Entraineurs etrangers…un autre regard sur la france hippique

Autres informations / 18.07.2015

Entraineurs etrangers…un autre regard sur la france hippique

Depuis

quelques années, la crise qui frappe plusieurs nations hippiques pousse des

entraîneurs étrangers à venir s’installer en France. Qui mieux que ces nouveaux

venus pour mesurer les différences qui séparent leurs pays d’origine et le

système français ? Nous avons donc sollicité quatre professionnels, issus de

quatre pays différents, pour évoquer leurs parcours en France et leur sentiment

au sujet du système qui les a accueillis.

PIA

BRANDT :« IL FAUT VRAIMENT QUE LA FRANCE ARRIVE À CONSERVER CE SYSTÈME. »

Originaire

de Suède, Pia Brandt est installée en France depuis 2005. Cet entraîneur a

choisi Chantilly après voir exercé dans son pays d’origine.

JOUR DE

GALOP. – POUR QUELLES RAISONS ETES-VOUS VENUE TRAVAILLER EN FRANCE ?

Pia

Brandt. - Je travaillais en Suède, mais j’étais à la recherche d’un endroit où

il était possible d’entraîner des chevaux à 120 %. J’ai donc choisi de venir

m’installer en France, un pays où j’étais déjà venue pour monter à Chantilly.

Ici, le marché et les prix sont beaucoup plus intéressants qu’en

Grande-Bretagne. D’une certaine manière, on rencontre les mêmes difficultés

qu’en Suède. Lorsqu’on ne maîtrise pas la langue à 100 %, ce n’est pas facile.

Mais tout est possible lorsque l’on est bien entouré.

QU’EST-CE

QUI VOUS A SURPRISE LORS DE VOS DEBUTS EN FRANCE ?

Je n’ai

pas vraiment eu de surprises en arrivant en France. Le système est bon. Il faut

vraiment que la France arrive à conserver ce système. Pour le reste, nous avons

essayé de nous adapter au mode de fonctionnement de la France. Quand on part

vivre dans un autre pays, il faut "s’acclimater", accepter de

s’adapter à un autre mode de vie. Par exemple, il m’a fallu apprendre la langue

et m’adapter à la manière de courir. Mais le programme n’est pas plus difficile

à maîtriser en France qu’à l’étranger.

AVEZ-VOUS

REÇU UN ACCOMPAGNEMENT PARTICULIER POUR VOTRE INSTALLATION ?

Nous

n’avons pas reçu une aide particulière en arrivant en France, mais, à

l’inverse, personne ne nous a mis de bâtons dans les roues. D’une manière

générale, comme pour tout projet, il faut faire la chose par soi-même.

COMMENT

APPREHENDIEZ-VOUS LA GESTION DU PERSONNEL?

La

gestion du personnel est beaucoup plus difficile en France. En Suède, les gens

qui travaillent dans le galop sont des passionnés. Ce sont des personnes qui

aiment les chevaux et les courses. Ils ne viennent pas simplement chercher un

salaire. En France, il est difficile de trouver quinze ou vingt personnes

motivées et compétentes. Il y a un vrai problème de recrutement et de formation

du personnel. Il faudrait que les gens soient formés différemment, y compris

ceux qui passent par l’AFASEC. C’est vraiment un point négatif

en

France.

AVEZ-VOUS

CONSERVE VOS PROPRIETAIRES ETRANGERS OU VOUS A-T-IL FALLU REPARTIR DE ZERO ?

Quelques

propriétaires suédois nous ont suivis. C’est d’ailleurs grâce à un propriétaire

suédois que je suis ici. D’autres propriétaires basés en Suède ont suivi mes

premiers résultats en France avant de m’envoyer des chevaux. Ils voulaient voir

comment cela se passait. Mais je ne démarche pas particulièrement dans mon pays

d’origine. D’une manière plus générale, je pense que l’accueil des

propriétaires doit évoluer. Quand je vais courir en Grande-Bretagne, les

propriétaires sont vraiment mis en avant. Les Anglais sont très forts pour

cela. Là-bas, un propriétaire, c’est vraiment "quelqu’un". Sans les

propriétaires, on n’est rien. Parfois en France, à la suite d’une victoire, le

propriétaire n’a droit à rien, même pas une fleur. Or, ces petites attentions,

ces considérations, font partie du plaisir que le propriétaire peut ressentir.

Heureusement, en province, c’est souvent mieux et les sociétés de courses font

des efforts.  Je crois qu’il faut

vraiment faire plus pour les propriétaires. C’est le plus important.

SI

C’ETAIT A REFAIRE, REVIENDRIEZ-VOUS VOUS INSTALLER EN FRANCE ?

Si

c’était à refaire, nous le referions, mais peut être différemment. En France,

le niveau est vraiment élevé. Il n’y a pas de victoires faciles, même en

province. On trouve des chevaux compétitifs partout en France. Si j’avais su

que le niveau de compétition était si élevé, j’aurais peut-être pris peur avant

de m’installer !

