Bernard sécly, la disparition d'un faiseur de légendes

Autres informations / 15.09.2015

Bernard sécly, la disparition d'un faiseur de légendes

BERNARD SÉCLY, LA DISPARITION D'UN FAISEUR DE LÉGENDES

Samedi soir, Bernard Sécly nous a quittés à l'âge de 84 ans. Ce "monstre sacré" de l'obstacle a trusté les titres pendant trois décennies, à partir de la fin des années 1970. Suite et fin de notre hommage.

L'empreinte "Sécly"

Bernard Sécly a laissé une trace indélébile dans l'histoire des courses. Grâce à son palmarès, mais aussi grâce aux professionnels qu'il a formés et qui sont passés par son écurie. En 2012, il nous avait expliqué : " Ma grande joie est de ne pas avoir travaillé que pour moi. J'ai mis le pied à l'étrier à beaucoup de professionnels qui ont occupé des postes importants dans des écuries. Je suis très fier de ça. Quand j'ai commencé dans les années 1960, j'ai gagné beaucoup de courses grâce aux apprentis que j'avais et qui étaient les meilleurs de l'époque. D'ailleurs, je serais incapable de dire avec précision le nombre de jockeys qui ont été mes apprentis. Guy Guignard est passé par mon écurie, tout comme, en obstacle, Jean-Yves Beaurain. Ce dernier est arrivé chez moi à 14 ans. Il y est resté jusqu'à la fin. C'était un jockey qui avait une science du train exceptionnelle en obstacle. Il savait parfaitement où il se trouvait. Il était aussi très attachant car il était honnête et droit. Élie Lellouche a été également mon apprenti. Il a monté beaucoup de gagnants pour moi avant de s'installer entraîneur. Mais je n'ai, en revanche, jamais eu d'assistant. Je prenais des garçons pour leur apprendre le métier de jockey. " Simple et discret, le grand professionnel de l'obstacle avait ponctué notre entretien de 2012 par cette conclusion, toute en modestie : " Ce que je retiendrai de ma longue période d'entraîneur ? Beaucoup de satisfactions. "

LES TÉMOIGNAGES

Bertrand Bélinguier, président de France Galop

" Je tiens à rendre hommage à la fois à l'homme et au professionnel. Comme homme, je garde en mémoire quelqu'un de très simple dans ses relations avec les autres. Quelqu'un de très ouvert et d'agréable compagnie. Il développait aussi une forme de philosophie empreinte de sagesse et de retenue. Pour lui, même quand les résultats n'étaient pas au rendezvous, ce n'était pas un drame. Sa simplicité m'a toujours marqué, même encore récemment, et notamment lorsque je lui ai remis les insignes de Chevalier du Mérite Agricole il y a quelques années [en décembre 2012, ndrl]. Vraiment, les succès ne l'avaient pas changé. En tant que professionnel, je dirais que Bernard Sécly avait l'art de signer des exploits. Les trois succès de Katko dans le "Grand Steeple de Paris" en sont un. Quant aux sept victoires d'Al Capone II dans le Prix La Haye Jousselin, elles m'ont toujours "bluffé". Je ne suis pas sûr que cela puisse être égalé ou amélioré. Lors de la septième victoire de cette série, j'étais rentré plus tôt des Etats-Unis, où se déroulaient les épreuves de Breeders' Cup, pour ne pas manquer l'événement. Et encore une fois, Bernard Sécly avait accueilli cet exploit avec la grande modestie qui lui était propre. Il vivait les événements dans une vraie discrétion.

