Hongkong au carrefour des deux hémisphères

Autres informations / 02.09.2015

Hongkong au carrefour des deux hémisphères

HONGKONG AU CARREFOUR DES DEUX HÉMISPHÈRES

Dimanche débutera la saison 2015/2016 des courses à Hongkong. Il n'existe que deux sports, le rugby et les courses de galop, où les champions d'Europe et ceux de l'hémisphère Sud peuvent s'affronter à armes égales. Et dans le galop, il n'existe qu'une ligue où les chevaux de l'hémisphère Nord et les "Sudistes", en provenance d'Australie ou de Nouvelle-Zélande, se confrontent à chaque réunion, que ce soit dans des petits handicaps ou lors de grandes épreuves. Cette ligue, c'est justement à Hongkong qu'elle se joue. Les moments forts de l'année hippique à Hongkong sont les Longines Hong Kong International Races, le dimanche 13 décembre, l'Audemars Piguet Queen Elizabeth II Cup (24 avril) et le Champions Mile (1er mai). Les six épreuves ouvertes aux étrangers offrent un pactole de 117 millions de dollars hongkongais (soit 13,45 millions d'euros), mais sont l'arbre qui cache une forêt de 1,066 milliard de dollars hongkongais, soit 122,5 millions d'euros.

Une progression fulgurante depuis dix ans

C'est au niveau international que s'acquiert la crédibilité des courses d'une nation, et à la fin de la saison 2014/2015, le grand patron du Jockey Club de Hongkong, Winfried Engelbrecht-Bresges, pouvait se réjouir de voir les six courses de Hongkong parmi les cent meilleures courses mondiales et vingt-trois chevaux entraînés à Sha Tin dans les Longines World's Best Race Horse Rankings, soit les meilleurs chevaux du monde avec un rating de 115 ou plus. On peut discuter pendant des semaines sur la façon dont laquelle ces valeurs sont calculées, mais les indicateurs sont assez précis : Hongkong et la France ont eu, en 2014, le même nombre de chevaux cotés à 115 ou plus.

Italien et citoyen du monde, Franco Raimondi est l'un des plus célèbres journalistes hippiques en activité. Grand voyageur et curieux de tout, il offre à plusieurs gazettes de renom international ses connaissances encyclopédiques et ses analyses décalées. Il vous donne rendez-vous chaque semaine dans Jour de Galop.

Gérald Mossé est prêt à commencer sa énième saison à Hongkong. Il a découvert les courses de cette ancienne colonie britannique en 1991, en gagnant la première édition du Hong Kong Invitation Cup avec le légendaire River Verdon. Le jockey français est le mieux placé pour juger la progression du galop à Hongkong : " Le Hong Kong Jockey Club a travaillé très dur et les propriétaires ont répondu présent, en investissant beaucoup d'argent. C'est toujours difficile de faire des comparaisons avec le passé, mais je pense que lors des dix dernières années, le niveau des bons chevaux de Hongkong est monté d'une dizaine de "pounds". "

Avantage à l'Europe en qualité...

À Hongkong, l'argent est le nerf d'une guerre où se mesurent le secteur économique des courses et l'élevage, nordiste et sudiste. Les résultats sur la piste lors des dix dernières saisons sont, tout compte fait, favorables aux européens. Depuis 2006, sur 149 courses de Gr1 disputées à Hongkong, les chevaux entraînés sur place ont remporté 126 victoires. Les gagnants individuels de Gr1 entraînés à Sha Tin sont au nombre de 61, dont trois ont été achetés aux breeze up du Hong Kong Jockey Club et ont remporté dix succès. Sur ces 116 victoires (126 moins les 10 acquises par les chevaux des breeze up), 58 sont les œuvres de chevaux achetés en Europe. Une égalité parfaite, donc, avec les chevaux en provenance de l'hémisphère Sud. En termes de gagnants individuels, l'Europe affiche un score de 24, contre 34 pour l'hémisphère Sud. Il s'agit d'un résultat significatif pour l'élevage européen car la différence des importations est énorme : 70 % des chevaux à l'entraînement à Hongkong viennent de l'hémisphère Sud.

Les rapports de force n'ont pas changé pour la prochaine saison de course. Le dernier avion en provenance d'Europe a vu débarquer samedi un petit peloton comprenant les français Baghadur (Zanzibari) et Mot de Passe (Slickly), qui viennent renforcer une équipe de 50 chevaux parmi lesquels il faut citer les gagnants de Groupe Citron Spirit (Invincible Spirit), Hero Look (Lope De Vega), Misterious Boy (Arcano) et Master Apprentice (Mastercraftsman), ainsi que des éléments prometteurs comme les deux élèves de l'Aga Khan Ashlan (Dansili) et Zafilani (Azamour). Ils seront opposés, avec l'appui d'une douzaine de poulains achetés yearlings, à quelques 280 chevaux de 4ans provenant d'Australie et de Nouvelle-Zélande. Si les chevaux européens ont une telle réussite, pourquoi les avions au départ d'Australie et Nouvelle Zélande sont-ils toujours archi-complets ? Gérald Mossé a son idée : " En classe pure, les chevaux européens sont meilleurs que ceux de l'hémisphère Sud, mais ces derniers ont de grands avantages sur le plan de l'adaptation aux courses de Hongkong et au système d'entraînement. Ils arrivent au bon moment et ils sont plus faciles à exploiter. Un cheval qui a appris son métier à Chantilly ou Newmarket peut trouver des difficultés, au quotidien, dans un environnement tout à fait spécial comme celui de Sha Tin. "

