Haras du cadran

Autres informations / 06.08.2015

Haras du cadran

C’est

devenu l’une de nos rubriques incontournables du mois d’août. Notre « Tour des

Haras » vous propose de découvrir quelques acteurs qui seront sous les feux de

la rampe dans quelques jours, lors des ventes deauvillaises de yearlings

d’Arqana. Cette année, nous leur avons proposé de se confier de manière un peu

plus personnelle, en mêlant souvenirs, techniques et références.

 

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Omméel

PIERRE

TALVARD

JOUR DE

GALOP. – COMMENT AVEZ-VOUS DECOUVERT L’ELEVAGE DE CHEVAUX DE COURSES ?

Pierre Talvard.

– J’ai toujours aimé les chevaux. Alors, un jour, vers seize ou dix-sept ans,

j’ai quitté la Vendée sur mon scooter, direction la Camargue. Là-bas, j’ai

trouvé du travail dans une manade, une grande manade connue, qui appartenait à

François André – je crois qu’elle existe toujours. J’étais comme un fou,

j’étais le plus heureux! Puis j’ai dû remonter en Vendée pendant un an et je

suis devenu stagiaire chez le comte Michel de Gigou. À cette époque, il avait

une trentaine de poulinières. Je ne connaissais pas les courses, mais ça m’a

plu tout de suite. J’ai vraiment eu un coup de foudre et j’y suis resté.

C’était il y a quarante ans.

POURQUOI

AVOIR CHOISI D’EN FAIRE VOTRE METIER ?

Je me

suis intéressé à l’élevage des chevaux de course parce qu’il y avait

"quelque chose" au bout. Ce que je veux dire, c’est que j’étais

agriculteur dans l’âme et que j’aurais pu élever des vaches ou des veaux. Mais

le seul débouché,avec les bovins, c’est la boucherie. Alors que dans les

courses, l’élevage est le début d’une aventure. La compétition m’a toujours

beaucoup plu.

QUEL

PREMIER CONSEIL DONNERIEZ-VOUS A UN AMI QUI SOUHAITERAIT SE LANCER DANS

L’ELEVAGE ?

S’associer

avec un éleveur professionnel et être agriculteur avant d’être commerçant :

oublier le commerce et faire du vrai élevage, de vrais croisements auxquels on

croit, pas pour gagner de l’argent tout de suite. Parce qu’un élevage ne peut

durer que si l’on élève des gagnants. Mais pour cela, il faut s’astreindre à

faire des croisements qui fonctionnent après avoir acheté de bonnes juments.

Être associé permet aussi de limiter les risques. Actuellement, j’ai des

partenaires sur une quarantaine de juments ; je n’en ai jamais une à 100 %. Il

faut mettre en priorité l’argent dans les poulinières, plutôt que de consacrer

le plus gros du budget aux saillies. Enfin, je dirais – en ce qui concerne la

sélection d’une jument– que le pedigree est intéressant, mais que les

performances le sont plus encore.

FAIRE

NAITRE UN POULAIN D’UNE JUMENT INEDITE, EST-CE REDHIBITOIRE OU S’AGIT-IL D’UN

SIMPLE RISQUE ?

Le

"top" pour une bonne jument est qu’elle soit gagnante de Gr1 et d’une

bonne famille, n’est-ce pas ? (rires) Mais il est difficile d’en acheter une.

Alors, on peut acquérir une jument inédite, mais il faut toujours se poser la

question : « Pourquoi n’est-elle pas allée aux courses ? » Si c’est par

lenteur, je n’aime pas. Si c’est à la suite d’une blessure, cela me dérange

moins.

SELON

VOUS, QUE FAUT-IL PRIVILEGIER DANS LE MARIAGE JUMENT/ ETALON EN MATIERE DE

DISTANCE ?

D’abord,

quand on croise, il faut regarder les croisements qui ont fonctionné, comme les

inbreeds sur Mr. Prospector et les croisements de Nureyev sur Mr. Prospector.

