Bernard sécly, : la disparition d'un faiseur de légendes

Autres informations / 14.09.2015

Bernard sécly, : la disparition d'un faiseur de légendes

BERNARD SÉCLY, : LA DISPARITION D'UN FAISEUR DE LÉGENDES

Samedi soir, Bernard Sécly nous a quittés à l'âge de 84 ans. Ce "monstre sacré" de l'obstacle a trusté les titres pendant trois décennies, à partir de la fin des années 1970. Portrait d'une personnalité hors norme du galop. Le mot "légende" est souvent galvaudé, notamment dans les courses. Mais lorsque l'on parle de Bernard Sécly (5 mai 1931 12 septembre 2015), il est parfaitement approprié. L'entraîneur le plus titré de l'obstacle français des temps modernes est le recordman de victoires dans le Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1) avec six succès. Idem pour le Prix La Haye Jousselin (Gr1) avec neuf victoires. Il restera à jamais associé à deux cracks, al  Capone  ii, sept  fois lauréat du Prix La Haye Jousselin, et Katko, triple vainqueur du "Grand Steeple". Mais il n'était pas seulement doué avec les sauteurs, avec lesquels il a décroché 37 Grs1, puisqu'il a aussi enlevé cinq Grs1 en plat.

D'Okhuysen et Gainsbourg, les deux formateurs du maître cantilien

Avant de devenir entraîneur à Lamorlaye en 1959, Bernard Sécly a appris son métier chez deux entraîneurs, comme il nous l'avait expliqué avant le Grand Steeple 2012 : " J'ai débuté mon apprentissage chez messieurs d'Okhuysen et Gainsbourg notamment. J'étais là, je regardais bien ce qu'ils faisaient car on ne disait pas grand-chose. J'observais beaucoup. "

Le premier Grand steeple, le plus marquant

Moins de vingt ans après son installation, Bernard Sécly remporte son premier Grand Steeple en 1978, avec Mon Filleul. Une première dont il se souvenait encore en 2012 : " C'est très difficile de dire laquelle de mes victoires dans le Grand Steeple m'a le plus marqué. La première victoire avec Mon Filleul, en 1978, est celle dont je me souviens le mieux. Parce que c'est la première. "

La préparation au Grand steeple selon Bernard Sécly

Recordman des succès dans le Grand Steeple, avec six réalisations, Bernard Sécly nous avait expliqué comment il voyait la préparation en vue de cette grande compétition : " Je n'ai pas de secrets. Il n'y a pas de vraies méthodes. On adapte sa façon de travailler au cheval que l'on a. Chaque pensionnaire réclame une préparation différente mais il faut beaucoup de travail pour préparer un cheval de Grand Steeple. Ce qu'il faut, en vue de cet événement, c'est arriver en progression sur la course, pour que le cheval montre sa forme le jour J . "

Katko vs al Capone II

Les deux chevaux les plus marquants entraînés par Bernard Sécly ont été Katko (Carmarthen) et al Capone ii (Italic). Le premier était un grand alezan, dégingandé, qui était intouchable l'été. Il adorait le bon terrain et partait devant en usant au train ses rivaux. C'est ainsi qu'il a enlevé trois Grands Steeple. " J'ai jamais connu aucun cheval qui valait Katko ", a toujours dit Bernard Sécly.

Il nous avait raconté au sujet de son entraînement : " C'était simple de l'entraîner. C'était un tel sauteur ! Il avait une aptitude au saut extraordinaire, une fluidité exceptionnelle, il sautait pour s'amuser. Avec Katko, il fallait surtout préserver sa santé car il était fragile. Il faisait des travaux réguliers, tout en en veillant à ce qu'il soit toujours gai. On ne forçait jamais avec lui. " Quelques années plus tard, Bernard Sécly a eu dans ses boxes un autre crack, Al Capone II. Cet AQPS est l'antithèse de Katko. Il est petit, épais et préfère l'automne et le terrain lourd qui va avec. C'est ainsi qu'il remporte sept Prix La Haye Jousselin, mais aussi un Grand Steeple. " Al Capone avait plus de santé que Katko. Il devait plus travailler que son aîné qui venait naturellement en forme. Bien souvent, Al Capone ne courait que six épreuves par an, trois au printemps, trois à l'automne. Généralement, on le présentait sur les haies pour le remettre en route. Puis, il effectuait une sortie en steeple, où il avait besoin de progresser, avant la course visée. "