... Mais les Australiens ont un coup d'avance

Il faut aussi souligner que les "Sudistes" ont pris le contrôle du terrain depuis longtemps. Ils ont compris avec un peu d'avance que le marché de Hongkong était important. Si le Jockey Club reste "politiquement correct" dans ses achats de yearlings, avec un équilibre entre l'Europe et l'hémisphère Sud, les entraîneurs de Hongkong se sont franchement tournés vers l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Pour résumer, les propriétaires chinois achètent des yearlings sur les grands marchés du Sud et ils les laissent sur place. Ils y sont entraînés gentiment, avec une carrière à Hongkong en point de mire. Après une ou deux courses dans les jambes afin de décrocher un rating suffisant pour rentrer dans la "HK Ligue", les jeunes chevaux sont envoyés à leur destination finale. Les "Aussies" n'ont pas triché. Ils ont tout simplement trouvé une place pour leur production grâce à un gros travail commercial. Comme l'explique Gérald Mossé, il est plus facile pour les chevaux australiens de s'adapter aux courses de Hongkong. Et les grandes épreuves tombent bien dans le calendrier. Les entraîneurs basés à Hongkong sont déjà à la recherche des chevaux pour le Derby en février-mars. À cette période, en Europe, les 3ans sont encore bien endormis dans leurs écuries. À l'heure des premières préparatoires pour nos classiques, les grandes écuries sont encore dans l'incertitude. Celui-là est-il un cheval de "Jockey Club" ou de Listed ? Et les petits propriétaires, après une victoire prometteuse, deviennent beaucoup trop gourmands. Se séparer avant coup d'un cheval de "Jockey Club", c'est comme vendre un rêve pour un peu d'argent. Pour qu'ils vendent, il leur faut beaucoup d'argent. C'est le grand jeu du marché. Le même cheval a une valeur X à un certain moment, et après un mois même sans courir son prix est de X moins

Y. Ou encore, comme cela arrive avec les propriétaires de Hongkong, le cheval ne les intéresse plus parce qu'ils en ont trouvé un autre, peut-être moins bon, mais "achetable". Des Français trop gourmands ? Un courtier sage vous expliquera qu'il faut prendre le bon chèque quand il est sur la table. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder la liste des 3ans achetés en perspective d'une carrière à Hongkong. Les propriétaires chinois ont "ramené" six poulains italiens : les gagnants de Groupe Hero Look et Mysterious Boy, les placés de Groupe Ginwar (Martino Alonso) et General Sherman (Teofilo), mais aussi un double gagnant en début de saison à Rome comme Verbinsky (Holy Roman Emperor), et Il Bagnino (King Charlemagne), qui  avait remporté trois courses sans jamais mettre un pied à Capannelle ou à San Siro. Ils ont raté le gagnant du Derby Goldstream (Martino Alonso) parce qu'au bon moment c'est-à-dire quand le chèque était sur la table le poulain n'avait pas un rating suffisant. La crise en Italie rend les propriétaires plus "souples" au moment d'accepter une offre, mais des chevaux comme Il Bagnino (le maître-nageur en italien), il y en a plein sur les plages françaises ! Lui était là au bon moment, même si, depuis son arrivée à Hongkong, il a trotté, fait des canters mais jamais nagé (le Hong Kong Jockey Club publie sur son site les entraînements de chaque cheval, et certains se cantonnent à de la nage...) !

D'autres français sont sur la liste des achats mais pour le moment, notre contribution à l'équipe européenne se chiffre à sept 3ans, plus l'espagnol El Topo (Caradak) qui a fait carrière dans l'Hexagone. Il faut leur souhaiter de faire aussi bien qu'un gris qui avait quitté la France avec une place de Listed et sous le nom Portus Blendium. Il a changé son identité en California Memory et a gagné à Sha Tin le Derby, deux fois le Hong Kong Cup et plus de 50 millions de dollars hongkongais (5.800.000 euros). Les victoires sont toujours la meilleure publicité.

GÉRALD MOSSÉ, VINGT-CINQ ANS APRÈS RIVER VERDON...