 

CHRISTIAN

DELCHER-SANCHEZ : « J’AI CHOISI LA FRANCE, 

COMME ON PREND LE PARI D’ALLER JOUER EN PREMIÈRE DIVISION.»

Ce

professionnel espagnol est installé à Pau depuis 2011. Son frère Mauricio est

basé à Chantilly. Christian Delcher-Sanchez était un professionnel déjà

confirmé lors de son arrivée en France.

JOUR DE

GALOP. - QU’EST-CE QUI VOUS A POUSSE A VENIR VOUS INSTALLER EN FRANCE ?

Christian

Delcher-Sanchez. - Par le passé, j’étais à San Sebastián. Au fil du temps, il

est apparu évident qu’il n’était plus possible de rester là-bas. Deux options

s’offraient à moi, soit aller à Madrid, soit venir en France. Ma femme étant

française, j’ai donc choisi la France, comme on prend le pari d’aller jouer en

première division. Je me suis installé en France après vingt-cinq années

d’expérience en Espagne.  Cela faisait

des années que je venais courir ici et vingt ans que j’achète à Deauville. Ce

qui est difficile en France, c’est la bureaucratie. Il y a tellement de papiers

à compléter, d’éléments administratifs à fournir. J’ai eu la chance d’avoir

affaire à des interlocuteurs très compétents et très sympathiques chez France Galop.

Leur aide a été précieuse au moment de m’installer.

APPREHENDIEZ-VOUS

LA GESTION DU PERSONNEL EN FRANCE ?

C’est

très compliqué de gérer du personnel en France. La loi est très clairement en

faveur des employés. Plus que France Galop ou les allocations, c’est avant tout

le système, avec la TVA et les contraintes que l’on impose aux employeurs, qui

met les entraîneurs en difficulté. Dans un contexte où les prix de pension ne

sont pas extensibles, le personnel pèse énormément. Si on y ajoute la gestion des

vacances du personnel et les charges, cela devient difficile pour beaucoup

d’entraîneurs. Dans ce contexte, j’ai très rapidement fait appel à des

professionnels pour me faire épauler au niveau administratif. C’est complexe et

il ne faut surtout pas se laisser dépasser.

EST-IL

DIFFICILE DE CONVAINCRE DES PROPRIETAIRES DE FAIRE ENTRAINER DES CHEVAUX EN

DEHORS DE LEUR PAYS D’ORIGINE ?

Ce n’est

pas si difficile. 80 % de mes propriétaires sont espagnols. Pour eux, c’est

comme jouer en Ligue 1. Tout le monde a envie de jouer à ce niveau, d’être dans

le meilleur du sport. En outre, les allocations et les primes sont énormes ici.

C’est de loin le meilleur retour à la filière en Europe. Par ailleurs, mes

propriétaires espagnols n’avaient pas forcément le temps de venir voir leurs

représentants le matin à l’entraînement en Espagne. Ce type de propriétaire,

qui a le temps de passer régulièrement voir ses protégés, est de plus en plus

rare. C’est souvent une clientèle plus locale, dans le Sud-Ouest par exemple.

Aujourd’hui, les propriétaires aiment venir profiter de leurs chevaux dans les

meilleures conditions aux courses. Pour entretenir le lien, mes propriétaires

reçoivent un rapport mensuel, avec en particulier le programme à suivre et,

plus régulièrement, des photos.

AVEC LE

RECUL, VOUS REINSTALLERIEZ-VOUS EN FRANCE ?

Oui, je

le referais et de la même manière. J’ai commencé petitement en France, avec

deux propriétaires et dix chevaux. L’Écurie a grandi petit à petit depuis

quatre et ans demi. Nous sommes arrivés à gagner des Listeds et des places au

niveau Gr1. J’ai pu me constituer une équipe très sympa. Je suis installé dans

un centre d’entraînement exceptionnel [Pau, ndlr]. Les conditions de travail et

les pistes y sont remarquables. Au début, ce n’était pas facile de se

constituer une équipe, car il faut en quelque sorte la créer de toutes pièces.

Dans les premiers temps, j’avais quelques Espagnols, mais un seul est encore

là.

QUE

SOUHAITERIEZ-VOUS VOIR S’AMELIORER DANS LE SYSTEME FRANÇAIS ?

Je suis

un nouveau venu en France et il n’est jamais aisé de mettre son grain de sel

dans ce contexte. Mais je pense qu’on ne peut pas accabler France Galop en

permanence. C’est plutôt l’État, la MSA, le Code du travail… qui nous

étouffent. Deux choses m’interpellent. La France est en quelque sorte devenue

une bourse du cheval de course. Beaucoup de professionnels sont très axés sur

la vente, ce qui a de bons et de mauvais côtés. Ce n’est, par exemple, pas

simple de fidéliser les clients, de travailler sur le long terme, dans ce

contexte. Par ailleurs, la qualité des courses françaises est vraiment

exceptionnelle. Par contre, les épreuves sont ici vraiment tactiques. Chacun

fonctionne comme il l’entend, mais cela impacte certainement l’élevage.