Je suis bien sûr attristé par sa disparition et j'ai une pensée toute particulière pour son épouse qui lui était si proche. "

Yannick Fouin, entraîneur

" J'ai très bien connu Monsieur Sécly et ai même monté pour lui lorsque j'étais apprenti. Ses chevaux étaient toujours très bien mis et je me souviens particulièrement d'une fois où je devais monter un 5ans contre des "vieux". Il s'était montré serein et rassurant. C'est important quand vous êtes jeune jockey. J'aimais beaucoup Jean-Yves Beaurain et il faut souligner la fidélité qui marquait souvent Monsieur Sécly dans ses rapports aux autres. Jean-Yves aura été pour son compte apprenti, lad et premier jockey. C'est exceptionnel. Cela ressemblait à une histoire de famille comme on pouvait en trouver au trot à l'époque. J'ai beaucoup d'admiration et de respect pour l'homme. Il savait prendre du recul. Il savait également faire preuve de "froideur" (dans le bon sens du terme) et de sérénité dans un milieu de compétition permanente. Et évidemment, c'était un immense professionnel. Je voudrais conclure avec ces mots : respect Monsieur Sécly. "

Jean-paul Gallorini, entraîneur

" Je tiens à saluer un très grand professionnel qui a signé des records qui seront très difficiles à battre. Je pense en particulier aux sept victoires d'Al Capone II, "Pompon" comme il le surnommait, dans le Prix La Haye Jousselin. L'homme était très simple et discret. Il m'a appelé personnellement il y a quelques mois, en mai, après la victoire de Kotkikova dans le Prix Ferdinand Dufaure. Il tenait à me féliciter pour un succès qui le touchait car cela concernait une grande famille du comte de Montesson qu'il connaissait évidemment très bien, notamment grâce au champion Katko. Il m'avait dit alors qu'il viendrait me rendre visite à Maisons-Laffitte. Cela ne s'est jamais fait. Recevoir une telle marque de reconnaissance de la part d'un professionnel de cette importance est naturellement honorifique. J'ai revu ensuite sa femme, une personne très présente et incroyablement dévouée, à la cérémonie funéraire du comte de Montesson. Il y a vraiment des liens particuliers avec ce grand élevage, et une grande fidélité. À l'image de ce qu'avait su développer Monsieur Sécly avec Jean-Yves Beaurain. Pour preuve, Thomas Beaurain bénéficie aujourd'hui d'un contrat moral avec le haras des Coudraies et sera désormais toujours associé à Kotkikova. Et ce, dès ce mercredi à Auteuil. Je tiens à présenter toutes mes condoléances à la femme de Monsieur Sécly et à ses proches. "

Fabrice Chappet, entraîneur

" Au-delà du professionnel exceptionnel, je voudrais parler de l'homme. Car je perds un ami et un ami de ma famille. Nous nous étions vraiment rencontrés lorsque je me suis installé à Lamorlaye, où nous étions voisins. Bernard Sécly était une vraie bonne personne. Quelqu'un qui m'a souvent donné de précieux conseils. J'ai passé beaucoup de bons moments avec lui j'ai le souvenir de soirées mémorables durant lesquelles il se montrait plein d'esprit, nous racontait quantité d'anecdotes truculentes, et faisait preuve d'une grande intelligence. J'avais toujours plaisir à passer du temps avec Bernard. Il va nous manquer. "

Hervé Naggar, agent de jockeys

" J'ai très bien connu Bernard Sécly qui a été quelqu'un de très important et marquant pour moi. Nous avons fait connaissance bien avant que je devienne agent de jockeys, quand je commençais à fréquenter le monde de l'obstacle. Il s'est montré très généreux, dans le sens le plus noble du terme, et très attentionné à mon égard. C'était quelqu'un de très rassurant et jamais avare de conseils. Il avait une forme d'humour que je n'oublierai jamais. Passer un dîner avec lui était toujours formidable. J'ai le souvenir d'une soirée dans un restaurant à Cagnes-sur-Mer, à l'époque où il faisait le meeting. Il fréquentait quelquefois les lieux et, en fin de soirée, le chef sort de la cuisine. Il reconnaît Bernard Sécly et lui dit : " L'an dernier, vous m'aviez donné le 5. Il avait gagné. " Et, là, Bernard lui répond sans sourciller : " Je m'en souviens parfaitement. Cette année, je vous conseille de jouer sa sœur, demain, qui porte le numéro 7... " J'aurais d'ailleurs aimé qu'il écrive un recueil de ses histoires. Mais là, maintenant, je pense à sa femme Dany. En fait, le couple ne formait qu'une seule personne. Aujourd'hui, l'important, c'est aussi de penser à Dany. "