à la plume, guillaume macaire !

Autres informations / 07.09.2015

à la plume, guillaume macaire !

À LA PLUME, GUILLAUME MACAIRE !

On connaissait Guillaume Macaire entraîneur... Guillaume Macaire peintre... Voici Guillaume  Macaire écrivain. Il nous vient avec un premier vrai roman (il faut parler de "premier" roman car le texte paru dans un quotidien hippique en octobre 2014 n'était qu'un canter) : À la plume Sergent Major... ou à la mine de plomb. Entre polar et livre d'histoire, l'ouvrage nous faire revivre les courses avant et pendant la guerre de 1914-1918. Sacha Guitry disait que le talent, au théâtre, est au rendez-vous lorsqu'une pièce réussit à la fois à distraire et à enseigner. Après avoir terminé le livre de Guillaume Macaire, on ressent quelque chose de cet ordre. À la plume Sergent Major... ou à la mine de plomb se lit d'une traite ; on est captivé, page après page, et l'on apprend beaucoup, car ce livre nous fait revivre à merveille les courses de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle.

L'histoire est double. D'une part, en 1976, un homme est amené à vider la maison familiale une grande villa de Chantilly suite au décès de son père. Bien cachées dans le grenier, il découvre de vieilles malles, dont l'une contient les carnets écrits par son grand-père, Anthony Carratt, avant et pendant la Première guerre mondiale. Carnets écrits à la plume Sergent Major ou à la mine de plomb, d'où le titre du livre. D'autre part, et c'est l'objet de ces fameux carnets, on suit les pérégrinations d'Anthony Carratt entre les années 1890 et 1918. L'homme est le fils d'un de ces jockeys et entraîneurs anglais qui se sont implantés en nombre à Chantilly au cours du XIXe siècle. Il a côtoyé les plus grands, en plat et en obstacle, ce qui nous permet de croiser les noms bien connus de Percy Woodland, Alec Carter, Georges Parfrement et consorts... Ainsi, sur l'inénarrable George Stern : " Il venait d'arriver à Ostende avec quelques copains et faisait un raid dans toutes les chambres de l'hôtel, bousculant tout et tout le monde, ouvrant des portes dont plusieurs se refermèrent, muettes pendant quelques minutes, faisant un potin d'enfer, provoquant les cris affolés des occupantes qui ne le recevaient pas et d'Anglais qui trouvaient ça shocking. Cela devait durer toute la nuit, jusqu'à l'aurore. Et dans l'après-midi, il devait monter le Critérium pour Edmond Blanc ! Dans quel état allait-il sortir du bain turc ? Quel serait le sort de ce favori malchanceux ? Avec quelle tête et quelles mains allait-il le piloter ? Il gagna confortablement... Jamais cavalier n'avait monté meilleure course sur un deux ans ! D'ailleurs, sur les jeunes chevaux, il faisait merveille. Ostende était le terrain de ses noubas les plus brillantes. Un soir qu'il se trouvait à Bruges-la-Morte avec ses amis, il finit la soirée juché sur les épaules d'un bon garde-ville. Il le mit à la cravache autour de la statue de Breydel et Deconinck et le policier criait de toutes ses forces : "Allons, allons, Monsieur Georges, vous allez un peu trop fort cette fois !" "

Pigeons volants et pigeons volés

Le principe de mise en abîme entre 1976 et 1890 offre aussi à Guillaume Macaire l'occasion de descriptions détaillées des métiers d'écurie il y a un siècle, lesquels évoquent plus le servage médiéval que l'actuelle Afasec ! Et c'est là tout le miel du livre, pour qui aime les courses, d'autant que l'auteur a rassemblé un certain nombre de cartes postales d'époque qui viennent encore ajouter au plaisir de la lecture. On retrouve des lieux (l'hippodrome de Colombes " où l'on plume les pigeons "), des pratiques (les pigeons voyageurs cette fois ! chargés de diffuser le résultat des courses) et des anecdotes oubliées (pour la victoire de Nuage dans le Grand Prix de Paris 1910, George Cunnington fit rôtir un bœuf entier... photo à l'appui).

On ne vous dit pas comment le passé du grand-père va changer la vie du petit-fils, afin de ne pas gâcher votre lecture, mais l'affaire est bien ficelée.