Une rencontre qui alimente les debats

Autres informations / 20.08.2015

Une rencontre qui alimente les debats

Quelques heures après le Syndicat des éleveurs, mercredi, c’était au tour de celui des propriétaires d’organiser un grand rassemblement de ses adhérents. À une nuance près : les "proprios" se sont réunis dans le cadre de leur Assemblée générale annuelle. Les débats ont été nourris et ont permis de faire un point sur toutes les questions d’actualité, du "Nouveau Longchamp" au projet de diminution du nombre de courses P.M.H. Sur l’hippodrome de Clairefontaine, devant un parterre nombreux – les derniers entrants ont peiné à trouver leur place –, le président du syndicat et maître de cérémonie, Patrick Fellous, a prévenu: « À trois mois des élections de France Galop, il est important que nous puissions, tous ensemble, débattre et échanger sur les principaux sujets qui vont animer notre campagne. Pour cette Assemblée générale, nous avons décidé d’innover et de vous proposer un mode participatif, différent des années précédentes. Le débat doit être partagé par tous, et pas seulement par ceux qui sont aujourd’hui sur l’estrade. À chaque thématique que nous aborderons, nous ferons le point avec vous tous, et nous répondrons à vos questions. » Novation formelle de cette rencontre, le débat permanent a été assuré et encadré par Emmanuel Roussel, dans un rôle de modérateur que l’ancien rédacteur en chef d’Equidia a parfaitement su endosser. La structure spécifique du syndicat national, qui coiffe les syndicats régionaux, revendique aujourd’hui 2.000 adhérents. Patrick Fellous a tenu à présenter chacun des six présidents régionaux, tous présents en l’occasion : Hervé Chamarty (vice-président national et président du Sud-Ouest,) Gérard Nicol  (Ouest), Annie Michel (Île-de-France-Nord-Haute-Normandie), Serge Tardy (Sud-Est), Thierry Ravier (Centre-Est) et Jacques Montoya (Est). Par ailleurs, la présence à la tribune de Loïc Malivet, vice-président de France Galop et président du Syndicat des éleveurs, a donné à entendre les voix de France Galop et des éleveurs sur certains sujets brûlants. Dans le volet financier, le trésorier, Paul Naïm, a évoqué son souhait d’étudier le possible assujettissement du syndicat à la T.V.A., « même si certains veulent rester hors des contraintes administratives liées à cette option. »

LA RÉDUCTION DU NOMBRE DE COURSES P.M.H.

Lancés par Hervé Chamarty, les échanges sur le projet de réduction du nombre des courses P.M.H., à l’étude par France Galop, ont cristallisé de nombreuses critiques. Pour Hervé Chamarty, « présent pour transmettre un billet de mauvaise humeur de la province, il n’y a pas de routes et de chemins tracés. » Le représentant du Sud-Ouest a fait remarquer que France Galop a continué à développer une politique d’augmentation de l’offre de courses depuis 2004, alors même que le nombre de partants par épreuve diminuait. France Galop a dans le même temps « réduit l’attractivité des courses provinciales pour le développement des courses parisiennes. Il faut arrêter de continuer à détruire le joyau français [le programme, ndlr]. Dans le Sud-Ouest, nous n’avons pratiquement plus de dimanches de galop. La conquête de nouveaux propriétaires passe par la conservation de ceux qui sont en place. » Même teneur dans les propos de Jean-Claude Seroul : « Le déclin du nombre de nos courses sonnerait le déclin des courses françaises. » En contrepoint, Loïc Malivet a rappelé pour France Galop que la réduction viserait des courses et des réunions ciblées pour leur faible nombre de partants et déficitaires pour la filière. Soulignant également la réduction du nombre de naissances, tant chez les pur-sang que chez les AQPS, il a dit « préférer accepter de baisser à la marge le nombre annuel de courses de 350 unités, sur les 7.000 du programme. »

LA GOUVERNANCE DE FRANCE GALOP

Patrick Fellous a introduit de la sorte le deuxième grand sujet de débat et d’actualité : le mode de gouvernance de France Galop : « À mon avis, il nous faut une vision, un programme, et pour ça, une équipe expérimentée, solidaire mais surtout novatrice. Le pouvoir ne peut plus, ne doit plus, être exercé seul. On a vu les limites de cette politique ces dernières années sur de nombreux dossiers. On a toujours l’impression d’être en marge des décisions. Cela concerne notamment les dossiers :

• de Longchamp et son instruction avec les Qataris,

• nos relations avec les pouvoirs publics, qui se sont détériorées rapidement, en témoigne le courrier secret qui a été adressé à la présidence,

