Haras de la perelle

Autres informations / 10.08.2015

Haras de la perelle

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BONNEBOSQ

DIDIER

BARASSIN

JOUR DE

GALOP. – COMMENT AVEZ-VOUS DECOUVERT L’ELEVAGE DE CHEVAUX DE COURSES ?

Didier

Barassin. – Mes parents étaient éleveurs de trotteurs. Chaque année, nous

allions voir le Prix d’Amérique chez Monsieur Langlois, au haras du Quesnay :

pouvoir entrer dans le plus beau haras de France, quand on est tout jeune, cela

crée des rêves. Le rêve de travailler un jour ici. Et ce rêve s’est réalisé. Je

suis parti au bas de l’échelle, puis j’ai progressé. Je suis resté dix-neuf

ans. En 2004, j’ai entendu parler d’une place qui se libérait au Haras de la

Perelle et j’ai tenté ma chance, sans me voir vraiment directeur de haras, car

j’étais plus homme de terrain que manager.

QUEL

PREMIER CONSEIL DONNERIEZ-VOUS A UN AMI QUI SOUHAITERAIT SE LANCER DANS

L’ELEVAGE ?

Je lui

dirais avant tout qu’il faut être passionné et travailleur. Il faut aussi

écouter les anciens. Les nouvelles méthodes peuvent être utiles, mais il ne

faut jamais oublier l’essentiel. Au fond, nous sommes des paysans, notre

élevage se fait par la terre. Je pense qu’il est important de connaître son

environnement. Bien sûr, cela prend du temps, mais c’est la priorité. Chaque

terrain a sa spécificité : le pays d’Auge, le Bessin, l’Orne… Connaître son

terroir peut permettre de comprendre comment les chevaux évoluent, selon les

saisons par exemple. Ce qui est drôle dans les pur-sang, c’est que quelle que

soit la méthode, tout le monde peut réussir. La Sarthe, le Sud-Ouest ont

tendance à produire des chevaux plus précoces, le pays d’Auge fait des chevaux

solides. Le cheval s’adapte.

QUAND

VOUS REPENSEZ AUX CROISEMENTS DES MEILLEURS CHEVAUX CONÇUS AU HARAS, VOUS

SOUVENEZ-VOUS DES CRITERES QUI VOUS AVAIENT POUSSE A FAIRE TEL OU TEL

CROISEMENT ?

Le

premier critère est le physique : c’est vrai pour un cheval destiné aux ventes,

mais ça l’est également quand on veut élever dans la continuité. Aujourd’hui,

les jockeys d’entraînement sont de plus en plus lourds : cela demande un bon

squelette. Je suis contre la mode de la précocité et de la vitesse. Elle

entraîne, à mon avis, une fragilisation de la race et une réduction de taille.

On veut des chevaux trop compacts. Cela peut être un atout pour un organisme de

ventes de vouloir de la précocité et de la vitesse, mais je préfère rester sur

le physique. Les juments doivent être de bons moules, avec un bassin assez

large, une belle épaule. Je pense que la distance de 2.400m est un bon créneau

à prendre. Les grands étalons sont des chevaux de 2.400m. C’était le cas de

Galileo.

SELON

VOUS, QUE FAUT-IL PRIVILEGIER DANS LE MARIAGE JUMENT/ETALON : VITESSE/FOND,

VITESSE/VITESSE, FOND/FOND ?

Vous

avez compris que je ne suis pas pour la vitesse sur la vitesse. L’objectif du

haras de la Perelle, c’est l’"Arc", le "Jockey", le

"Diane", soit 2.100-2.400m. Posez-vous la question: Pourquoi ces

courses sont-elles les plus importantes en France, les plus médiatisées ?

FAIRE

NAITRE UN POULAIN D’UNE JUMENT INEDITE ? EST-CE REDHIBITOIRE ? UN SIMPLE RISQUE

? PAS UN PROBLEME ?

Une

jument inédite, soeur de grands chevaux, peut très bien produire. Les mères

n’ayant pas connu un champ de courses sont bien plus épargnées. Il ne faut pas

hésiter à garder une jument si le courant de sang nous intéresse. Tant qu’elle

appartient à une bonne souche, qu’elle a une famille vivante, un physique, on a

le droit de fonctionner au coup de coeur. Évidemment, les chevaux lents, on

essaie de ne pas les garder. Mais une jument qui n’a pas couru parce qu’elle

s’est accidentée, pourquoi pas ?

L’ELEVAGE

EST UNE ACTIVITE DIFFICILE : QUELLE EST VOTRE MOTIVATION PERSONNELLE POUR

RELEVER LE DEFI JOUR APRES JOUR ?

Mais

non, ce n’est pas une activité difficile. C’est une passion. Mettre au monde un

poulain la nuit, c’est génial. Voir un produit de la Perelle gagner, c’est une

énorme satisfaction, le plaisir du devoir accompli.  QUI EST POUR VOUS LE PLUS GRAND ELEVEUR DE

L’HISTOIRE ? ET POURQUOI ?

Alec

Head m’a marqué, surtout son feeling et son intelligence. C’était un plaisir de

l’écouter, pour savoir comment il ressentait les chevaux. C’était aussi un

marchand de chevaux fabuleux ! C’était le patriarche, il commandait. Et puis,

il connaît tout : un parfait coup d’oeil et une mémoire parfaite. Il voit un

cheval une fois, il le reconnaîtra toujours. Ses enfants sont comme lui, des

gens doués. C’est dans les gènes, je pense.

ET VOTRE

CHAMPION PREFERE, DANS TOUTE L’HISTOIRE ?

La

supériorité de Frankel m’a impressionné. Je l’ai vu étalon, c’est le cheval

parfait. Si son entourage l’avait essayé sur 2.400m, il aurait gagné

l’"Arc". C’est dommage qu’il se soit cantonné à l’Angleterre.

RACONTEZ-NOUS VOTRE PLUS BELLE HISTOIRE AUX VENTES…

Une

belle anecdote, c’est le jour où nous avons présenté huit juments d’Aland (Alec

Head et Roland de Chambure), parmi lesquelles Reine Mathilde, à Newmarket. Nous

en avons tiré 32 millions de francs. Quand Reine Mathilde est passée sur le

ring, le tableau a immédiatement affiché 1 million. Martine Head,  qui était à côté de moi, me demande: «

Didier, combien y a-t-il de zéros ? » J’étais dans l’émotion et je lui ai

répondu que je ne savais pas. En fait, c’était bien cela : sa vente avait

commencé à 1 million. Elle s’est finalement vendue 19 millions. L’autre

histoire qui m’a marqué, c’est aux ventes de Deauville. Après le Prix de Diane,

nous avions acheté à l’amiable la pouliche qui avait servi de leader à Zarkava.

La première année, nous l’avons envoyée à Galileo et son yearling a fait le

record des ventes Arqana à 1,7 M€.