Il y a un vrai phénomène de compétition positive entre les différents haras »

Autres informations / 12.08.2015

Il y a un vrai phénomène de compétition positive entre les différents haras »

À deux

jours du coup d’envoi de la vente la plus importante de l’année pour Arqana,

Éric Hoyeau et Olivier Delloye, respectivement président et directeur général

de l’agence, nous ont accordé une longue interview. En abordant des sujets

aussi variés que Frankel, la qualité de la jumenterie française, la demande

internationale, la situation des courses françaises…

JOUR DE

GALOP. – EN 2012, LES PREMIERS YEARLINGS DE SEA THE STARS AVAIENT FAIT LE

"BUZZ". CETTE ANNEE, C’EST AU TOUR DE CEUX DE FRANKEL. UN TEL

EVENEMENT CONSTITUE-T-IL UNE VRAIE ATTRACTIVITE SUPPLEMENTAIRE POUR LA VENTE ?

Éric

Hoyeau et Olivier Delloye. – Les premiers yearlings de Frankel sont très

attendus, comme l’étaient ses premiers foals. La présence de ces poulains a

permis de donner un éclairage particulier à la vente, surtout à

l’international, car Frankel a marqué les esprits comme peu de chevaux l’ont

fait. Mais cela reste six yearlings, parmi deux catalogues de plus de 500

chevaux. Ils vont évidemment susciter de la curiosité, mais sans

"cannibaliser" le reste du catalogue. De façon plus générale et sans

se focaliser sur Frankel, il est logique qu’il y ait un intérêt particulier sur

les étalons de première production, car nous sommes dans un marché qui se

renouvelle sans arrêt, porté par l’avenir, le rêve, ce qui est incarné par ces

étalons-là. Ils arrivent avec leur premier contingent de yearlings, tout le

monde se demande à quoi ils vont ressembler, 

ce que l’on va retrouver du père, chacun espère que cet étalon sera la

star de demain ! Quand, en plus, dans ce groupe de pères, il y a un cheval

comme Frankel, cela sublime encore le phénomène.

JUSTEMENT,

LE CATALOGUE 2015 EST DAVANTAGE POURVU EN ETALONS DE PREMIERE PRODUCTION QUE

CELUI DE L’AN DERNIER (71 YEARLINGS CETTE ANNEE CONTRE 49 EN 2014). COMMENT

L’EXPLIQUEZ-VOUS ?

Globalement,

un plus grand nombre de chevaux est entré au haras en 2013, à des prix de

saillie élevés, et ces étalons ont probablement sailli des juments de qualité

supérieure. Il y a bien sûr Frankel et le cas particulier de Redoute’s Choice,

dont ce sont les premiers yearlings européens, mais aussi des chevaux comme Excelebration,

Nathaniel, Sepoy, So you Think, Rajsaman… Leurs premiers foals ont été bien

accueillis et le "capital confiance" semble être là. Nous sommes

mieux équipés en étalons de première production que l’an dernier. La dimension

internationale de ces étalons va contribuer à attirer des acheteurs de tous

horizons.

DE FAÇON

GENERALE, COMMENT JUGEZ-VOUS LA QUALITE DU CATALOGUE ?

La

sélection des yearlings pour nos différentes ventes représente un vrai travail,

dans lequel nous nous investissons totalement, et dès lors, il est difficile de

répondre à votre question avec une objectivité totale.  En revanche, nous avons un bon retour des

visites qui ont eu lieu dans les haras ces deux dernières semaines. Les éleveurs

français nous ont envoyé le meilleur de ce qu’ils produisent, et la majorité d’entre

eux sont parvenus à faire progresser le niveau de leur stock depuis plusieurs

années, tout en professionnalisant encore la préparation. Il y a un vrai

phénomène de compétition positive entre les différents haras.

L’AMELIORATION

DU PARC ETALON FRANÇAIS EST-ELLE L’UN DES FACTEURS QUI A CONTRIBUE A LA

PROGRESSION DE LA JUMENTERIE ?

Probablement

mais ce n’est pas exclusivement lié à l’amélioration du parc étalon français.

Il s’agit d’un mouvement d’ensemble, d’une prise de conscience, d’un objectif

délibéré d’un certain nombre d’éleveurs de renouveler leur jumenterie.

C’EST LA

TROISIEME ANNEE QUE LA VENTE D’AOUT S’ARTICULE SUR LE MEME FORMAT DE TROIS

JOURS. AVEZ-VOUS TROUVE LA FORMULE IDEALE ?

