Le débat sur le nouveau longchamp va-t-il avoir lieu à deauville ?

Autres informations / 17.08.2015

Le débat sur le nouveau longchamp va-t-il avoir lieu à deauville ?

Le sujet

du "Nouveau Longchamp" est plus que jamais au coeur des discussions.

Mercredi, le dossier va discrètement s’inviter à Deauville, ce traditionnel

chaudron politique (encore que la cité normande ne mérite guère ce surnom cette

année, car l’ambiance y est particulièrement oecuménique, malgré les prochaines

échéances électorales). Pourquoi mercredi ? Parce que le Syndicat des éleveurs

et le Syndicat des propriétaires en parleront tous les deux, à l’occasion de

leur Comité et/ou Assemblée générale. À l’intérieur même des deux plus grandes

associations socioprofessionnelles françaises, tout le monde n’est pas

d’accord. Et même plus : les deux associations ne sont pas non plus d’accord

entre elles, du moins au niveau de leurs présidents, puisque Loïc Malivet

(étroitement associé à la mandature actuelle) est globalement pour et Patrick

Fellous (qui plaide pour une Cité du cheval à Longchamp) globalement contre. Je

dis bien "globalement", car leurs positions respectives comportent

des nuances.

UNE

DECISION MISE AUX VOIX CHEZ LES ELEVEURS ET LES PROPRIETAIRES

Bref, la

journée de mercredi va jouer son rôle. Au Syndicat des éleveurs, certains

membres du comité ont demandé à leur président un complément d’information qui

leur a été transmis, afin que chacun puisse se faire une idée plus précise de

ce qui se prépare. En effet, nous y reviendrons, une des caractéristiques – un

des handicaps ? – du projet Nouveau Longchamp est d’avoir fait l’objet d’une

communication très restreinte de la part de France Galop. Si tout le monde

connaît plus ou moins le montant du projet 

(130 M€), très peu de personnes ont vu les plans et connaissent les

intentions précises du possible partenaire qatari. Le débat qui se prépare au

sein du Syndicat est articulé ainsi : les partisans du projet soulignent que le

sport courses ne restera au premier plan que s’il peut s’appuyer sur une

nouvelle arène, aux standards de tous les grands temples événementiels ; les

adversaires avancent que le coût des travaux pèsera dans les comptes pendant

plusieurs années, et que le projet mériterait d’être encore amélioré, pour être

au niveau de ce qui se fait par ailleurs : musée du Quai Branly, Fondation

Louis Vuitton, Stade des Lumières de l’Olympique lyonnais… Ils relèvent aussi

qu’un projet de cette importance doit pouvoir servir à d’autres activités que

les courses, s’il veut justifier son prix.

ENTRE

QATAR ET EMPRUNT BANCAIRE

Du

Qatar, pour l’instant, on sait peu de choses. Car les informations filtrent au

compte-gouttes. On entend que les contreparties ne seraient pas neutres. Le

Qatar ne voit pas – ou ne voit plus – l’affaire comme une simple action de

mécénat. Du moins, ne serait-ce que pour justifier cet investissement, il

demanderait légitimement une certaine efficacité économique. Ainsi, France

Galop devrait intéresser son partenaire de manière très significative aux

revenus du site (la billetterie notamment). Les interlocuteurs qataris

demanderaient aussi que l’on rénove la tribune du Pavillon, ce qui

représenterait un coût de plus de 5 M€. Pour le reste, on a entendu un peu tout

et son contraire, notamment sur la privatisation de l’hippodrome en dehors des

jours de courses. Mais dans ce flot de vraies et de fausses nouvelles, le seul

point qui demeure crédible est la demande d’un retour sur investissement via un

intéressement aux résultats. Le fait que France Galop et le Qatar n’aient

toujours rien signé n’est pas neutre puisque, depuis la fin du printemps,

France Galop étudierait la possibilité de recourir à un emprunt de 50 M€ pour

boucler le chantier. En soi,  cela n’a

rien d’extraordinaire. La plupart des chantiers de cette ampleur se finance

avec l’argent des banques. Evidemment, une nouvelle fois, des critiques sont

nées : le moment est-il bien choisi pour s’endetter, à l’heure de l’évolution

négative des paris hippiques ? Mais paradoxalement, la perspective d’un prêt a

plutôt fait remonter la côte du Nouveau Longchamp. En effet, ceux qui étaient

contre parce que l’argent venait du Qatar… sont maintenant pour, si l’argent

vient des banques. Le nouveau schéma financier pourrait donc aider le projet à

voir le jour.

ET

L’ETAT DANS TOUT CELA ?

Reste la

position de l’État. Là encore, on a lu et entendu beaucoup. La seule certitude,

c’est que la Tutelle a récemment mis la pression sur les sociétés-mères pour

qu’elles restent vigilantes sur leurs comptes. À cette lumière, une utilisation

des réserves (additionnée à un emprunt bancaire) pourrait ne pas être du goût

des pouvoirs publics… à moins que certains arguments ne les convainquent que

c’est leur intérêt, principalement si le Nouveau Longchamp est de nature à relancer

les paris hippiques, par son attractivité propre, à plus ou moins courte

échéance.

OUI AU

NOUVEAU LONGCHAMP, MAIS QUEL NOUVEAU LONGCHAMP ?

Ma

position personnelle, que j’ai déjà eu l’occasion d’exposer plusieurs fois dans

JDG, est que nous sommes dans l’obligation de construire le Nouveau Longchamp.

A l’occasion, il ne faudra pas non plus oublier de re´nover Auteuil, le temple

de l’obstacle me´ritant un bon ripolinage, même si le décor très 1970 pourrait

prétendre intégrer l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques, pour

son ambiance "disco". Ah ! Quel charme ont les alcôves ovales des

balances et la moquette délicieusement acidulée des murs…Notre réserve

concernant Longchamp tient plutôt au projet lui-même, qui souffre selon nous de

trois défauts. D’une part, il n’a quasiment pas été partagé, ce qui est un

frein pour soulever l’enthousiasme général et frustre, agace, déçoit nombre de

socioprofessionnels qui aimeraient pouvoir juger par eux-mêmes. D’autre part,

si l’on se fie à la vidéo que nous avons vue, il nous semble qu’il pourrait

être plus beau, plus spectaculaire, plus avant-gardiste – du moins s’il espère

ne pas être déjà old fashion quand les travaux seront terminés.  Enfin, il lui faut absolument s’ouvrir à

d’autres fonctions, à la fois pour gagner en rentabilité et pour devenir une

vitrine qui ratisse au-delà des seuls amoureux des courses. On sait que le

sujet n’est pas facile, car la Mairie de Paris encadre très strictement

l’activité économique au sein du Bois de Boulogne. Mais qu’est-ce qui nous

empêche, par exemple, de créer un espace polyvalent autour du cheval, avec une

ferme équestre pédagogique pour les enfants des écoles parisiennes, un musée

des courses et du cheval, un palais des congrès pour accueillir des séminaires vétérinaires,

un poney-club, un terrain de polo et un terrain de concours au centre de la

piste, etc. ? Si le lieu est utilisé en permanence et par tout le monde, aucun

élu n’osera contester sa légitimité. Ces trois remarques sont, à notre avis,

des conditions sine qua non si nous voulons que Longchamp ait du succès à la

fois dans le grand public (conquête de nouvelle clientèle) et auprès des

décideurs (convaincre les élus de Paris). Le reste, même l’emprunt bancaire,

n’est que littérature si le projet est à la fois beau et ouvert sur le reste de

la société civile.