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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

à la rencontre de mohammed al nujaifi

Autres informations / 18.09.2015

à la rencontre de mohammed al nujaifi

À LA RENCONTRE DE MOHAMMED AL NUJAIFI

Mohammed Al Nujaifi est un propriétaire-éleveur très connu dans l'univers des courses de pur-sang arabes. Ses représentants s'imposent régulièrement en France et en Europe. Récemment, pendant le Meeting international d'Istanbul, ses élèves ont décroché la victoire dans l'International Malazgirt Trophy (Gr1 PA) et la deuxième place de l'International IFAHR Trophy (Gr2 PA). Lors des dernières ventes Osarus, ce propriétaire d'origine iraquienne a pour la première fois acheté un pur-sang anglais, le lot 120, qui fut l'une des plus belles enchères de la session.

Jour de Galop. Lors de l'édition 2015 des ventes de yearling de l'agence Osarus, à La Teste-de-Buch, vous avez acheté une très belle pouliche pur-sang anglais. Est-ce votre premier achat dans cette race ? Quel est votre objectif ?

Mohammed al Nujaifi. Cette pouliche est le premier pur-sang anglais que j'achète. Cette acquisition a été faite sous l'impulsion de Zaid, mon fils. Il essaye petit à petit de m'inciter à m'impliquer dans les courses de pur-sang anglais. C'est une chose que je n'avais jusqu'alors pas tentée, car je ne pensais pas pouvoir être compétitif face aux grands éleveurs et propriétaires de cette race. Mais cet achat est un essai et nous verrons bien le résultat. J'ai confiance en Zaid et en Damien de Watrigant. Ils sont capables de détecter une bonne pouliche. J'espère que cela va fonctionner. Si tel est le cas, cela devrait m'encourager à m'impliquer de manière plus approfondie dans le pur-sang anglais. Néanmoins, ma passion reste avant tout l'élevage et les courses de pur-sang arabes. Jusqu'à présent, je ne pensais pas investir dans le pur-sang anglais.

Cette année, vous présentez plusieurs lots aux ventes de pur-sang arabes de l'agence arqana. Quel est votre objectif ?

Nous vendons ces chevaux, car c'est un business, et il faut parfois savoir apporter du capital. Nous proposons plusieurs de nos meilleurs poulains à la vente. Le lot 18, par Burning Sand, est un frère de Ghazwa, laquelle a gagné le French Arabian Breeders' Challenge Sprint (Gr3 PA) et s'est classée troisième des H.H. Sheikh Zayed Bin Sultan Al Nahyan Cup et Za'Abeel Int'l Stakes (Grs1 PA). Le lot 68, par Majd Al Arab, est une sœur de Hurra. Cette dernière s'est classée proche deuxième de l'International IFAHR Trophy (Gr2 PA), face à des chevaux de classe, et troisième de The Hatta International Stakes (Gr1 PA).

Pourquoi avez-vous choisi d'élever et de faire courir une partie de votre effectif en France ? en tant qu'expert reconnu pour les questions relatives au cheval arabe, quel est votre sentiment au sujet de ce pays ?

Comme nous le savons tous, la France a les meilleurs chevaux arabes pour la course. En faisant courir dans ce pays, je voulais prouver la qualité des lignées iraquiennes et de mon programme d'élevage. Mes chevaux gagnaient beaucoup en Iraq et ils méritaient de se mesurer aux chevaux français. J'ai donc choisi la France pour entrer en compétition avec les meilleurs. Ce fut un pari réussi, car mes élèves ont remporté des épreuves importantes en France et dans le reste de l'Europe.

Comment avez-vous commencé à travailler avec damien de Watrigant ?

Il m'a été recommandé par Val Bunting, qui avait été cliente chez lui et son père. Val Bunting m'avait expliqué que mes chevaux bénéficieraient chez eux des meilleurs soins et de la tranquillité d'un établissement d'entraînement privé où le bien-être du cheval est une priorité. Elle m'a fait visiter ses écuries et j'ai été convaincu par ce que j'ai vu là-bas. Mes chevaux y sont heureux et Damien de Watrigant ne pousse jamais un jeune cheval au-delà de ses capacités. Il accorde à chacun le temps nécessaire. C'est très important pour moi.

Quel est le rôle de Val Bunting dans votre organisation ?