Une grande réussite aussi en plat

Quand on pense à Bernard Sécly, on pense à l'obstacle, mais il a également connu une belle

réussite en plat. En effet, dans cette discipline, il a sellé Frère Basile (Prix Ganay 1979, deuxième du Prix du Jockey Club 1978 et quatrième du Prix de l'Arc de Triomphe la même année), Valiant Heart (Grand Prix de Paris 1980), Rahotep (Prix du Conseil de Paris 1981), Denel (Prix Royal Oak 1982), passing sale (Grand Prix du Jockey Club italien 1991, Prix du Conseil de Paris 1990), et Waki river (Critérium de Saint-Cloud 1987). Sur le sujet du plat, il nous avait précisé : " J'ai eu beaucoup de satisfactions dans cette discipline dans les années 1980, grâce à des écuries et des élevages de qualité. J'entraînais alors pour des gens importants mais je me suis rendu compte que c'était très politique et que je n'aurais jamais un grand propriétaire fidèle. J'ai tout de même gagné cinq Grs 1 en plat. J'ai fait le jumelé dans le Grand Prix de Paris et le Prix Royal Oak. J'ai remporté aussi le Jockey Club italien, le Critérium de Saint-Cloud et le Prix Ganay. Ensuite, j'ai enlevé pas mal de Groupes. Malgré cela, je ne me sentais pas parti pour atteindre les sommets en plat. Étant donné que je connaissais très bien l'obstacle, discipline dans laquelle j'avais eu quelques pensionnaires, je me suis lancé dans ce sport. Mais en n'ayant jamais plus de vingt chevaux d'obstacle à l'entraînement sur la cinquantaine de chevaux que j'entraînais. "

La différence de préparation entre un galopeur et un sauteur

Bernard Sécly était donc un entraîneur polyvalent, avec des représentants qui évoluaient à la fois en plat et en obstacle. Il nous avait livré son avis très autorisé sur la complémentarité qui existe dans la préparation de ses représentants de plat et ses sauteurs : " En plat, toute la difficulté réside dans le fait d'avoir un cheval en forme et cela nécessite beaucoup de travail. En obstacle, le travail est le même de ce point de vue. Mais il faut aussi travailler le dressage sur l'obstacle, repérer l'aptitude. Ce n'est pas un hasard si de grands noms du plat sont passés par l'obstacle, comme François Mathet, Aidan O'Brien ou encore William Head. " On peut ajouter à cette liste André Fabre et Jean-Claude Rouget.

L'arrêt de sa carrière

Bernard Sécly a arrêté d'entraîner en 2010, à l'âge de 79 ans. Deux ans plus tard, il nous avait expliqué, presque à regret : " J'ai arrêté le métier car je n'avais alors presque plus de chevaux. "

Auteuil, une forme de perfection

C'est à Auteuil que Bernard Sécly a obtenu ses plus grandes victoires, avec trente-sept succès de Gr1. Sur le temple de l'obstacle français, l'ex-entraîneur ne tarissait pas d'éloges.

" Je crois qu'il ne faut rien changer sur la butte Mortemart. Auteuil est un hippodrome qui est proche de la perfection. Il demande des efforts aux chevaux mais des efforts qui sont réalisables. On ne va pas au "casse-pipe" à Auteuil comme à Aintree, dans le Grand National de Liverpool. Il peut arriver par exemple qu'aucun cheval ne tombe lors d'un Grand Steeple. Le boulot est faisable pour les chevaux et les jockeys. "