Faut-il développer le programme de groupes en obstacle pour les femelles en france ?

Autres informations / 07.08.2015

Faut-il développer le programme de groupes en obstacle pour les femelles en france ?

L’Angleterre

commence à développer son programme de courses de Groupe en obstacle pour les

femelles. Preuve en est : l’hippodrome de Cheltenham a annoncé la création

d’une nouvelle course pour femelles lors de son Festival 2016. Cette course est

le Trull House Stud Mares’ Novices’Hurdle (Gr2), sur 3.200m. Cela fait donc

deux épreuves réservées aux femelles au cours du Festival après le Mares’Hurdle,

promu Gr1 l’année dernière. Une autre course a été promue au rang de Gr2 à

Aintree durant le meeting du Grand National (Gr3). Le British Horse Racing

Authority et le Thoroughbred Breeders’Association ont clairement l’ambition de

développer le programme de Groupe en Angleterre pour inciter les propriétaires

à acheter des femelles pour l’obstacle. En Irlande, en vue de la saison

d’obstacle 2015/2016, trois nouvelles Listeds vont voir le jour. En France,

deux nouvelles épreuves ont été promues cette saison, il s’agit des Prix

Christian de Tredern (Gr3) et d’Arles (L). Cela fait plusieurs années que

France Galop a développé le programme des femelles en obstacle. Mais faut-il

aller au-delà en créant deux filières avec un Gr1 à la clé pour les pouliches

de 3ans et un autre pour les 4ans, dans le but de valoriser encore un peu plus

les femelles ? Faut-il encore plus développer le programme des femelles ? Les

trois quarts des chevaux exportés en Angleterre et en Irlande sont des mâles et

des hongres. À défaut d’être vendues outre-Manche, les femelles pourraient donc

être exploitées en France, avec un programme encore plus étoffé et équilibré.

Nous avons demandé leurs avis à Jean d’Indy, président du Conseil de

l’Obstacle, Hervé d’Armaillé, président de l’association des éleveurs et

propriétaires de chevaux AQPS, Nicolas de Lageneste, à la tête du haras de

Saint Voir, et Pierre Boulard, courtier, qui nous a expliqué pourquoi les

femelles n’étaient pas très "courues"en Angleterre et en Irlande.

Jean d’Indy, président du Conseil de l’obstacle et vice-président de France

Galop France Galop a fait des efforts pour développer le programme des femelles

en obstacle ces dernières années. Jean d’Indy nous a expliqué : « Ces deux

dernières années, nous avons procédé par petites touches en ce qui concerne le

programme des femelles en obstacle. Ainsi, les Prix Christian de Tredern (Gr3)

et d’Arles (L) ont été upgradés. Nous sommes partis à chaque fois du bas de

l’échelle pour promouvoir certaines courses, malgré des conditions financières

difficiles. Et sur les quatre dernières années, en plus de ces épreuves, des

compétitions comme le Prix André Michel (Gr3) ou le Prix Sytaj (Gr3) ont été

promues. Après, nous ne voulons pas un déséquilibre dans le programme en

augmentant le nombre de courses de Groupe d’un programme qui permet déjà de

bien valoriser les chevaux. Aujourd’hui, nous upgradons une course de temps en

temps, mais il faut que les allocations suivent. Nous ne voulons pas créer des

Groupes sans avoir les allocations qui leur correspondent. En obstacle, il n’y

a pas d’instance pour promouvoir les épreuves de Groupe, donc il est possible

de décréter qu’une course est un Gr1. Je ne serais pas opposé à la création de

nouveaux Grs1 pour femelles. Mais pour cela, il faut que l’épreuve fasse appel

aux meilleurs chevaux et que l’allocation puisse suivre. »

HERVE

D’ARMAILLE, PRESIDENT DE L’ASSOCIATION DES ELEVEURS ET PROPRIETAIRES DE CHEVAUX

AQPS

Pour

Hervé d’Armaillé, et c’est un constat qui revient souvent, le programme pour

les femelles est très bien fait : « Je trouve qu’il faut aider les éleveurs à

exploiter leurs pouliches. En cela, les programmes d’Auteuil et d’Enghien sont

très bien faits. C’est très bien également que les Anglais et les Irlandais

développent leur programme pour les femelles. En règle générale, les courtiers

anglais et irlandais ne s’attardent pas sur les femelles. Ce n’est pas dans

leur culture d’en acheter une pour l’obstacle. S’ils développent un programme

de Groupe pour femelles, cela va peut-être changer. Ils vont s’intéresser

davantage à nos pouliches. Cela peut être bénéfique pour les éleveurs français.

Nous avons également un programme de courses plates réservées aux pouliches

inscrites au stud-book des AQPS. »

NICOLAS

DE LAGENESTE, HARAS DE SAINT VOIR

Éleveur

tête de liste en obstacle à plusieurs reprises, Nicolas de Lageneste ne pense

pas qu’il faille nécessairement créer des Grs1 pour les pouliches. « Il ne faut

pas trop de courses de Groupe, pour garder leur rareté et leur valeur. On

pourrait ajouter un Gr3 et quelques Listeds, même s’il en existe en haies et en

steeple. Au printemps, on pourrait avoir par exemple une Listed et un Gr3 en

steeple, car il y a pas mal de courses fermées. Et à l’automne, on pourrait

aussi avoir un Gr3 pour préparer le Prix Bournosienne qui pourrait être Gr2.

Après, il faut reconnaître que la promotion des Prix Christian de Tredern (Gr3)

et d’Arles (L) a été une belle avancée. Il ne faudrait pas nécessairement une

filière pour les femelles de 3ans et celles de 4ans. Les très bonnes pouliches

de 3ans sont souvent allées se confronter aux poulains dans le Prix Cambacérès

(Gr1), en étant encore mieux valorisées par leurs performances dans la Grande

Course de Haies des 3ans. »

PIERRE

BOULARD, COURTIER

Pierre

Boulard achète régulièrement des chevaux, pour Willie Mullins notamment. Il

nous a expliqué la raison qui pousse les propriétaires (surtout anglais) à

n’acheter que des mâles et des hongres : « Le programme pour les femelles en

Angleterre et en Irlande est moins important par rapport aux mâles et hongres.

Et c’est certainement plus dur d’affronter les mâles en obstacle qu’en plat.

Cela ne dérange pas Willie [Mullins, ndlr] d’entraîner des femelles. Il est

d’ailleurs l’un des rares entraîneurs à en avoir en nombre dans ses boxes. Il

aime entraîner les femelles. Il faut dire que c’est une histoire familiale

puisque son père a eu la légende Dawn Run dans ses boxes. Et puis, quand les

femelles sont très bonnes, elles peuvent battre les mâles. Mais souvent, en

Angleterre, les professionnels préfèrent les mâles. Car pour les femelles, il y

a moins de Groupes en obstacle. Après, elles peuvent bénéficier d’un programme

protégé.  C’est ainsi que Quevega (Robin

des Champs) courait peu, mais face aux seules femelles. En revanche, les femelles

d’obstacle sortant de l’entraînement, qui ont de bonnes valeurs, sont souvent

plus valorisées en Irlande. »