Télécharger l'édition du jour
Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Pan american conference : une vraie (et nouvelle) convergence dans la lutte anti-dopage sur les continents américains

Autres informations / 11.06.2015

Pan american conference : une vraie (et nouvelle) convergence dans la lutte anti-dopage sur les continents américains

Du 3 au 6 juin 2015, tout ce que l’univers du pur-sang de course américain (comprendre les deux continents nord et sud) compte d’engagés et de décisionnaires s’est réuni à New York dans le cadre de la conférence Pan American. Co-organisé par le Latin American Racing Channel et le Jockey Club américain,  avec le concours de Longines, ce colloque marquera sans doute une avancée importante dans le long processus d’harmonisation des règles liées à la médication et aux contrôles anti-dopage sur les deux continents américains. Associée à la conférence, la Fédération internationale des autorités hippiques (Fiah), par l’intervention de son président Louis Romanet, a apporté sa contribution propre et ses encouragements à l’avancement du processus.

LA FEUILLE DE ROUTE DE LA FIAH

Dans son rôle d’observateur, de commanditaire d’études et d’analyse, de vigie et de force de proposition, la Fiah a une vue panoptique sur tout l’univers hippique du pur-sang (anglais). Mais, comme a tenu à le rappeler en préambule Louis Romanet, « la Fiah définit les principes de bases et encourage le développement des meilleures pratiques. Mais seules les autorités des courses peuvent les mettre en oeuvre.» Le président de l’Association internationale a rappelé les fondements de la réussite à venir des courses hippiques : le respect du bien-être animal dans un environnement totalement exempt de substances dopantes. Cela passe par une nécessaire transparence du suivi médicamenteux de chaque compétiteur, alliée à une traçabilité totale, valable sur l’ensemble de la vie de chaque équidé. La lutte anti-dopage se fonde, selon la Fiah, sur deux piliers :

- les chevaux ne devraient courir que lorsqu’ils ne sont pas sous influence d’une quelconque médication ;

- la mise en place d’un système de contrôle sans faille contre les substances dopantes et les pratiques interdites.

Plus en détail, dans ses règles d’application pour arriver à des courses totalement "propres", la Fiah liste les obligations suivantes : interdiction absolue de médication les jours de course, enregistrement des traitements et des procédures appliquées aux chevaux, capacité de tester les chevaux hors des périodes de compétition, totale traçabilité sur le lieu de stationnement de chaque pur-sang. Dans ses devoirs prospectifs, Louis Romanet a également communiqué tous les travaux en cours sur la création d’un réseau transnational plus étoffé et efficace de laboratoires agréés. Un programme de certification est actuellement réalisé sur les différents continents pour arriver à contrôler de manière sûre et complète (selon un cahier des charges homologué par la Fiah) les prélèvements effectués dans les courses de Groupe. Cette démarche a pour horizon la période 2017/2018. Mais la Fédération internationale des autorités hippiques oeuvre sur bien d’autres sujets que la médication. Louis Romanet a tenu à rappeler tous les travaux effectués sur le bon usage de la cravache, le transport du cheval, les risques de blessures et la gestion de la vie du cheval après sa carrière sportive. Outre les objectifs déjà cités, la Fiah tient à développer ses conférences régionales qui permettent d’identifier des sujets "locaux" qui peuvent nécessiter une réponse internationale. Des accords avec la Fédération équestre internationale (Fei) et l’Organisation mondiale de la santé animale (Oie) devraient également voir le jour prochainement pour faciliter le transport des chevaux.

CONTINENT SUD-AMÉRICAIN DANS LE RÔLE DU BON ÉLÈVE

C’est l’Osaf (South American Organization for the Development of Thoroughbreds) qui a conduit la récente révolution culturelle en matière de lutte et contrôle anti dopage, mise en place sur le continent sud-américain. L’Osaf regroupe tous les Jockey Clubs, associations de propriétaires et d’éleveurs de la grande région sud-américaine. Le docteur Mayra Frederico a détaillé le processus transnational qui a abouti,  au 12 mai dernier, à l’adoption – y compris par le dernier pays membre, à savoir le Chili – de l’article 1 du catalogue standard international des courses. Depuis quelques semaines donc, le furosémide est interdit dans toutes les courses black types (Listed-races et Groupes) sur le continent sud-américain. La rapporteure de l’Osaf a notamment souligné que, dans ses effets, les entraîneurs uruguayens avaient changé leurs méthodes d’entraînement des 2ans, touchés eux aussi par l’interdiction du furosémide (et de la phénylbutazone). Ils ont dorénavant plus recours à des thérapies naturelles. Dans les pays où l’interdiction est en cours depuis plusieurs années, la représentante de l’Osaf a justifié, chiffres à l’appui, l’absence d’incidences (négatives) sur le nombre moyen de partants dans les courses black types. Voilà incontestablement une belle réussite continentale. Et la preuve que les préconisations de la Fiah peuvent se développer hors de la zone historique de la "vieille" Europe. Sachant que ce projet d’harmonisation des règles médicamenteuses pénètre désormais l’Amérique du Nord, y compris les États-Unis, Mayra Frederico a terminé sa présentation en disant aux représentants "nordistes" : « Nous l’avons fait, vous pouvez le faire ! »

LES ÉTATS-UNIS EN ORDRE DE MARCHE

C’est Stuart Janney III, vice-président du Jockey Club américain, qui a eu la lourde tâche de faire un point sur le dossier nord américain des États-Unis. Et de dresser des perspectives qui n’ont jamais été aussi optimistes. Il a d’abord fait le constat implacable des règles lacunaires américaines actuelles. « Nos règles et exigences sur la médication sont inférieures au reste du monde. Nous faisons partie des quelques pays qui autorisent la médication le jour-même des courses. » Pourtant une révolution est en marche au pays de l’oncle Sam. Depuis le 29 mai, et la démarche du membre du Congrès Paul D. Tonko (démocrate), les choses bougent. Le politicien de l’État de New York propose en effet l’élaboration d’une législation fédérale sur la réglemention et le contrôle de la médication dans les courses américaines. Avec, à la clé, la création d’une agence spécialisée et indépendante, émanation de l’Usada – l’agence nationale américaine de lutte anti-dopage. À ce stade, les représentants des grands groupes socioprofessionnels américains se rallient à ce projet, qui ferait entrer de plain pied les États-Unis dans l’univers des courses contrôlées et plus propres. Néanmoins, le rapporteur américain a expliqué également que le processus, s’il se réalisait, serait long en raison de la complexité des lois de chaque État et de leur mise en conformité avec de nouvelles lois fédérales en la matière. Dans une présentation à la Prévert, il a évoqué des cas bloquants dont certains ne pourraient être solutionnés que lors de la tenue des prochaines élections au sein des États.