Personnellement, je me donne du 1er septembre au 31 décembre pour mettre au

point mes croisements. Le prix de la saillie n’est pas un critère au départ,

même si ça peut l’être après. Mais je ne veux pas que le prix perturbe ma

réflexion. Cette année, j’attends de savoir à combien sera celle de Gleneagles

car je veux y aller. Je pense que c’est un crack avec cette spécificité d’être

un "Galileo" doté de beaucoup de vitesse. J’opte pour des étalons

presque toujours milers ou qui sont allés jusqu’à 2.000m. Idem pour les

juments. Je suis pour le mouvement qui valorise le créneau 1.600/2.000m. Dans

trois ans, on dira que The Grey Gatsby (élevé au Haras du Cadran, ndlr) est un

vrai étalon. Je trouve d’ailleurs que The Grey Gatsby correspondrait très bien

à la France, avec de la vitesse et de la dureté. C’est un vrai cheval de

course. S’il rentre étalon l’année prochaine, je lui envoie trois juments…

QUI EST

POUR VOUS LE PLUS GRAND ELEVEUR DE L’HISTOIRE ? ET POURQUOI ?

Jean-Luc

Lagardère. Avec ses achats de juments, en peu de temps, il a réussi à monter un

élevage très sérieux, ciblé. En consacrant des moyens conséquents, mais somme

toute raisonnables, il a créé une alchimie à haut niveau. Les juments n’étaient

jamais achetées plus de 250.000 dollars et provenaient de toutes les places de

ventes du monde. Son élevage trace encore avec Siyouni et tout le monde court

après les filles de Linamix. Il a cru en son cheval et a eu de la chance avec

lui, car la réussite de Linamix n’était pas évidente vu son pedigree décalé

(fils de Mendez et mère par Breton). Les Irlandais de Coolmore aussi ont un

succès remarquable, et ce dans le monde entier. Ils gagnent les plus belles

courses, sortent régulièrement le numéro un des 3ans européen et possèdent les

meilleurs étalons.

ET VOTRE

CHAMPION PREFERE DANS TOUTE L’HISTOIRE ?

Le

cheval qui m’a le plus impressionné, c’est Arazi lors de sa victoire dans le

Breeder’s Cup à 2ans. Je peux vous raconter sa ligne droite de mémoire ! Je

l’ai regardée quatre-vingts ou cent fois. C’était une "moto" contre

des "vélos". J’ai été tellement impressionné que je suis naturellement

allé à la saillie d’Arazi. 

Malheureusement, il a déçu au haras, même si, en tant que père de mère,

c’est acceptable. Quand il a couru le Prix Djebel (Listed, à l’époque), il y

avait un service d’ordre exceptionnel et une véritable horde de journalistes.

La personnalité de François Boutin favorisait cette starisation, avec la

casaque à étoiles de Monsieur Paulson. Arazi a échoué dans le Kentucky Derby

(Gr1), mais a gagné le "Rond Point" (Gr2), le jour de

l’"Arc". Au haras, il est parti à Dalham Hall Stud puis au Japon, avant

de finir dans un petit haras suisse. Arazi avait été acheté par Cheikh Mohammed

Al Maktoum au début de son année de 3ans pour un montant jamais dévoilé.

RACONTEZ-NOUS

VOTRE PLUS BELLE HISTOIRE AUX VENTES DE DEAUVILLE.

C’est

incontestablement Mercalle. Elle avait été élevée ici, au haras du Cadran, puis

avait été vendue. Et j’ai eu l’occasion de la racheter avec Patrick Barbe pour

6.000 € alors qu’elle avait 18ans. J’ai décidé de l’envoyer en Irlande, à la

saillie de Fasliyev, qui était chère à l’époque (75.000 € la saillie). Elle

nous a donné Lady Deauville que nous avions vendue aux alentours de 95.000 €.

Elle-même est devenue black type, remportant un Groupe et sept Listeds. Puis,

Lady Deauville a été vendue au Japon pour 300.000 €. Mercalle nous a également

donné Queen of Deauville par Diableneyev. Queen of Deauville nous a produit

Deauville Prince. Ce dernier est chez Tom Dascombe et est devenu black type...