Haras des granges

Autres informations / 12.08.2015

Haras des granges

JOUR DE

GALOP. – COMMENT AVEZ-VOUS DECOUVERT L’ELEVAGE DES CHEVAUX DE COURSE ?

Mathieu

Daguzan-Garros. –Je suis quasiment né dans un box ! Ma famille élève des

chevaux depuis plusieurs générations, mon père s’étant spécialisé dans les

chevaux de course. Depuis que je suis enfant, je vis à 100 % au contact du

cheval et de l’élevage. J’ai toujours eu un goût certain pour la compétition :

j’ai fait du CSO et j’ai été gentleman-rider, montant six épreuves pour une

victoire, puis je me suis arrêté après cette dernière en raison de problèmes de

poids... Et je me suis dit : « Tu as un bel écart, reste là-dessus » ! Ma

famille travaille depuis longtemps au contact des chevaux, puisque nous

travaillions avec les chevaux de remonte au début du siècle.

L’ELEVAGE

EST UN METIER DIFFICILE. QU’EST-CE QUI VOUS MOTIVE A CONTINUER CHAQUE JOUR ?

La

compétition et la vocation, car il y a beaucoup "d’esclavage" dans le

métier d’éleveur. Mais lorsque la passion est là, on arrive à tout surmonter.

Sans elle, on ne tient pas. Il y a des coups durs : des poulains qui meurent,

des juments qui avortent. Il faut être motivé et aller de l’avant. Les courses

sont la finalité de l’élevage. J’aime aller sur les hippodromes et chaque

victoire vous pousse à continuer. J’ai une règle : que ce soit en cas de

victoire ou de défaite, il faut penser à la suite, ne pas se retourner vers le

passé et aller de l’avant.

QUELLES

SONT LES QUALITES QUE DOIT, SELON VOUS, AVOIR UN ELEVEUR EN HERBE ?

Il faut

avoir une bonne dose de feu sacré ! L’éleveur doit être patient, humble,

modeste et toujours positiver. Un jeune éleveur doit être motivé et voyager

pour apprendre. En ce qui me concerne, j’ai un peu voyagé, mais pas assez et

c’est un regret. Il est important de voir plein d’autres méthodes: c’est pour

cela qu’il faut rester humble et apprendre. Bien sûr, il faut aussi savoir

faire le tri sur tout ce qui a été appris.

QUELS

SONT LES CROISEMENTS QUE VOUS RECHERCHEZ EN PRIORITE ?

Concernant

les croisements, il faut garder en tête qu’il n’y a pas que des vérités

génétiques. En ce qui me concerne, je suis éleveur vendeur, je cherche donc les

profils pour les ventes. J’aime surtout faire des milers. Je trouve qu’il est

toujours indispensable de ramener de la vitesse dans le pedigree, de ramener de

l’influx. Je sélectionne au pedigree et au modèle.

ACHETER

UNE JUMENT INEDITE POUR L’ELEVAGE, EST-CE REDHIBITOIRE?

Ce n’est

pas rédhibitoire dans le cas où il y a un bon apport génétique. Lorsque l’on

achète une jument inédite, il vaut mieux savoir aussi d’où elle vient, pourquoi

elle n’a pas couru. La jumenterie est la base de l’élevage. Il faut la

privilégier par rapport aux étalons et savoir renouveler. En ce qui me

concerne, j’ai aussi des étalons en association chez moi. Mais je n’achète pas

les juments en vue de les croiser avec mes étalons. Comme je suis vendeur, il

faut toutefois essayer d’aller vers les étalons commerciaux.

SELON

VOUS, QU’EST-CE QUI FAIT QU’UN CHEVAL ATTEINT DES SOMMETS AUX VENTES ? LE

PEDIGREE, LE MODELE, UN UPDATE ?

Il faut

trouver la bonne foulée. C’est un ensemble de choses. Il faut avoir l’étalon en

vogue, une frère et-ou une soeur qui ont été remarqués, et il faut aussi le

modèle. Le jour d’une vente, il faut valoriser au maximum le cheval. Il ne

s’agit plus à ce moment-là de corriger les défauts, mais surtout de mettre en

valeur les qualités. Et, de toute manière, si le modèle n’est pas là, le

poulain ne sera pas sélectionné.

QUEL

CHAMPION VOUS A LE PLUS MARQUE ?

Zarkava

! Il y a beaucoup de champions que l’on peut citer récemment, comme Frankel ou

Trêve. Mais Zarkava avait ce changement de vitesse assez exceptionnel. Et, de 2

à 3ans, elle a gagné aussi bien sur 1.600m que sur 2.400m. Elle savait tout

faire avec beaucoup d’influx.

QUEL EST

VOTRE ELEVEUR PREFERE ?

Pour

moi, le meilleur éleveur est Juddmonte Farms. Je trouve que c’est lui qui a le

plus beau ratio et il arrive à rester au top-niveau mondial. C’est le plus bel

exemple de régularité.  C’est bien fait,

c’est beau. En tant qu’éleveur, j’aime beaucoup.

QUELLE

EST LA PLUS BELLE HISTOIRE QUE VOUS AYEZ VECUE AUX VENTES ?

Je garde

un beau souvenir de la vente d’un frère de Shamalgan à Arqana, qui avait été

adjugé 360.000 euros en 2010. C’était un grand moment d’émotion. Parfois, les

ventes comme celle-là arrivent à des moments critiques. Je me souviens aussi

d’un jour où j’ai vendu un poulain 1.900.000francs, à l’époque.  C’était en fin de vente et il n’y avait plus

que trois personnes dans la salle ! Mais il y a eu bataille et les enchères

sont vite montées. C’était assez incroyable.