• nos relations avec le Trot et le sujet brûlant de la parité trot/galop,

• l’absence de concertation dans la mise en place des nouveaux statuts de France Galop… »

Sollicité sur son vécu personnel au sein de France Galop, Loïc Malivet a rappelé que toutes les associations avaient été consultées dans le cadre de la modification de statut de France Galop. Ex-président du Syndicat des propriétaires, Philippe Bouchara a précisé pour sa part, qu’avec Loïc Malivet (en position d’éleveur), il avait proposé la refonte de la carte des régions pour revoir à la baisse les Comités et Conseils régionaux. En vain, sachant que LeTrot reste conservateur en la matière et défend le schéma actuel. En termes de composition du Comité, il a également été rappelé que l’État laisse peu de marge de manoeuvre, imposant par exemple un nombre de membres compris entre 50 et 60. Idem quant à la représentation des différentes qualités des représentants. Pour certains, comme Jean-Claude Seroul, les problèmes de gouvernance ne sont pas liés à un problème de représentativité de tel ou tel corps socioprofessionnel. « J’ai été vingt-huit ans élu à France Galop et je constate que le problème de gouvernance n’existait pas à l’époque "Lagardère". Idem à l’époque de Marcel Boussac. Ce sont les hommes qui sont déterminants dans un processus de gouvernance. » Pour Athanase Poulopoulos, vice président d’Île-de-France-Nord-Haute-Normandie, « le monde évolue ; tout évolue sauf France Galop ! Il faut changer le système et le code électoral de France Galop pour plus de représentation des propriétaires et des éleveurs dans les instances de décision. »

LE NOUVEAU LONGCHAMP

À l’image des échanges développés quelques heures tôt par les éleveurs, le projet du Nouveau Longchamp a été un des temps forts de la soirée. Patrick Fellous a tenu à rappeler la position du syndicat sur ce sujet. « Notre syndicat a voté contre le projet au Conseil d’administration et votera encore contre lors de la prochaine consultation. » Plus en nuance, le vice-président Hervé Chamarty a tenu à ajouter :  « Nous ne sommes pas contre le projet de Longchamp mais contre le projet tel qu’il est aujourd’hui. » La question du financement et des différentes options ouvertes a donné lieu à de vifs débats que certains auraient pu taxer de "virils mais corrects" : alternative principale entre la participation des Qataris au financement – devenue de plus en plus aléatoire au regard de leur absence de manifestation récente sur le sujet – et la sollicitation d’un prêt bancaire de 40 ou 50 M€. Toujours est-il que les représentants de France Galop, Loïc Malivet et Thierry Delègue, ont été sollicités pour préciser les modalités de financement du projet. Estimé à 138 M€, dans sa fourchette haute, et 127 dans sa version de base, le dossier s’appuie par ailleurs sur une réserve immédiatement disponible de 73,5 M€. Celle-ci inclut les 14 M€ perçus l’an dernier par la vente de l’ancien hippodrome d’Évry. Sollicités par Michel Henoschberg, qui a tenu à faire un rappel d’un récent courrier des ministères de tutelles à France Galop, dans lequel le financement du Qatar apparaît comme un préalable à l’acceptation du projet, Loïc Malivet et Thierry Delègue ont tenu à préciser que les lignes avaient bougé depuis l’envoi de ce courrier, au premier semestre. Thierry Delègue : « Sur le fond, les ministères de tutelle étudient de manière précise une solution alternative au cofinancement par le Qatar du projet. Un prêt de l’ordre de 50 M€ est possible mais le recours à l’emprunt n’est pas obligatoire. On peut passer ce montant en autofinancement. Cela impacterait les réserves de France Galop mais ne les mettrait pas en péril. Sachez que les échanges avec les autorités de tutelle sont permanents sur ce sujet et sur d’autres. »

LE VOTE DES ELEVEURS GARANTIT L’ACCEPTION DU PROJET ACTUEL

Loïc Malivet, dans sa position de président du Syndicat des éleveurs, a informé l’auditoire que son association allait voter pour le projet présenté par France Galop. « La décision a été prise à la quasi unanimité (35 votants, 33 pour, 2 abstentions). Quant à la sous-question d’un financement excluant le Qatar, il y a eu unanimité (35 votants, 35 pour). » Cette annonce a conduit Patrick Fellous à expliquer : « Le Nouveau Longchamp sera donc voté lundi prochain (24 août) à la lumière de la décision des éleveurs. »