Il

s’agit du format le plus adapté à la physionomie de notre marché, qui permet

d’exposer le maximum de yearlings au maximum d'acheteurs présents. La création

de la V.2 nous a permis de rouvrir la vente d’août à une clientèle de haras

vendeurs et d’acheteurs qui étaient devenus moins présents à Deauville, ainsi

qu’à une plus grande diversité d’étalons, y compris des sires faisant la monte

en France. Au niveau calendaire, il nous faut jongler avec les dates de Saratoga,

du meeting d'York, de DBS, mais aussi des grands rendez-vous deauvillais avec

qui nous sommes réellement en synergie. Quand certains nous disent qu’ils

aimeraient que nos ventes soient organisées un peu plus tard, nous leur

répondons que nous sommes du même avis, mais il faut faire des arbitrages !

L’AN

DERNIER, CINQ ACHETEURS DIFFERENTS AVAIENT DEPENSE PLUS DE DEUX MILLIONS

D’EUROS. CETTE DIVERSITE EST-ELLE LA FORCE DE DEAUVILLE ?

Il est

vrai que comparativement à d’autres ventes, nous sommes moins dépendants d’un

ou deux gros acheteurs.

LES

VENTES DE FASIG-TIPTON MONTRENT UN MARCHE DYNAMIQUE AUX ETATS-UNIS. EST-CE

ENCOURAGEANT A QUELQUES JOURS DE VOS VENTES ?

La vente

de juillet et celle d’août à Saratoga indiquent en effet une reprise du marché

américain, lui qui était plutôt stagnant depuis la crise de 2008. Ce renouveau,

accompagné par une vraie diversité des acheteurs et des visages nouveaux, sont

de bons signaux. Le dollar, qui a repris de la vigueur, est aussi un facteur

positif. Nous avons d’ailleurs réalisé une grosse campagne publicitaire dans

les médias américains, en expliquant qu’à Deauville, ils pourraient trouver le

type de pouliches dont ils ont besoin. Il est amusant de constater que le top

price à deux millions de dollars est un fils de Tapit et d’une mère par

Galileo, et que ses acheteurs ont particulièrement souligné sa ressemblance

avec Galileo…

VOUS

AVEZ AUSSI REALISE UNE ACTION DE PROMOTION IMPORTANTE A NEWMARKET, LORS DU JULY

MEETING…

Ce genre

d’actions sert à la fois à promouvoir la marque Arqana, le catalogue de cette

vente d’août et nos ventes en général. C’est aussi un signe de reconnaissance à

destination de la clientèle britannique qui investit beaucoup en France, sur

toutes les ventes. Quand on nous a proposé de sponsoriser deux courses de

Groupe avec un dispositif nous offrant une superbe visibilité, nous avons

accepté avec enthousiasme. Nous sommes d’ailleurs ravis de cette expérience qui

nous a permis d’échanger avec de nombreux professionnels anglais et irlandais.

QUELLES

AUTRES NATIONALITES SONT SUSCEPTIBLES D’INVESTIR A DEAUVILLE ?

Si l’on

se cantonne aux nouveaux venus, on peut citer des Américains, des Australiens

et des Néo-zélandais, qui montrent un intérêt croissant pour l’Europe. Nous

essayons de mener des actions de prospection aussi vastes que possible pour

garantir cette diversité des acheteurs que vous mentionniez plus haut.

LA V.2

FETERA SON TROISIEME ANNIVERSAIRE. LES DEUX ANNEES DE RECUL VOUS

FACILITENT-ELLES LE TRAVAIL DE SELECTION DES YEARLINGS POUR CETTE VENTE AU

PROFIL PARTICULIER?

Avant

tout, ce sont les vendeurs qui la comprennent mieux, et qui cernent mieux les

yearlings qui y ont toute leur place. Souvent, lors des inspections, ce sont

les éleveurs qui proposent d’eux-mêmes des yearlings pour ce rendez-vous.

L’AN

DERNIER, ELLE AVAIT AFFICHE DES INDICATEURS RECORDS,  NOTAMMENT SUR LE POURCENTAGE DE VENDUS.

PENSEZ-VOUS QU’ELLE A ENCORE UNE MARGE DE PROGRESSION ?

Il nous

semble difficile d’enregistrer encore de vraies poussées des prix moyen et

médian. Maintenir ces indicateurs serait déjà satisfaisant et préserverait la

notion d’ouverture et d’accessibilité de la vente que nous jugeons importante.

