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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Noozhah, la poule aux oeufs d’or espagnole

Autres informations / 21.07.2015

Noozhah, la poule aux oeufs d’or espagnole

Trois

produits et trois black types ! La poulinière Noozhah (Singspiel) est l’une des

meilleures de l’élevage espagnol puisqu’elle est la mère de Noozhoh Canarias

(Caradak), vainqueur du Critérium du Béquet (L), deuxième du Qatar Prix

Jean-Luc Lagardère et troisième du Qatar Prix de la Forêt (Grs1), de Corazon

Canarias (Caradak), troisième du Critérium du Béquet, et de Money Maker

(American Post), lauréat du Prix Yacowlef (L). Ce dernier est l’un des poulains

les plus prometteurs vus en France cette année. Et dans la foulée de son succès

deauvillais, sa mère a été vendue à South Acre Bloodstock en Angleterre. De

l’Angleterre à Madrid en passant par les Canaries, focus sur la belle histoire

de Noozhah qui se poursuit grâce à Money Maker.

RETOUR

DANS SON PAYS D’ORIGINE

C’est un

retour à l’envoyeur pour Noozhah. Effectivement, avant de devenir la matrone de

l’élevage ibérique, tout a commencé pour elle en Angleterre. Noozhah a été

élevée par Darley et sans avoir couru pour son éleveur, en raison de soucis de

santé, elle a été cédée à 3ans aux ventes de Tattersalls. C’est ainsi que pour

5.000 guinées, elle a rejoint l’Espagne, et plus exactement les Canaries, en

2004. Son entourage a pris soin d’elle et Noozhah a couru finalement pour de

nouveaux propriétaires, les frères Juan Carlos et José Luis Bolaños,

propriétaires d’une chaîne de magasins aux Canaries. « Noozhah a été notre

premier cheval de course, elle nous a donné notre première victoire et nos

premières grandes joies dans le monde des courses », nous avaient dit les deux

frères après la victoire de Noozhoh Canarias dans le Critérium du Béquet.

"Retapée", Noozhah devient une petite championne aux Canaries, où elle

enlève six courses. Elle franchit les paliers et s’impose même à Madrid et San

Sebastian, se classant également quatrième du Premio Ricardo Ruiz Benitez de

Lugo (B), le "Vermeille" espagnol, remporté notamment par Friné (High

Chaparral) en 2013. Son entraîneur, Enrique León, l’a reçue après son début de

carrière aux Canaries. Il nous a raconté : « Noozhah avait été achetée sortant

de l’entraînement en vue de l’élevage, mais elle avait couru. Elle est arrivée

dans mes boxes à un âge avancé, 7ans, et avec plusieurs problèmes. Par exemple,

elle avait été blessée au tendon, mais elle avait de la classe et du coeur.

C’était son secret : elle donnait toujours tout en piste. Noozhah représente

beaucoup pour moi. Elle a été mon premier gagnant et celle qui m’a donné

l’impulsion au début de ma carrière. Les problèmes de santé ne lui ont pas

permis de donner le meilleur d’elle-même. Je suis certain que sans ces soucis,

Noozhah aurait décroché son black type. » Passée à l’élevage, Noozhah est

saillie par l’un des étalons de Dehesa de Milagro, le haras espagnol où elle

stationne : Caradak. Le fruit de cette union sera Noozhoh Canarias, élevé et

appartenant aux frères Bolaños.  Le

cheval va effectuer un superbe début de carrière, devenant l’idole du turf

espagnol. Noozhah est ensuite achetée par José-Maria Muguruza et son associé,

tout en restant alors à Dehesa de Milagro. À partir de là s’ouvre pour elle un

nouveau chapitre.

JOSE

MARIA MUGURUZA PREND LE RELAIS

Après

avoir donné naissance à Noozhoh Canarias, Noozhah est passée ensuite sous la

propriété de José Mari Muguruza et de son associé. Ce dernier est le petit-fils

de José Maria Muguruza Irisarri, lequel avait rouvert l’hippodrome de San

Sebastian en pleine guerre civile espagnole et a créé la Yeguada Donostiarra, la

troisième plus ancienne écurie de course ibérique. Depuis, les couleurs se sont

transmises de père en fils. José Maria Muguruza était notamment le propriétaire

d’El Topo (Caradak), vainqueur du Prix Montenica (L) avant d’être vendu à

Hongkong. Avec son associé, il a deux poulinières, Noozhah et Kentucky Mix

(Linamix), qui sont désormais stationnées à la Yeguada Torre Duero, l’un des

grands haras espagnols. Torre Duero a été repris par José Hormaeche, l’ancien

directeur de Dehesa de Milagro. Noozhah est pleine d’Invincible Spirit, et

Kentucky Mix de Pour Moi. José Maria Muguruza est revenu avec nous sur l’achat

de Noozhah : « C'était une pouliche qui, quand elle courait en Espagne,

plaisait beaucoup à mon associé. Dehesa de Milagro nous avait proposé de l’acheter

