Haras du logis saint-germain

Autres informations / 10.08.2015

Haras du logis saint-germain

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PUTOT-EN-AUGE

JEROME

GLANDAIS

JOUR DE

GALOP. – COMMENT AVEZ-VOUS DECOUVERT L’ELEVAGE DE CHEVAUX DE COURSES ?

Jérôme

Glandais. – Les gens qui s’orientent vers l’élevage aiment les chevaux. Nous

avons tous cette passion commune. Comme beaucoup de gens, je suis arrivé dans

le cheval par les poneys, la balade… Puis j’ai commencé mon apprentissage en

tant que lad-jockey à Laval, dans le trot. Je me suis rendu compte que je

n’avais pas vraiment d’avenir en tant que driver et que ce n’était pas ce qui

m’intéressait le plus. Je me suis réorienté, en travaillant pour l’élevage de

Son Altesse l’Aga Khan, à l’étranger. C’était magique ! Quand a la chance de

pouvoir travailler dans des établissements de cette qualité, tout vous semble

facile. On sait apprécier les bons croisements et les chevaux en eux-mêmes.

QUEL

PREMIER CONSEIL DONNERIEZ-VOUS A UN AMI QUI SOUHAITERAIT SE LANCER DANS

L’ELEVAGE ?

Je pense

qu’il faut avoir un grand amour des chevaux. C’est le point de départ. Il faut

aussi un peu de bons sens et beaucoup de patience. Éviter les coups durs ou

apprécier les très bons moments, car, forcément, ils peuvent passer vite. Mais

travailler avec du vivant, cela implique aussi d’accepter les mauvais coups de

la vie. Je pense que le mot juste serait : "sens du sacrifice". C’est

ce qui fait la beauté du sport et nous permet d’oublier tout le reste.

QUAND

VOUS REPENSEZ AUX MEILLEURS CHEVAUX CONÇUS AU HARAS, VOUS SOUVENEZ-VOUS DES

CRITERES QUI VOUS AVAIENT POUSSE A FAIRE TEL OU TEL CROISEMENT ?

L’élevage,

c’est comme un jeu d’échecs. Un jeu basé sur la réflexion. Il faut savoir tenir

compte des qualités physiques et des souches maternelles ou paternelles, des

courants de sang qui ont fonctionné… Après, tout dépend de votre objectif: vous

pouvez vouloir monter un élevage personnel, ou élever pour vendre. Il faut une

dose de chance aussi : parfois les croisements que vous pensez les meilleurs se

révèlent être les pires ! Il faut apprendre de ses erreurs et se forger une

expérience, car la génétique ne s’apprend pas dans les livres. Quand vous

côtoyez des personnes comme Claude Lambert, qui dirige notre haras, vous

comprenez que trente années d’expérience ne s’achètent pas. L’élevage pur se

fait sur le terrain.

SELON

VOUS, QUE FAUT-IL PRIVILEGIER DANS LE MARIAGE JUMENT/ETALON : VITESSE/FOND,

VITESSE/VITESSE, FOND/FOND ?

Chacun a

ses critères et fait comme il l’entend. Je pense que si vous élevez pour courir

en France, vous devez tenir compte de la manière dont les épreuves se déroulent

: du fait du manque de train, tout se joue sur un déboulé final. Cela exige de

la vitesse, des chevaux qui soient capables d’accélérer brutalement. C’est très

différent en Angleterre. Je pense que c’est un problème de tout axer sur la

vitesse. Pouvoir faire 2 400 mètres est une aptitude importante.

FAIRE

NAITRE UN POULAIN D’UNE JUMENT INEDITE ? EST-CE REDHIBITOIRE ? UN SIMPLE RISQUE

? PAS UN PROBLEME?

Pour

moi, ce n’est pas un problème bloquant. Une jument qui a couru jusqu’à 6ans a

déjà beaucoup donné physiquement, surtout si elle courait au plus haut niveau.

Même si ce n’est pas une science exacte, les statistiques montrent que ces

juments-là produisent rarement des chevaux ayant leur qualité. En revanche,

l’inédite, si elle est bien née, peut produire des gagnants de Gr1 dès le

départ.

L’ELEVAGE

EST UNE ACTIVITE DIFFICILE : QUELLE EST VOTRE MOTIVATION PERSONNELLE POUR

RELEVER LE DEFI JOUR APRES JOUR ?

Je ne

suis pas d’accord ! J’aime ce que je fais et je ne trouve pas que ce soit

difficile. C’est sûrement différent et difficile pour les gens de l’extérieur.

Mais si vous aimez l’élevage, vous ne pouvez pas trouver ça difficile. Mon

frère a des vaches laitières, il se lève à 4 heures du matin. Pour vous, ce

serait difficile, mais lui aime ce qu’il fait ! De plus, notre cadre de travail

est magique : pour aller travailler, je ne fais pas des bouchons sur le

périphérique parisien pendant des heures. Bien sûr, il y a des coups durs, des

déceptions, alors on avance et on s’améliore. Si on perd un poulain, oui, on

est mal toute la journée. Beaucoup d’efforts, d’énergie, d’argent. Et si le

poulain appartient à un client, il faut l’appeler…C’est encore plus dur. Mais

cela fait partie du job. Il faut une remise en question permanente. Si un

matin, en vous levant, ça vous embête ou si vous ne voulez plus faire

d’efforts, je pense qu’il vaut mieux arrêter et changer de voie.

QUI EST

POUR VOUS LE PLUS GRAND ELEVEUR DE L’HISTOIRE ? ET POURQUOI ?

Je

trouve fascinants les élevages qui perdurent sur plusieurs générations, comme

les Head, Son Altesse l’Aga Khan, la famille Wertheimer… Cela force le respect

! Ils investissent énormément et donnent beaucoup à notre industrie. Il y a

également Coolmore ou Arrowfield en Australie. Je pense aussi au Docteur

Vincent O’Brien, qui est un mythe. Il était capable d’acheter des chevaux sans

catalogue ! On rêverait tous de pouvoir choisir un cheval comme cela, juste au

modèle. Vous et moi, nous sommes de passage, comme beaucoup de gens. Mais ces

éleveurs-là, ils vont rester, ils resteront des références et ne seront pas

oubliés. C’est magnifique. Finalement, on rêve de pouvoir être comme eux. Mais

j’ai envie aussi de saluer tous les petits éleveurs, qui jouent un rôle

extrêmement important.

ET VOTRE

CHAMPION PREFERE, DANS TOUTE L’HISTOIRE ?

C’est un

peu une question piège… Je pense à Sadler’s Wells et à Darshaan, pour son

charisme et sa présence. Ce sont deux chevaux marquants, tout comme Nureyev. Je

ne pourrai jamais oublier que Vincent O’Brien et son frère ont regretté toute

leur vie de ne pas avoir pu acheter Nureyev yearling aux États-Unis, par manque

d’argent. Il faut dire qu’il avait été vendu 1,5 million de dollars yearling.

RACONTEZ-NOUS

VOTRE PLUS BELLE HISTOIRE AUX VENTES DE DEAUVILLE.

De

belles histoires… je n’en ai pas particulièrement. En fait, tout Deauville est

une forme de belle histoire ; ces chevaux qu’on a élevés et préparés si

longtemps et vendus sur le ring. L’ensemble est extraordinaire. Le jour J et ce

travail pendant dix-huit mois ! Ce ne sont pas des contes de fées. Deauville

est une très belle ville et cela nous permet de nous sortir un peu de notre

quotidien. Cette alchimie avec les acheteurs, les propriétaires, les soirées…