Avortements tardifs : les mesures préventives commencent maintenant

Autres informations / 07.07.2015

Avortements tardifs : les mesures préventives commencent maintenant

Dans un

premier article, début février, consacré aux avortements tardifs, nous faisions

le point sur les principales origines et causes liées à ce phénomène complexe

pouvant résulter de processus pathologiques affectant la mère, le placenta ou

le foetus, isolément ou en association. L’établissement du diagnostic visant à

en identifier les causes est primordial pour ensuite mettre en place des

mesures de prophylaxie sanitaire offensives, c’est-à-dire des mesures d’urgence

à instaurer lorsqu’une maladie est suspectée ou identifiée dans l’élevage. Leur

but est de limiter son extension et d’obtenir son éradication. Bien avant cela,

il est nécessaire au sein de l’élevage de mettre en place des mesures de

prévention adaptées dès le début de la période estivale pour se prémunir contre

la survenue d’un avortement tardif, quelle qu’en soit la cause.

DES

MESURES A L’ECHELLE DE L’INDIVIDU

Dans un

premier temps il convient d’apporter une attention particulière à chaque

individu avec des mesures précises qui permettront de diminuer les risques

d’avortement tardif. Contre les avortements bactériens d’origine ascendante, il

est recommandé de : Réaliser une vulvoplastie (ou une épisioplastie) qui permet

de réduire les contaminations vaginales chez les juments présentant une

conformation vulvaire ou périnéale défectueuse favorisant la pénétration d’air

(facteur irritant) et de bactéries fécales dans le vagin, Respecter une hygiène

très stricte pour les manipulations génitales lors de la saillie ou de la

parturition afin de limiter l’entrée de bactéries dans l’utérus, pratiquer

éventuellement une intervention chirurgicale pour remédier à un manque

d’étanchéité du col de l’utérus au cours de la gestation, notamment suite à des

blessures lors de poulinages antérieurs. Les placentites bactériennes

ascendantes demandent quant à elle un traitement particulier. Elles évoluent

pendant la deuxième moitié de la gestation et peuvent induire des signes

cliniques caractéristiques comme le développement mammaire avec ou sans

lactation prématurée, et un écoulement vulvaire muco-purulent. Selon le Dr

Claire Laugier, du laboratoire de pathologie équine de l’Anses (fondation

Hippolia), « l’administration d’un antibiotique adapté peut permettre de

prolonger la gestation jusqu’à un stade où le poulain sera viable. »Contre les

avortements d’origine non-infectieuse, les mesures sont limitées car à

l’exception des avortements gémellaires qui peuvent être prévenus par un

diagnostic échographique précoce, les autres causes ne sont pas prévisibles.

DES

MESURES A L’ECHELLE DU TROUPEAU

Des

mesures de prophylaxie défensive s’appliquent en particulier pour la

rhinopneumonie, et dans une moindre mesure pour l’artérite virale équine. La

vaccination ne permet pas une protection parfaite contre les avortements dans

la mesure où des juments vaccinées peuvent occasionnellement avorter (suite à

une réactivation de virus latent endogène) mais dans un effectif bien vacciné

de poulinières, elle empêche le développement d’épizooties d’avortements. À

noter que l’efficacité des vaccins repose sur la fréquence des rappels et le

respect strict des protocoles vaccinaux.

À

l’échelle de l’élevage, le programme de vaccination optimal inclut :

-

vaccination de toutes les juments gestantes,

-

vaccination dès son arrivée de toute jument nouvellement introduite et gestante

de cinq mois ou plus, suivie de rappels éventuels,

-

vaccination des juments vides et des maidens pâturant sur les mêmes herbages

que les juments pleines,

- bonne

couverture vaccinale des jeunes chevaux (du sevrage jusqu’au départ à

l’entraînement) et des étalons

- rappel

de vaccination sur tous les chevaux du haras lors de l’introduction de nouveaux

animaux.

Les

mesures sanitaires de contrôle visent quant à elles à empêcher l’introduction

et le développement de la maladie dans un élevage indemne :

1 -

Séparer les juments pleines des foals sevrés, yearlings et chevaux à

l’entraînement

2 -

Favoriser les poulinages dans le haras d’origine

3 -

Entretenir les juments en petits groupes séparés

4 -

Éviter le stress aux juments pleines

5 -

Isoler parfaitement les juments en fin de gestation ayant subi des stress

(transport de longue durée) car les risques d’avortement sont accrus.

6 -

Éviter le transport des juments en fin de gestation avec d’autres chevaux

7 -

Isoler les juments dont le poulain est mort dans les sept jours après la

naissance jusqu’à ce que l’hypothèse d’une origine herpétique soit écartée Les

mesures 1, 2, 3, 6 et 7 sont également recommandées pour la protection des

élevages vis-à-vis de l’artérite virale équine.

Enfin,

concernant la prophylaxie de la leptospirose, le Dr Claire Laugier nous précise

qu’elle « repose sur le contrôle des facteurs qui favorisent l’apparition de la

maladie, à savoir: l’élimination des principales espèces réservoirs – les

rongeurs – qui assurent la contamination des locaux et du milieu extérieur par

leurs urines, l’hygiène des écuries, la protection des lieux de stockage des

aliments (grains, granulés) qui doivent rester inaccessibles aux rongeurs, et

enfin l’assainissement des pâtures par drainage. »La plupart des avortements

surviennent de façon sporadique mais certains agents pathogènes peuvent être à

l’origine d’épizooties d’avortements, donc de catastrophes économiques pour un

élevage. Bien que toutes les formes d’avortement tardif ne soient pas

prévisibles, toutes ces mesures décrites permettent de considérablement réduire

les risques d’avoir un foyer, et de protéger ainsi le cheptel et l’avenir de

l’élevage.