Affections osteo-chondrales juveniles : comment les eviter et les prevenir

Autres informations / 04.08.2015

Affections osteo-chondrales juveniles : comment les eviter et les prevenir

À la

fréquence d’une fois par mois, Jour de Galop vous propose un article mettant en

lumière l’un des sujets de recherche menés par la Fondation Hippolia, qui

regroupe deux cents chercheurs répartis dans une trentaine d’équipes

différentes, partout en France. Le thème de ce mois d’août concerne les

affections ostéo-chondrales juvéniles. Il s’agit de troubles qui correspondent

à des anomalies du processus d’ossification. Les poulains sont touchés dès leur

plus jeune âge du fait de l’immaturité de leur squelette, quelle que soit leur

race. Le mode d’identification de ces troubles, leurs conséquences, ainsi que

la mise en évidence d’un facteur race, avaient déjà été décrits. Aujourd’hui

nous abordons les facteurs de risque prédominants, auxquels peuvent être

associés des moyens de prévention, ainsi que des soins thérapeutiques adaptés

si nécessaires.

UNE

VASTE ETUDE SUR LE STATUT OSTEO-ARTICULAIRE DES POULAINS BAS-NORMANDS

Il y a

une dizaine d’années, les équipes de l’Unité de recherche de biomécanique et

pathologie locomotrice du cheval (B.P.L.C.) de l’école nationale vétérinaire

d’Alfort (Enva), dont celle du Cirale, ont mené une vaste étude pour dresser un

bilan du statut ostéo-articulaire (Soa) des poulains bas-normands. Aussi, il

s’agissait d’évaluer les facteurs environnementaux à même d’influencer le

développement des poulains, ainsi que les éventuelles répercussions sur les

performances à venir. Au total, 378 poulains bas-normands (nés de 2002 à 2004),

dont 129 pur-sang, ont fait l’objet d’un suivi régulier de leur croissance, de

leur alimentation et de leur activité. L’évaluation de la croissance a consisté

en une mesure du poids, de la hauteur au garrot et du périmètre thoracique.

Pour l’alimentation, l’accès au fourrage étant libre donc difficilement

quantifiable, l’évaluation a été centrée sur les apports supplémentaires en

concentrés et en compléments minéraux et vitaminiques de la mère (pendant la

gestation et lactation) et du poulain (nature, quantité, durée

d’administration). Concernant l’activité des foals, celle-ci a été évaluée en

prenant en compte l’âge auxquels les poulains effectuaient les premières

sorties, leur régularité (sorties quotidiennes ou inversement limitées à un

rythme de 1 à 3 jours maximum par semaine) et leur durée. Par ailleurs, l’effet

de l’âge de la mère a également été étudié comme critère d’élevage pouvant

influer sur le statut ostéo-articulaire. Chaque poulain a été radiographié à 6

mois, et son dossier radiographique a été examiné pour identifier les

éventuelles images d’AOCJ et les mesurer en leur affectant une note (de 0 à 8).

À l’issue de la lecture de ces radiographies, un score radiographique (SR)

représentant la somme des différentes anomalies identifiées a été établie pour

chaque poulain. Selon leur SR, les poulains étaient classés dans trois

catégories : catégorie 1 bon (SR= 0-1), catégorie 2 intermédiaire (SR de 2 à

6), catégorie 3 passable (SR > 6).

DES

FACTEURS DE RISQUES DISTINCTS SUIVANTS LES AGES

De 0 à 6

mois, les facteurs augmentant le risque pour le poulain d’avoir un mauvais

score radiographique (catégorie 3) ont principalement été l’irrégularité de

l’activité et une valeur élevée du périmètre thoracique à 30 jours. Par

ailleurs l’accès à de grandes pâtures (> 1 hectare à 2 semaines, ou > à 6

hectares à 2 mois) semble augmenter le risque de catégorie 2 vs catégorie 1.

Les critères de hauteur au garrot, ainsi que la vitesse de croissance n’ont pas

été identifiés comme facteurs de risque d’un mauvais score radiographique mais

ils augmentent les risques de présence d’AOCJ. Il en est de même pour les

ratios de calcium/phosphore dans la ration de la mère et du poulain, qui, s’ils

sont faibles ou déséquilibrés dans le temps, peuvent être associés à une

prévalence d’AOCJ plus élevée. De 6 à 18 mois, les poulains nés en 2003 n’ont

pas pu être suivis. L’effectif étudié était donc réduit à 255 sujets, dont 91 pur-sang.

Pour cette seconde période, les poulains étaient radiographiés autour de 18

mois, suivant le même protocole qu’à 6 mois. L’objectif était d’identifier

d’éventuels facteurs d’aggravation du statut ostéo-articulaire du poulain.  Les critères étudiés étaient notamment le

sevrage (progressif ou brutal), la taille des pâtures et leur régularité

(proportion de zones caillouteuses ou pentues), la nature de l’hébergement

hivernal (box seul, pré seul, ou alternance box-pré), le mois de mise à l’herbe

(avant ou après avril), ainsi que le SOA du poulain à 6 mois. Il en ressort que

sur la population étudiée, les conditions à risque sont la période

d’hébergement hivernal lorsqu’elle est mixte, et la régularité du terrain des

pâtures, ce qui correspond à une augmentation du risque de traumatismes

articulaires répétés. Enfin, un poulain présentant un mauvais SOA initial à 6

mois a également plus de chance qu’il se détériore sur la période 6-18 mois.

QUELS

MOYENS DE PREVENTION ?

Cette

étude a permis de confirmer le caractère multifactoriel du développement des

AOCJ, comme d’autres travaux antérieurs. Les résultats de cette étude

correspondent à un échantillonnage de la population des poulains bas-normands

et ne peuvent donc pas donner lieu à des règles absolues. Cependant, pour des

poulains élevés dans des conditions similaires, il semble important de veiller

à ce qu’ils aient une activité régulière dès leur plus jeune âge, avec dans la

mesure du possible des sorties quotidiennes. De même, un suivi régulier de leur

croissance (avec des mesures simples du périmètre thoracique par exemple)

permet d’identifier les sujets à risque. Sur ces poulains, la gestion de

l’alimentation pour limiter autant que possible leur vitesse de croissance, et

une maîtrise de leur activité, avec des sorties régulières, au sein d’un petit

lot et sur des pâtures non accidentées et de taille raisonnable, peuvent

limiter le risque de développement d’AOCJ. Ce suivi régulier est également une

bonne opportunité de détecter tout défaut d’aplomb ou déformation physique sur

les membres du poulain pouvant justifier une visite vétérinaire et donc encore

une fois d’identifier les poulains à risque à suivre de plus près.