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Jour de Galop

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Nicolas de lageneste : « on recherche avant tout un modele et une aptitude qui ne sont pas ceux des chevaux de vitesse »

Autres informations / 10.06.2015

Nicolas de lageneste : « on recherche avant tout un modele et une aptitude qui ne sont pas ceux des chevaux de vitesse »

Tête de liste des éleveurs de chevaux d’obstacle à quatre reprises, Nicolas de Lageneste est le concepteur de Saint des Saints, étalon au haras d'Etreham, lui-même premier au palmarès des pères de gagnants en 2014.

EST-IL DIFFICILE DE TROUVER DES ETALONS POUR PRODUIRE DES CHEVAUX D’OBSTACLE ?

L’obstacle est une discipline à part qui fait appel à une génétique particulière. Il est nécessaire de bien identifier les courants de sang porteurs de gènes sauteurs très affirmés comme Tanerko (Tantième), Rheffic (Traffic), Herbager (Vandale), Luthier (Klairon), Devon (Worden), Wild Risk (Rialto), Carmarthen (Devon), Reliance (Tantième) ou, plus près de nous, Top Ville (High Top), Garde Royale (Mill Reef), Cadoudal (Green Dancer), Trempolino (Sharpen Up), Alleged (Hoist the Flag) et Sadler’s Wells (Northern Dancer). On recherche avant tout un modèle et une aptitude qui ne sont pas ceux des chevaux de vitesse.  Pendant une période, la mode tendait vers une recherche de la vitesse pour améliorer les chevaux d’obstacle. J’ai toujours refusé cela. Guillaume Macaire m’a conforté dans ce sens. Comme il aime le dire très justement : “Il vaut mieux un tracteur pour aller dans le labour qu’une Ferrari.” Peut-être que pour certaines juments AQPS très carrossières, des chevaux de vitesse ont pu améliorer à court terme, mais ce n’est pas une généralité. Beaucoup de nos vieilles souches françaises ont été dénaturées par un apport de sang américain ou d'étalons “speedés” qui proposaient une conformation contraire à ce que l'on recherche pour sauter, avec des épaules droites, pas de dos, pas d'encolure, des genoux effacés, une arrière-main épaisse et ronde. Il est aujourd'hui de plus en plus difficile de trouver des chevaux de plat froids et pouvant convenir pour produire en obstacle, soit avec un modèle équilibré et de grands rayons, de l'os et du pied, une belle épaule inclinée, une belle ligne de dessus et du "capot" devant, une arrière-main qui tombe bien. Le "Jockey Club" sur 2.400m et le Grand Prix de Paris de Paris sur 3.000 ont régulièrement donné des pères de chevaux d’obstacle. Ils nous proposaient une sélection qui a fait la force de l'élevage français. On a détérioré cela, c’est bien dommage, car nos chevaux étaient au top-niveau mondial en ce qui concerne la tenue. Quand on regarde le parc étalons français, on a vite fait le tour des sires confirmés. Cette situation touche également l’Allemagne de manière plus récente. Leurs chevaux sélectionnés sur 2.400m dans des courses très dures étaient régulièrement de bons pères de sauteurs, avec du modèle. Ils sont recherchés depuis une dizaine d'année pour améliorer nos souches d'obstacle, notamment la descendance de Dschingis Khan via Königsstuhl, Lavirco, Samum et Network. Cependant le profil type de reproducteur que nous recherchons pour concevoir des sauteurs devient chose rare de nos jours, les Allemands étant également de plus en plus enclins à rechercher de la vitesse. Il n’est pas certain que les poulains allemands nés en 2015, issus de croisements plus européens, proposent le même profil que Network (Monsun), Lavirco (Königsstuhl) ou Samum (Monsun). Ces chevaux ressemblaient au vieux type français. L'essentiel reste aujourd'hui de veiller à utiliser le vrai modèle dont nous avons besoin pour notre discipline, et tant mieux si l'on peut retrouver quelques gènes propres au cheval d'obstacle...

QUELLE A ETE LA GENESE DE SAINT DES SAINTS ?

J’avais acheté sa mère dans l’optique d’en faire une mère d’étalons d'obstacle, principalement pour son pedigree. Son modèle ne sortait pas du lot mais sa génétique ne présentait pas de tare rédhibitoire pour l’obstacle : une vieille souche maternelle française solide, les courants de sang de Pharly, Tanerko, Sicambre, Tornado... Saint des Saints est à ce jour le seul cheval que j’ai gardé entier. Il faut avoir un poulain qui sort de l’ordinaire à tout point de vue pour faire cela. Je n’en ai pas encore retrouvé un autre comme celui-là, mais j’y travaille... Il faut avant tout un poulain d'un bon tempérament qui cumule un vrai modèle comme on les aime, et une origine digne d'intérêt. Avec le recul, je pense qu'un très bon cheval comme Bosseur (Coastal Path) présentait les atouts pour devenir un reproducteur. Mais garder un poulain entier pour en faire un cheval d'obstacle présente un vrai risque car ils peuvent être plus fragiles et plus lourds. Dans le cas de Saint des Saints, tout se présentait bien. C’est un cheval que j’ai vendu poulain à 50% à Jacques Detré et l'objectif était clairement d’en faire un étalon. Nous avons réussi notre coup, avec une carrière bien menée par Guillaume Macaire.