COMMENT

EXPLIQUEZ-VOUS QUE CETTE VENTE AIT ENREGISTRE DE SI BONS RESULTATS, ALORS MEME

QUE LA SITUATION DES COURSES FRANÇAISES SE DEGRADE. EST-CE A DIRE QU’IL S’AGIT

DE DEUX MARCHES TOTALEMENT DECONNECTES?

D’abord,

il faut dire que cette vacation, qui arrive au lendemain de la vente d’août,

bénéficie de sa dynamique. Même si elle s’adresse principalement aux acheteurs

français, elle garde un caractère européen, avec des personnes qui achètent pour

courir, et d’autres pour faire du pinhooking. Si le sort de la V.2 n’est pas

exclusivement lié à la santé des courses françaises, on ne peut pas non plus

prétendre qu’il en est déconnecté. L’attractivité de nos courses est, d’une manière

générale, fondamentale pour le développement pérenne de notre marché. Si les

temps sont peut-être plus difficiles aujourd’hui, il ne faut jamais oublier les

atouts énormes dont nous disposons par rapport à nos voisins. C’est en

s’appuyant sur ces forces que nous travaillons sans relâche, notamment avec le

F.R.B.C., pour attirer des propriétaires et des éleveurs sur notre sol. La

poursuite du développement d’Arqana Racing Club s’inscrit aussi dans cette démarche

en cherchant à attirer de nouveaux propriétaires vers les courses françaises.

A LA FIN

DE L’ANNEE VONT AVOIR LIEU LES ELECTIONS DE FRANCE GALOP. SOUHAITERIEZ-VOUS

ETRE IMPLIQUES DANS CERTAINS DOMAINES DE L’INSTITUTION ?

Arqana a

un statut particulier. En tant qu’agence de ventes, elle n’est pas un membre socioprofessionnel

de France Galop et ne siège dans aucun Comité. Elle ne peut donc être qu’un

observateur attentif des élections à venir. Pour autant, Arqana constitue

évidemment une pièce essentielle sur l’échiquier des courses et de l’élevage en

France, donc nous nous sentons, ainsi que nos actionnaires, concernés par

l’avenir de l’Institution et de la politique menée au galop comme au trot. Donner

notre point de vue sur des dossiers où notre expertise serait intéressante,

participer à certains débats ? Pourquoi pas, si cela intéresse les acteurs des

élections. Cette année, le slogan de votre campagne publicitaire est

"yearlings classiques".

VOUS

AVEZ RESOLUMENT FAIT LE CHOIX DE COMMUNIQUER SUR LES RESULTATS DES CHEVAUX

ISSUS DE LA VENTE PLUTOT QUE SUR L’ATTRACTIVITE DE DEAUVILLE ?

Quand

nous avions lancé le concept de Sales Paradise, en 2012, il reposait sur un

trépied qui s’articulait autour d’une offre de qualité, des succès au plus haut

niveau et le plaisir d’être à Deauville. Mais les gens ont eu tendance à le

réduire aux nuits deauvillaises ! Le concept et la manière dont il était

exprimé en publicité avaient vécu et il fallait recentrer sur les fondamentaux que

sont les succès des chevaux vendus à Deauville. Nous voulons que les acheteurs

viennent pour la qualité de nos chevaux, tout en sachant qu’ils pourront y

passer un bon moment. Le vrai argument reste la qualité de nos catalogues, même

si nous savons capitaliser sur l’ingrédient "douceur de vivre" de

Deauville.

PARLONS

DES RESULTATS JUSTEMENT. CETTE ANNEE, CHEZ LES 3ANS, VOUS N’AVEZ PAS SORTI DE

STAR COMME AVENIR CERTAIN OU TREVE ?

Il est

vrai que les classiques cette année sont majoritairement revenus à des chevaux

élevés par leurs propriétaires. Il nous manque donc cette superstar dont vous

parlez, mais ce qui compte, c’est la régularité au plus haut niveau, et sur ce

point, les ventes de Deauville sont clairement reconnues.

UNE

RESTAURATION REPENSÉE

Les

personnes présentes à la vente de juillet ont déjà pu l’expérimenter : la

restauration sur le site des ventes a été totalement repensée, en étant confiée

à un seul concessionnaire, le traiteur Henri Morel Réceptions. Le Floor

(anciennement La Grange) a été rénové et propose une restauration rapide sous

forme de self-service, ainsi que des formules petits déjeuners dès 6 h 30 le matin.

"Le Resto" propose toujours une restauration assise de qualité,

jusqu’à la fin des ventes. Les bars "Le C", "Le Zinc" et

"Le 360°" ajoutent encore de la diversité à une offre pensée pour

répondre à toutes les demandes, à toute heure de la journée.