Haras du quesnay

Autres informations / 08.08.2015

Haras du quesnay

14800

VAUVILLE

VINCENT

RIMAUD

JOUR DE

GALOP. - COMMENT AVEZ-VOUS DECOUVERT L’ELEVAGE DE CHEVAUX DE COURSE ?

Vincent

Rimaud. - Ma famille était initialement très proche du cheval de sport. Mon

père était à la fois instructeur d’équitation et commissaire de piste sur les

parcours de concours hippiques. Je passais donc beaucoup de temps sur les

terrains... J’ai eu progressivement envie d’approcher de plus près le

cheval,  en en faisant mon métier. Après

mon baccalauréat, je voulais travailler en Angleterre ou en Irlande, pour

développer ma pratique de l’anglais. Mon frère Georges, qui était arrivé dans les

courses avant moi, m’a recommandé et j’ai fait mes premiers pas à Woodpark

Stud, où étaient débourrés tous les yearlings achetés par le Cheikh Maktoum Al

Maktoum. Puis j’ai travaillé dans différents haras, en voyageant beaucoup…

QUEL

PREMIER CONSEIL DONNERIEZ-VOUS A UN AMI QUI SOUHAITERAIT SE LANCER DANS

L’ELEVAGE ?

Évidemment,

mon meilleur conseil est de venir voir ce que l’on fait au Quesnay, d’acheter

une jument au Quesnay et de la mettre à un étalon du Quesnay ! (rires) Je pense

qu’il faut être très patient, très humble et essayer de ne pas toujours écouter

le dernier qui a parlé. Il y a tant de discours différents. Avant de se lancer

dans l’élevage, il faut avoir bien étudié les courses. Je dirais qu’il faut

aussi laisser parler le cœur par rapport à certaines juments. Ne pas vouloir aller

trop vite, laisser du temps à un croisement ou à une jument… C’est un travail

de très longue haleine. Savoir accorder sa confiance et faire preuve d’une

certaine constance pour éviter de partir dans tous les sens. Je pourrais aussi

conseiller de s’associer pour partager les risques. Oui, s’associer serait la

première chose à faire. Et si c’est quelque chose de totalement nouveau, copier

ce qui a déjà fonctionné en matière de croisements et confier sa jument à un

professionnel.

QUAND

VOUS REPENSEZ AUX MEILLEURS CHEVAUX CONÇUS AU HARAS, VOUS SOUVENEZ-VOUS DES

CRITERES QUI VOUS AVAIENT POUSSE A FAIRE TEL OU TEL CROISEMENT ?

Pour les

juments qui appartiennent au Quesnay, les croisements sont réalisés par Alec

Head, Freddy et Criquette, qui travaillent en concertation. Ce n’est pas mon

rôle. Mais il m’arrive de les réaliser pour certains clients du haras. Dans ce

cas, j’essaie d’associer les courants de sang qui ont déjà bien fonctionné

ensemble et de faire très attention au modèle de la jument et à ce qu’ont donné

les premiers produits.  Beaucoup des

clients du Quesnay élèvent pour courir, et non pour vendre. Ne pas être tenu

par la dimension commerciale constitue un avantage, car cela donne une plus

grande liberté; cela permet de travailler sur la durée, dans la continuité.

SELON

VOUS, QUE FAUT-IL PRIVILEGIER DANS LE MARIAGE JUMENT/ETALON : VITESSE/FOND,

VITESSE/VITESSE, FOND/FOND ?

Vaste

sujet, car des croisements très différents ont pu réussir…Croiser

systématiquement vitesse sur vitesse ou fond sur fond, c’est quelque chose que

je ne ferais sans doute pas. Cela me rappelle l’échange entre George Bernard

Shaw et Isadora Duncan. Lui était laid, mais très intelligent ; elle l’était

sans doute un peu moins, mais possédait une grande beauté. Elle lui avait proposé

de faire un enfant, pour qu’il ait « la beauté de sa mère et l’intelligence de

son père ».Fidèle à son humour caustique, George Bernard Shaw lui avait répondu

: « Mais que ferons-nous s’il a ma beauté et votre intelligence ? »

FAIRE

NAITRE UN POULAIN D’UNE JUMENT INEDITE, EST-CE REDHIBITOIRE ?

