÉTROVISEUR : LES DIX DERNIÈRES ANNÉES

Comme pour les pouliches, trois catégories s’imposent :

• Les comètes de 2ans : des purs précoces qui n’ont pu passer le cap de la deuxième partie de saison à 2ans et, a fortiori, se mettre en lumière à 3ans ;

• Les précoces qui n’ont pas évolué : des poulains qui ont continué leur carrière sans rester dans le peloton de tête de leur promotion ;

• Les champions : précoces et excellents très tôt lors de leur saison de 2ans, ils ont continué à évoluer pour s’imposer au meilleur niveau en fin d’année et/ou à l’âge de 3ans.

 

• LES COMÈTES DE 2ANS

Toujours à l’entraînement chez Carlos et Yann Lerner, Védeux (Elusive City) a 4ans. Il a remporté le Prix du Bois (Gr3) en 2013, juste après des débuts victorieux à Maisons-Laffitte, à 2ans. Après sa troisième place derrière Vorda (Orpen) dans le "Robert Papin", les choses se sont compliquées pour le fils d’Elusive City. Il a essuyé de nombreux échecs avant de retrouver le chemin du succès dans le Prix de la Brèche au Diable (D), en début d’année, sur l’hippodrome de Deauville. Voilà un candidat dont le profil est celui d’un pur 2ans. Le cas d’El Suizo (Meshaheer) est assez similaire. Il a remporté ses trois premières sorties jusqu’au Prix La Flèche (L) avant de montrer ses limites. Troisième du Prix de Cabourg (Gr3) à Deauville, durant l’été –la lauréate était une certaine Ervedya (Siyouni), héroïne cette année des Poules d’Essai des Pouliches (Gr1) et des Coronation Stakes (Gr1) –, il a baissé dans les classements au fur et à mesure de ses tentatives suivantes. Confronté à des tâches difficiles en début d’année, il semble avoir perdu la foi. Et reste, pour l’instant, un élément qualifié de pur précoce. Particulièrement précoce et premier leader français de la génération née en 2009, Family One (Dubai Destination)  compte notamment à son actif un premier accessit dans le Prix Morny (Gr1). Il a été vendu à l’issue de sa saison pour 400.000 euros à Yue Edmond, dans l’optique d’aller courir à Hong Kong. En dépit de deux succès dans des handicaps locaux, il n’aura pas conservé à 3, 4 et 5ans, le statut de compétiteur de Gr1 qu’il possédait chez nous à l’âge de 2ans. Autre représentant précoce, défendant la casaque Wertheimer & Frère, Sandwaki (Dixieland Band) n’a couru qu’à l’âge de 2ans. Impérial de mai à juillet (trois succès initiaux, dont le Prix du Bois, Gr3), il a ensuite montré ses limites en attaquant les gros morceaux. Quatrième dans le Prix Morny (Gr1) de Dutch Art (Medicean), il devançait néanmoins Golden Titus, Beauty Is Truth et Boccasini, la lauréate, quelques semaines plus tôt, du "Robert Papin" (Gr2).

 

• LES PRÉCOCES QUI N’ONT PAS ÉVOLUÉ

Goken (Kendargent) est le vainqueur du Prix du Bois (Gr3) 2014. Honnête figurant dans les Groupes durant le reste de la saison, il a continué à évoluer au même niveau cette année dans l’exercice du sprint. Après une troisième place dans le Prix Sigy (Gr3) lors de sa rentrée, il s’est imposé en mai dans le Prix Texanita (Gr3). Voilà donc un candidat dont l’aura a largement excédé les premiers mois de sa saison de 2ans.

 

LE PALMARÈS DU PRIX DU BOIS (GR3) (1.000M)

Année Vainqueur                   Entraîneur                              Meilleures perfs. suivantes

2014    Goken (M)                  H.-A. Pantall                          1er Prix Texanita (Gr3)

2013    Védeux (M)                C.-Y. Lerner                           3e Prix Robert Papin (Gr2)

2012    Snowday (M)             C. Laffon-Parias                    3e Prix Robert Papin (Gr2)

2011    Family One (M)          Yann Barberot                       1er Prix Robert Papin (Gr2)

2010    Keratiya (F)                J.-C. Rouget                           Non-placée Prix Morny (Gr1)

2009    Dolled Up (F)             R. Collet                                 3e Prix Robert Papin (Gr2)

2008    Percolator (F)             P. Cole                                   2e Prix Robert Papin (Gr2)

2007    Natagora (F)               P. Bary                                   1re Cheveley Park Stakes & 1.000                                                                                       Guinées (Grs1)

2006    Sandwaki (M)            C. Laffon-Parias                    4e Prix Morny (Gr1)

2005    Gwenseb (F)               C. Laffon-Parias                    2e Critérium de Maisons-Laffitte                                                                                        (Gr2)

Le meilleur temps (récent) a été obtenu en terrain bon-souple par Percolator : 0’56’’30

 

