Apres le succes de dariyan dans le prix eugene adam : la possibilite d’un vrai bon cheval

Autres informations / 20.07.2015

Apres le succes de dariyan dans le prix eugene adam : la possibilite d’un vrai bon cheval

Par Willy Flambard

« Cessez de rire, charmante Elvire, les loups regardent vers Paris. » Dans l’incomparable chanson écrite par Albert Vidalie, Les Loups sont entrés dans Paris, Serge Reggiani se moquait de l’insouciance du monde, sans doute doublée de sarcasme, à l’approche de la Seconde guerre mondiale. Malgré les signes évidents de montée du nazisme et de drames à venir que l’Histoire se chargerait de nous laisser en héritage. La comparaison est audacieuse mais, dimanche, il y avait un petit vent d’insouciance et de sarcasme autour du Prix Eugène Adam (Gr2). Une légèreté railleuse que l’on pourrait distiller en cette formule : « Quoi donc ? Le Prix Eugène Adam a déjà sacré des bons chevaux ? Quoi donc, il n’est pas un sous-Gr2 estival de transition pour chevaux en quête de leur graal à moindre frais ? » Comme souvent, cette posture incombe à la jeune génération, celle gavée de l’immédiateté et du temps court. Et qui n’a pas toujours tort… Mais, en l’occurrence, le temps long nous oblige à répondre quelque chose du genre : « Non, Madame ; non,  Monsieur. Le Prix Eugène Adam a souvent consacré de bons, voire d’excellents chevaux. Et sans remonter forcément aux temps antédiluviens transposés par Serge Reggiani – que les plus de 60 ans me pardonnent… » Il y a moins de dix ans, un élément de premier plan international a décroché le Prix Eugène Adam. En 2008, Twice Over (Observatory), au sortir de sa troisième place dans les St James’s Palace Stakes (Gr1), décrochait son premier Gr2. Il allait rapidement se muer en pur-sang de classe mondiale avec, à son actif, deux succès dans les Champions Stakes, un dans les Eclipse Stakes et un dans les International Stakes (Grs1). Pas mal. Quelques années plus tôt, en 2004 (il y a onze ans…), Valixir (Trempolino) y a aussi obtenu son premier titre de Groupe. Par la suite, passé sous la bannière Aga Khan, il allait s’imposer dans le Prix Ispahan et les Queen Anne Stakes (Grs1). Mieux encore, à la fin du siècle dernier (pas encore si lointain), Carnegie (Sadler’s Wells) y signait aussi sa première victoire de Groupe. C’était en 1994 à Saint-Cloud. Le pensionnaire d’André Fabre allait ensuite enchaîner dans les Prix Niel (Gr2) et de l’Arc de Triomphe (Gr1). La trajectoire idéale signée "Fabre"…Quelques saisons plus tard, en 1998 et 1999, on allait faire aussi bien. En 1998, Dr Fong (Kris S) arrivait tout simplement auréolé de son succès dans les St James’s Palace Stakes (Gr1). Cela avait de la "gueule". Quant à 1999, les "théâtreux" pourraient parler d’acmé. L’édition de légende est marquée par le survol de l’avion de chasse Dubai Millennium (Seeking the Gold). Et là encore, le Prix Eugène Adam a servi de révélateur en devenant le premier titre de Groupe du cheval de coeur du cheikh Mohammed Al Maktoum. Jusqu’en juin 2000, Dubai Millennium allait écrire une fameuse série qui déclina les Prix Jacques Le Marois, Queen Anne Stakes, Dubai World Cup et Prince of Wales’s Stakes (Grs1) – entre autres. Évidemment, ces faits d’armes avaient la grâce de s’écrire, en règle générale, sur la ligne droite de "Maisons", usant, jusqu’à son extrémité, la langue de verdure de deux kilomètres des bords de Seine. Un ingrédient qui a disparu depuis 2013 et qui ne facilite pas la possibilité du grand sport. Mais les grincheux oublieux des temps passés pourront objecter que les derniers lauréats du Prix Eugène Adam n’ont pas le même rayonnement. C’est vrai. Western Hymn (High Chaparral), le tenant du titre 2014, a toujours buté dans les Grs1, même si ses récentes troisièmes places dans les Prince of Wales’s Stakes et Eclipse Stakes (Grs1) sont plus qu’honorables. Avant lui, il faut sauver le soldat vert et rouge Bayrir (Medicean), vainqueur des Secretariat Stakes (Gr1) à Arlington dans la foulée de son "Eugène Adam" en 2013. Même constat tiédi avec le "Godolphin/Haya de Jordanie" Debussy (Diesis), héros de l’Arlington Million (Gr1) de 2010. C’est plus maigre, incontestablement. Dans quelle voie s’engagera Dariyan, le vainqueur qui nous occupe ? Élément encore tout neuf, il a défait un lot sans doute commun mais avec de la marge, sur un terrain irrégulier– en raison de pluies orageuses tombées quelques heures plus tôt. De ce mix contrasté, la possibilité d’un vrai bon cheval n’est surtout pas à exclure. C’est d’ailleurs dommage que son espace de jeu, faute de tenue, se limite pour le présent au créneau des 2.000m car il aurait été intéressant de voir évoluer Dariyan dans le Prix Niel (Gr2) en septembre. Avant éventuellement mieux. Pour le moment, le Prix Guillaume d’Ornano (Gr2), en août à Deauville, est sur sa feuille de route. Il lui resterait ensuite à aller chercher le bonheur à l’étranger dans une offre sur 2.000m qui n’existe pas chez nous.

*Dans Les Loups sont entrés dans Paris, Serge Reggiani fait aussi l’allégorie de la résistance. Mon acte de résistance prend fin. Comme l’artiste, on peut devenir plus léger et chanter « Cessez de rire, charmante Elvire, les loups sont sortis de Paris. »