Je pense

qu’il n’y a pas de risque à garder une jument inédite pour faire de l’élevage.

Cependant, les raisons pour lesquelles elle n’a pas couru doivent être

étudiées. Elle a pu s’accidenter après avoir montré des qualités à

l’entraînement ou bien ne pas avoir vu un hippodrome parce qu’elle était

atteinte de lenteur, ce qui est plus embêtant. Dans les deux cas, on est dans

le doute en ce qui concerne sa meilleure distance, ce qui complique les

croisements. Dans l’hypothèse où la jument n’a pas couru en raison de réels

problèmes de santé, de croissance, d’ostéochondrose, elle risque de les

transmettre à ses poulains. C’est un risque. Il faut donc absolument savoir

pourquoi elle est restée inédite.

L’ELEVAGE

EST UNE ACTIVITE DIFFICILE. QUELLE EST VOTRE MOTIVATION PERSONNELLE POUR

RELEVER LE DEFI JOUR APRES JOUR ?

Je ne

sais pas si l’on peut dire que c’est une activité difficile...Les désillusions

peuvent être aussi grandes que les espoirs que l’on y place. Et ce sont ces

moments durs qui rendent la victoire encore plus belle lorsqu’elle est là.

Quand je vois l’un de nos chevaux gagner, je suis heureux comme un enfant !

Toute victoire procure une joie énorme aux propriétaires, aux parieurs… Mais

quand vous avez eu l’idée du croisement, que vous l’avez fait naître, que vous

l’avez vu grandir et qu’il gagne, je ne connais pas grand-chose de plus

motivant dans la vie.

QUI EST

POUR VOUS LE PLUS GRAND ELEVEUR DE L’HISTOIRE ? ET POURQUOI ?

Il

serait mal venu de ma part de citer Alec Head, puisque je travaille pour lui.

Mais il mérite ce titre ! (rires) Je dirais que je suis très impressionné par

Khalid Abdullah et par Juddmonte Farms. Le Prince a su fabriquer à la fois une

jumenterie et un parc d’étalons qui sont depuis plusieurs années au premier

plan mondial. Chaque année, cet élevage sort des chevaux de classe

internationale sur toutes les distances. 

C’est beau. Dansili, Oasis Dream et peut-être Frankel demain… J’espère

de tout coeur que sa famille reprendra le flambeau après lui.

ET VOTRE

CHAMPION PREFERE, DANS TOUTE L’HISTOIRE ?

Je

pourrais nommer beaucoup de chevaux, mais, logiquement, je vais choisir Trêve.

Elle m’impressionne à chaque fois qu’elle gagne. Moi qui ai été partie prenante

de son élevage, je me suis souvent posé la question : « Pourquoi elle ?

Pourquoi, en ayant été élevée comme les autres, est-elle devenue ce phénomène ?

» Il existe certainement plusieurs réponses techniques. Mais je pense que cela

va au-delà. Elle a le coeur, l’envie, la "niaque". Je pense souvent à

elle en me baladant dans les herbages, en me demandant si nous avons une

nouvelle Trêve parmi nos jeunes chevaux… Pourquoi pas ? Sa première victoire

dans l’"Arc" est celle qui m’a le plus bouleversé, peut-être plus

encore que la deuxième. Si elle remporte un troisième Arc, l’émotion sera

peut-être encore plus forte que la première !

RACONTEZ-NOUS

VOTRE PLUS BELLE HISTOIRE AUX VENTES DE DEAUVILLE…

Il y a

beaucoup de belles histoires, mais celle qui me vient à l’esprit date du temps

où l’on s’exprimait encore en francs. Je travaillais alors pour un autre haras

que le Quesnay. C’était la première année où j’avais des chevaux de vente sous

ma responsabilité. Dans le lot que nous présentions se trouvait un yearling de

Royal Academy nommé Carnac. J’avais proposé ce nom à son éleveur, car c’est la

ville où je suis né. Il était très joli, bien né, et nous pensions le vendre

entre 200.000 et 300.000 francs. Nous l’avons finalement vendu pour 2.600.000

francs !