Primo leader de la génération française née en 2010, Penny’s Picnic (Kheleyf) a débuté sa carrière sportive le 27 mars 2012, dans la première épreuve réservée aux 2ans en région parisienne, le Prix du Début (F). Il allait ensuite courir à six reprises à 2ans et sortir victorieux de cinq courses. Ces plus beaux titres seront acquis dans le Critérium de Maisons-Laffitte (Gr2) et dans le Prix Eclipse (Gr3) à Chantilly. Cette carte de visite en impose évidemment. Ce pensionnaire de Didier Guillemin a effectué une rentrée satisfaisante à 3ans dans le Prix Djebel (Gr3), remporté par le futur lauréat de la Poule d’Essai des Poulains (Gr1), Style Vendôme (Anabaa). Dans ce Gr1, Penny’s Picnic s’est quant à lui "asphyxié" et n’a pu participer à l’arrivée. Cela sonnera d’ailleurs le glas de sa carrière. Dans la même génération, Snowday (Falco) a également été un 2ans qui a compté. Issu de la première production de Falco (Pivotal), il a débuté le 11 mai 2012 et a par la suite décroché le Prix du Bois (Gr3). Après une bonne rentrée dans le Prix Djebel (Gr3), dans lequel il a conclu deuxième, il a été envoyé aux États-Unis où il n’a jamais vraiment réussi à percer.

 

• LES CHAMPIONS

Difficile de trouver un poulain qui sorte de l’ordinaire au sein des palmarès des premières épreuves black types de 2ans au cours des dernières années. Voilà un scénario bien différent de celui écrit par les pouliches qui nous ont donné Six Perfections (Celtic Swing), Divine Proportions (Kingmambo), Natagora (Divine Light), Special Duty (Hennessy) et Vorda (Orpen).

HECTOR PROTECTOR ET ARAZI : LES TEMPS "BOUTIN"

Pour les mâles, la tentation est grande de se tourner vers de glorieux aînés, que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Au premier rang d’entre eux, il faut placer Hector Protector (Woodman). Ce dernier a débuté victorieusement le 31 mai 1990 et a aligné huit succès jusqu’à sa première défaite dans… le Derby d’Epsom (Gr1) la saison suivante, dans un exercice hors distance pour ce miler. À son crédit, on relève, à 2ans, les Prix Morny, La Salamandre et le Grand Critérium (Grs1). À 3ans, il épinglera la Poule d’Essai des Poulains (Gr1), d’extrême justesse devant Acteur Français (Al Nasr). L’autre 2ans précoce qui a gagné ses galons de champion est le très populaire Arazi (Blushing Groom). Après avoir fait une carrière parfaite en France à l’âge de 2ans, Arazi a décroché le titre de meilleur 2ans mondial dans le Breeders’ Cup Juvenile (Gr1). À 3ans en revanche, l’alezan entraîné par François Boutin (comme Hector Protector) n’a pu répondre aux immenses attentes placées en lui. Son échec dans le Kentucky Derby (Gr1) a donné le signal d’une descente aux enfers, le tout sur fond de problèmes physiques. Karakontie et Tin Horse : la déclinaison moderne Les histoires fournies ces dernières saisons par Karakontie (Bernstein) et Tin Horse (Sakhee)  pourraient répondre à notre problématique. Tin Horse a débuté tôt (le 10 mai 2010), a participé aux Prix Robert Papin (Gr2, 5e) et Morny (Gr1, 2e). En décrochant la Poule d’Essai des Poulains (Gr1) en 2011, il est entré dans le "saint des saints" classique. Mais ce cursus n’a pas le même brillant que celui des meilleures pouliches de l’époque (Divine Proportions, Natagora). Même constat pour Karakontie. Il n’a débuté "que" le 1er juillet 2013 et n’a découvert les Groupes qu’en septembre, en s’imposant dans le Prix La Rochette (Gr3). Ses succès dans le Prix Jean-Luc Lagardère, la Poule d’Essai des Poulains et le Breeders’ Cup Mile (Grs1) sont l’œuvre d’un authentique champion. Mais un champion qu’on ne peut néanmoins pas cataloguer de grand précoce.

LE CAS SIYOUNI

Élément précoce au sein de la promotion née en 2007, Siyouni (Pivotal) s’est montré exemplaire lors de sa première saison. Lauréat (par ordre chronologique) des Prix La Flèche (L) et du Prix Jean-Luc Lagardère (Gr1), il a aussi conclu deuxième des Prix Robert Papin (Gr2) et La Rochette (Gr3). Toujours opérationnel et compétitif à 3ans, il a, lors cette campagne, décroché le premier accessit du Prix Jean Prat (Gr1). Et le 2ans précoce et doué est en train de parachever son oeuvre de la plus belle des manières au haras, où il réussit un début de carrière étincelant. Cet élève de Son Altesse l’Aga Khan est déjà devenu le père d’Ervedya, la meilleure pouliche de 3ans en Europe sur le mile en vertu de ses succès dans la Poule d’Essai des Pouliches et des Coronation Stakes (Grs1). Bref, Siyouni est tout simplement en passe de devenir l’un des meilleurs étalons du parc français.

UNE PRÉCOCITÉ DIFFICILE À CONCILIER AVEC CLASSICISME

Incontestablement, le rayonnement d’un poulain de 2ans à partir du mois de mai ou juin n’apporte pas les mêmes garanties de rencontrer un champion potentiel que dans le cas des pouliches. Au contraire même, serions-nous tentés d’écrire. En la matière, les performers classiques ne figurent pas parmi les premiers surdoués d’une génération. Les références obligatoires à Arazi et Hector Protector sont là pour en attester. Tin Horse reste sans doute le dernier des précoces à avoir accédé au cénacle des classiques. Définitivement, en la matière, mieux vaut faire confiance aux demoiselles précoces. Une forme de parabole de notre société… humaine ?