alors qu’elle était pleine de Caradak, et nous l’avons acquise. Dans tous les

cas, nous n’aurions jamais pensé qu’elle aurait le rendement qu’elle a connu au

haras. Elle a un excellent caractère et je dois dire que cela a été un vrai

cadeau de l’avoir comme poulinière.» Pour José Maria Muguruza et son associé,

Noozhah a produit Corazon Canarias, actuellement à l’entraînement chez Carlos

Laffon-Parias. Après Caradak, l’éleveur basque a choisi American Post pour la

poulinière et le résultat a été Money Maker, vainqueur du Prix Yacowlef. Passé

sur le ring d’Arqana,  Money Maker avait

été vendu par Etreham à Hubert Guy pour 40.000 euros. Il défend les couleurs du

Meridian Racing Club et l’entraînement de Fabrice Chappet. Voilà pour la

trajectoire, de sa naissance à ses débuts victorieux. Mais comment était-il

lorsqu’il a vu le jour ? « À sa naissance, Money Maker était un poulain petit,

le plus petit de sa fratrie. Mais au fil du temps, il a grandi. Il ressemblait

beaucoup à Noozhoh Canarias et Corazon Canarias de par son caractère et sa

façon de bouger. Nous pensions qu’il pouvait devenir un poulain utile et

précoce, mais nous ne pensions pas qu’il serait capable d’enlever une Listed et

de postuler dans les courses de Groupes. Au final, il s’avère que la mère

transmet beaucoup de qualité et de classe à ses produits. Noozhah a

actuellement une pouliche yearling par Sinndar [La Perla, ndlr] qui respire la

classe. Nous pensons qu’elle sera une pouliche de grande classe. Comme nous

avons vendons Noozhah,  nous allons

garder sa fille. » Noozhah est actuellement pleine du top-étalon Invincible

Spirit. « Nous avons voulu mettre Noozhah a un étalon de haut niveau, après les

résultats de Noozhoh Canarias et Corazon Canarias, tout en répétant la lignée

de Caradak (celle de Green Desert) qui avait déjà bien fonctionné avec elle. »

L’ÉLEVAGE

ESPAGNOL EN PLEIN BOUM

Paradoxalement,

alors que les courses espagnoles traversent une crise sans précédent, les

résultats des chevaux élevés en Espagne n’ont jamais été aussi bons. Le tout

avec seulement deux grands haras dans le pays : la yeguada Torre Duero et

Dehesa de Milagro. Noozhoh Canarias, Money Maker, El Topo, Achtung (Sulamani),

troisième du Prix de Barbeville (Gr3), Dikta del Mar (Diktat), lauréate du

Critérium de Vitesse (L) et vendue en Angleterre, ou encore Friné (High

Chaparral), qui, bien que portant le suffixe "IRE" a grandi en

Espagne, ont tous porté haut les couleurs rouge et jaune. Nous avons demandé à

José Mari Muguruza comment il expliquait la réussite des chevaux élevés en

Espagne : « La combinaison de deux étalons de niveau européen que sont Caradak

et Diktat, un bon piquet de bonnes poulinières comme Noozhah et Lady Cree

[mère, entre autres, d’Arkaitz] et un homme comme José Hormaeche,  un éleveur de haut niveau, nous ont permis

d’obtenir d’excellents résultats dans les Groupes et les Listeds. » L’élément

qui permettra de développer encore plus l’élevage est bien sûr le déroulement

des compétitions en Espagne et la reprise des courses. « Nous espérons que les

problèmes actuels du turf espagnol pourront se résoudre rapidement et qu’un

nouveau Jockey Club pourra voir le jour. Un Jockey Club où tout le monde sera

représenté. Nous avons vu que la Fomento, en liquidation, avait une structure

obsolète, qui pesait sur le développement du turf. »