LA GESTION ET LES SERVICES DE FRANCE GALOP

Autre sujet sensible, les mesures d’économies réclamées par les tutelles aux sociétés mères et notamment à France Galop. Patrick Fellous a reconnu que « des choses ont été faites. Les dossiers ARS (retraites spéciales) et P.M.H. sont réglés ou en passe de l’être. Mais il faut surtout que les allocations ne servent jamais de variables d’ajustement dans les recherches d’économies à venir. Nous considérons qu’elles doivent augmenter d’au moins 1,5 % par an. Ce qui est sûr, c’est que les économies ne suffiront pas. Il faudrait aussi plus s’intéresser à l’augmentation des revenus issus des jeux. Nous pensons qu’il faut produire de nouvelles recettes car on ne peut pas rester à attendre le retour de la croissance. »Sur ce dernier point, Loïc Malivet a communiqué les derniers chiffres du PMU. « Au 31 juillet, le PMU est à - 2,5 %. Il s’est engagé à reverser aux sociétés mères ce qui était initialement prévu dans nos budgets. »

LES PROPRIETAIRES ET LE MARKETING DES COURSES

L’accueil des propriétaires par France Galop n’est pas à lav hauteur. Voilà en substance les messages passés par plusieurs adhérents du syndicat. Pour Francis Teboul, « regardez ce qui se passe en Grande-Bretagne. J’ai eu la chance d’y avoir un partant et l’accueil qu’on nous a réservé était extraordinaire. Rien à voir avec ce qui existe en France. » À ce sujet, Patrick Fellous propose que France Galop apprenne des hippodromes de province, de l’ouest de la France en particulier. Le grand projet actuel baptisé "marketing commun des courses", qui réunit tous les acteurs de la filière hippique, au premier rang de laquelle se trouvent France Galop et Le-Trot, est « un travail très important qui doit permettre de remettre les courses à la mode. C’est le grand projet de modernisation des courses », a expliqué Philippe Bouchara en fin de réunion. Lui-même y participe au nom de France Galop.

LES FONDAMENTAUX DE CAMPAGNE DU SYNDICAT

En conclusion, Patrick Fellous a tenu à rappeler l’importance des élections socioprofessionnelles de fin d’année. Soulignant que le Syndicat des Propriétaires « proposera, durant cette campagne, une vision, à savoir la reconquête du grand public. Notre projet sera construit sur deux piliers : le retour du galop dans les médias nationaux et un programme conçu pour garantir la recette. »

LES SERVICES DU SYNDICAT RENFORCES PAR UN NOUVEAU PRODUIT D’ASSURANCE

C’est Sophie Marest, directrice de la structure, qui a rappelé les services d’aide et de conseil proposés par le syndicat à ses adhérents. « La couverture responsabilité civile sans équivalent » mise en place par l’association a encore été renforcée en 2015. Outre le développement de nouvelles rubriques sur le site internet du syndicat, le lancement d’un nouveau service d’assurance a été annoncé. Proposé par Pegase Insurance (Géraldine Richshoffer), ce produit permet à ses souscripteurs de bénéficier d’un capital maximum de 5.000 euros à des fins d’interventions chirurgicales de chaque cheval assuré – en cas de mise en jeu de sa vie.

LES COURSES ETRANGERES SONT RENTABLES

Interpellé sur l’intérêt de prendre des paris sur des courses et programmes étrangers, Éric Brion, directeur d’Equidia, a rappelé que « ces courses sont rentables pour la filière française des courses. Quant à leur présence aux programmes, Equidia n’a pas le choix. Ces courses sont imposées par les sociétés mères et l’Arjel. »

LA BAISSE DES ENJEUX PREOCCUPE

À plusieurs occasions au cours des débats, la baisse des enjeux a été pointée du doigt comme un facteur inquiétant, voire catastrophique. Pour Francis Teboul, propriétaire et joueur, « qui a envie de jouer aujourd’hui ? Plus personne. Il y a trop de jeux par course et les masses sont trop réparties. Du coup, le parieur en a marre d’avoir des espérances de gains ridicules. » Pour Jean-Claude Seroul, propriétaire et acteur majeur de la presse hippique, « le problème n°1, c’est la baisse des enjeux et la disparition des joueurs. On avait tout et on a beaucoup perdu. À quel endroit n’a-t-on pas pris le bon chemin ? Avant, avec le gain d’un Tiercé dans l’ordre, on changeait de voiture. Aujourd’hui, on a du mal à payer un restaurant à sa compagne ! Si les gens ne peuvent plus voir les courses et les chevaux qu’ils jouent, ils ne jouent plus. »