Le 15 décembre 1991, un jeune jockey français, qui avait déjà gagné l' "Arc" l'année précédente avec Saumarez, débarquait à Hongkong pour monter River Verdon dans le Hong Kong Invitation Cup, épreuve devenue ensuite le Hong Kong Cup. Le garçon, un certain Gérald Mossé, avait donné un bon parcours au champion avant de le lancer en pleine piste pour laisser les autres à la lutte pour les places. Gérald Mossé est devenu ensuite très populaire avec Jim and Tonic, le français le plus aimé par le public de Sha Tin, et a connu une réussite exceptionnelle à Hongkong, où il a gagné sept courses dans le grand meeting de décembre, trois Derby et presque toutes les bonnes épreuves. Gérald Mosse n'a pas changé et, à 48 ans, il est en pleine forme, comme il l'a démontré samedi à Goodwood avec Kodi Bear. Dimanche, il commencera une nouvelle saison à Hongkong. Cette fois, il sera associé à Manfred Man, un entraîneur local, septième l'année dernière dans le classement pour victoires. " J'ai monté plusieurs gagnants pour Manfred Man est j'ai accepté avec joie l'offre de monter pour lui. Les courses à Hongkong sont de plus en plus compétitives, c'est un bon challenge, et je suis là pour faire du mon mieux, comme d'habitude. " Manfred Man a 61 chevaux sous ses ordres, des bons et des mauvais comme c'est souvent le cas. Gérald Mosse explique : " À l'écurie, nous n'avons pas un vrai crack mais plusieurs bons chevaux. Nous espérons que l'un d'eux sera capable de bien progresser. Je lui là pour apporter mon aide, gagner des courses et faire progresser les chevaux de l'écurie. C'est difficile de faire des prévisions en début de saison, il y a des chevaux de top-niveau qui ont pris leur retraite, d'autres qui ont un an de plus, et les jeunes, c'est-à-dire les 3ans du nord et les 4ans du sud, sont encore à découvrir... " Le cheval avec le plus haut rating chez Manfred Man est Pleasure Gains (Cape Cross), un 6ans d'origine anglaise qui a couru le Hong Kong Cup l'année dernière avant de remporter un Gr3 à Happy Valley.

UN JOCKEY CLUB EN INNOVATION PERPÉTUELLE

Les allocations en 2015-2016 à Hongkong bénéficieront d’une augmentation de 7,5 %, suite aux résultats excellents de la saison précédente. Les paris sur les 83 réunions ont encore dépassé le cap des 100 milliards de dollars hongkongais. Le chiffre précis est de 107,9 milliards

(12,457 milliards d’euros), c’est-à-dire plus 5,8 % par rapport aux chiffres de 2013-2014.

Les dirigeants du Hong Kong Jockey Club ne se reposent pas sur leurs lauriers. En début de semaine, Richard Cheung, directeur de la clientèle et du marketing, a annoncé plusieurs initiatives, dont une très intéressante pour le développement des paris labellisée "composite Win". Dans certaines courses, les chevaux seront groupés pour réduire le champ à trois ou quatre chances simples. Les trois formules à l’étude sont :

- 3 pick 1: les deux favoris au jeu du matin seront associés en écurie alors qu’un deuxième groupe sera formé par les trois venant ensuite et un troisième regroupera tous les autres ;

- winning trainer : les chevaux de trois entraîneurs seront regroupés en trois écuries différentes et tous les autres en une quatrième ;

- winning region : dans les courses internationales, les chevaux de Hongkong, d’Europe et du Japon seront regroupés en trois écuries avec une quatrième constituée

par les autres.

L’objectif est d’offrir une formule de jeu plus simple aux parieurs, souvent en difficulté face à des lots de 14 chevaux, avec beaucoup d’outsiders. C’est exactement le contraire de ce que l’on fait en France où le choix est d’aménager des lots nombreux.

LE MYTHE DE LA TRIPLE COURONNE

Les courses internationales sont une vitrine mais les turfistes de Hongkong aiment beaucoup les autres épreuves. La Triple crown, pour les chevaux d’âge, n’a été gagnée qu’une seule fois, par River Verdon en 1994. Il est de plus en plus difficile de trouver un cheval capable de remporter en moins de quatre mois le Stewards’ Cup sur 1.600m, le Hong Kong Gold Cup sur 2.000m et le Champions & Chater Cup sur 2.400m. Apres River Verdun, celui qui est passé le plus près de

la Triple couronne est Ambitious Dragon, mais après deux victoires, il n’avait pas tenu les 2.400m. Si un cheval remporte la Triple couronne cette année, son propriétaire touchera, en plus des allocations des différentes épreuves (toutes à 10 millions) un bonus de 10 millions de dollars. Apres conversion en euros, cela fait 3.116.400 euros, soit plus que le premier prix de l’"Arc de Triomphe" ! Les chevaux de vitesse sont la spécialité maison et ils ont aussi leur Triple couronne, la Speed Series, deux épreuves sur 1.200m dotées de 8 millions et une sur 1.400m avec 10 millions, plus un bonus de 5 millions. Les champions de l’avenir se confrontent dans les 4yo Series, encore trois courses, avec un intervalle de quatre semaines, sur des distances différentes. Les jeunots n’ont pas de bonus mais les allocations des deux premières épreuves, le Classic Mile (1.600m) et le Classic Cup (1.800m) sont montées à 10 millions alors qu’elles étaient auparavant à 8 et 6 millions de dollars. Le Hong Kong Derby, qui clôture cette série, offre à lui seul 18 millions de dollars, soit 2.069.990 euros au guichet de change, donc 37,9 % de plus que notre "Jockey Club".