J'ai rencontré Val Bunting il y a environ vingt ans, dans un meeting de la WAHO. Elle était alors la Directrice générale d'Umm Qarn. Elle a acheté des chevaux pour moi dans les premières années des ventes de pur-sang arabe [actuellement Arqana, Goffs à l'époque, Ndlr] en France, mais également aux ventes de Tersk, qui étaient organisées en Hollande. Nous discutons ensemble des plans de croisement et de l'orientation des chevaux vers les différents pays et entraîneurs avec lesquels nous travaillons. Nous discutons également des chevaux à vendre et à conserver. Très souvent nous sommes d'accord, mais ce n'est pas systématique ! Au final, nous finissons toujours par trouver un

terrain d'entente.

Pourriez-vous nous présenter les meilleurs produits de votre élevage ?

J'ai élevé plusieurs lauréats de Groupes en Europe, dont Hilal al Zaman (Mencour), Gharra'a (Matador), Ghazwa (Zawam), Hurra (Asad Saif) mais également Fareedha (Dhahman Baghdad), labwah (Asad Saif) et al Haail (Elios de Carrère). Mes représentants sont entraînés en France, aux Pays-Bas et en Suède, en fonction de leurs capacités et de ce qui leur convient le mieux. En Iraq, mon meilleur cheval fut Izz al Khail (Matador), un multiple lauréat de Groupe, qui a aussi gagné en France.

À quelle époque la famille Al Nujaifi a-t-elle commencé à élever des chevaux ?

L'Iraq fut le centre d'un empire arabe pendant plus de deux fois six siècles, soit près de mille quatre cents ans. La famille Al Nujaifi a migré d'Arabie en Iraq en 1638 avec ses chevaux. Les chevaux arabes iraquiens ont toujours été élevés selon des objectifs de vitesse, modèle, tenue et endurance. Cette sélection avait un objectif militaire. Les chevaux de la famille Al Nujaifi ont toujours été élevés selon ces objectifs. Au dix-huitième siècle, nous avons commencé à envoyer des chevaux pour courir dans les Indes britanniques. Depuis cette époque, nos chevaux sont avant tout sélectionnés pour la course.

Qu'est-ce qui différencie les lignées iraquiennes ? Que peuvent-elles apporter à l'élevage français ?

Les chevaux iraquiens ont été façonnés par une longue tradition de sélection par les courses, un peu comme les chevaux russes et français. En Iraq, les chevaux sont très durs. Ils ont de très bonnes jambes et une bonne tête qui permet de bien appréhender le stress de la compétition. Les chevaux iraquiens sont principalement élevés pour la vitesse, mais l'introduction de sang russe dans mon élevage m'a permis de gagner en tenue. Par exemple Gharra'a était très à l'aise sur deux mille mètres et plus. L'apport de sang neuf, en croisement avec les lignées françaises, est très efficace. Il apporte de la "vigueur hybride".

Quand les courses hippiques ont-elles commencé en Iraq ? Sont-elles toujours actives ?

Lorsque les Britanniques ont conquis l'Iraq en 1919, ils ont construit quatre champs de courses, dont un à Bagdad. L'activité hippique a commencé en 1920. Avant cette date, les Iraquiens élevaient déjà des chevaux de course et ils les envoyaient courir en Inde. À cette époque, l'Iraq était le centre du monde arabe. Des chevaux de toute la région, que l'on souhaitait faire participer à des courses, affluaient dans le pays.

Les Britanniques avaient installé une administration, sous la direction du Major Chedwick, laquelle examinait tous les chevaux avant d'éventuellement leur accorder un passeport et un certificat sanitaire leur permettant d'être exportés ou de courir en Iraq. Les courses sont toujours d'actualité en Iraq. On court deux fois par semaine. Les chevaux élevés en Iraq le sont uniquement pour la course. Il n'y a pas d'autres utilisations que les courses de plat. Personnellement, je n'élève qu'en France et en Iraq.

En tant qu'éleveur, qu'a représenté la victoire de Ghazwa pour vous ?

Ghazwa est née en France où elle a été importée in utero. Les victoires de cette pouliche représentent la prochaine génération de mon programme d'élevage.

Vos chevaux sont toujours très performants sur la piste d'istanbul. Comment peut-on expliquer de telles performances ?

Il s'agit d'une piste rapide où l'on court avec du rythme. La plupart de mes chevaux sont élevés pour cela. Ils ont une bonne capacité d'adaptation et voyagent bien. Le climat turc ne leur pose pas de problème, car ils sont entraînés dans le Sud-Ouest de la France, où les températures sont voisines à cette époque de l'année. Par ailleurs, c'est avec cet objectif en tête qu'ils sont préparés tout au long de l'année. Il est très coûteux d'envoyer des chevaux courir en Turquie. Il faut donc se déplacer avec des sujets ayant une première chance pour la victoire.