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Le grand pigni… et les autres grands

Autres informations / 27.09.2015

Le grand pigni… et les autres grands

En hommage à

monsieur Pigni, voici ce qui – au sein du pedigree de Nuccio – le relie à tous

les grands élevages italiens de l’avant et après-guerre.

 

Luchino

Visconti

Eh oui ! Avant de devenir le plus important réalisateur du cinéma

italien (Rocco et ses Frères, Les Nuits Blanches, La Terre Tremble, Le Guépard

pour ne citer que quelques œuvres), Luchino Visconti fut cavalier-amateur,

propriétaire et éleveur de pur-sang. En 1931, il piquait à Tesio – en échange

de 1.500 lires –, un 3ans de classe (mais fragile), Sanzio.

Sanzio a gagné le Grand Prix de Milan et celui d’Ostende.

Il avait aussi monté un élevage de grande qualité. Il fit naître Talma,

vendue yearling pour 41.000 lires à la Scuderia Mantova… Tiens, on reparle de

Nuccio ! Bonne pouliche, placée de classiques, Talma allait devenir la

matrone de la Scuderia Mantova, donnant notamment Traghetto, le père de Nuccio,

et d’autres gagnants classiques. L’incursion de Luchino Visconti dans le monde

du pur-sang fut brève et intense, avec beaucoup de victoires. En 1936, après sa

rencontre avec Jean Renoir, il découvrit le cinéma et, petit à petit, leva le

pied avec son élevage.

Son dernier gagnant, en 1942, fut une pouliche au nom provocateur :

Coca-Cola. Pas innocent, au temps où les fascistes avaient banni tout ce qui ne

sonnait pas italien, allant jusqu’à rebaptiser le rugby en "jeu à la balle

ovale".

Avec Visconti, l’élevage italien perdit un grand talent, dans lequel

Federico Tesio avait reconnu un vrai adversaire, homme de talent, riche d’une

approche professionnelle.

Cliquez ici pour voir une interview de Luchino Visconti qui parle de la

différence entre les chevaux et les acteurs. La partie sur les chevaux commence

à 6 minutes 34 du début de la vidéo : https://youtu.be/RtQKiQCfoEI

 

 

 

Scuderia

Mantova

La Scuderia Mantova, créée en 1930 par Gino Mantovani – grand industriel de

la chimie et de l’agroalimentaire – changea de braquet avec l’achat de Talma

chez Luchino Visconti. Traghetto, père de Nuccio, fut le meilleur cheval de la

Mantova, une écurie très populaire en Italie qui a remporté dix-sept

classiques ! Les chevaux de la Scuderia Mantova – casaque verte, bande et

toque jaunes – étaient célèbres pour leur mauvais caractère (le résultat de

croisements très serrés), leur aptitude au terrain lourd, leurs noms liés à la

ville de Venise et une longévité exceptionnelle.

La Scuderia Mantova a arrêté peu après la moitié des années 1970. Aucune de

ses souches n’a ensuite produit de bons chevaux.

 

Razza Della

Pellegrina

Le propriétaire Carlo Roncoroni, très proche de Mussolini, a élevé Arbe,

troisième mère de Nuccio, et sa sœur Maba

(The Yellow Dwarf) qui avait donné une vraie réplique au champion Donatello

dans le Prix Eupili, sur le joli hippodrome champêtre de Monza, à côté du célèbre

circuit de Formule 1. Roncoroni, avant sa mort en 1938, avait bâti Cinecittà,

un Hollywood à la sauce romaine où tant de chefs d’œuvre (et de péplums moins

réussis) ont été tournés.

 

Razza Del

Soldo

Mario Crespi et ses deux frères, Aldo et Vittorio, ont repris en 1910 les

trois entreprises de la famille : textile, électricité et surtout Il Corriere della Sera, le plus

important quotidien généraliste italien (équivalent du journal Le Monde en France).

Leur écurie, la Razza Del Soldo, a gagne l’Arc 1933 avec le champion Crapom

– fils de Cranach – et a remporté plus de trente victoires de Gr1 en Italie. La

Razza Del Soldo fut éleveur et propriétaire d’Archidamia, une championne

capable de remporter la même année les deux Poules d’Essai (mâles et femelles),

les Oaks, le Derby et de hacher les vieux chevaux dans le Grand Prix de Milan.

Dans le pedigree de Nuccio, la Razza Del Soldo figure avec Muzio, un "bon

p’tit cheval" – disons de niveau Gr3 – qui est le père de Nuvoletta.

Federico Tesio avait pour lui le génie ; les Crespi possédaient

l’argent et le pouvoir. Si les courses avaient besoin d’un coup de main, il

suffisait à Mario Crespi de donner un coup de fil, non pas à un rigolo se

prenant pour un ministre, mais à Mussolini en personne, pour lui expliquer ce

qu’il fallait faire.

Après la chute du Duce (toléré mais pas trop aimé par la grande bourgeoisie

milanaise, dont les Crespi étaient la parfaite incarnation), la casaque de la

famille – violet, cerclée noir – continua de briller au plus haut niveau jusqu’à

la moitié des années 1960, avant d’arrêter en 1970.

 

Federico Tesio

La griffe de Federico Tesio n’est jamais absente dans le pedigree d’un

champion italien. Le magicien de Dormello considérait Cavaliere d’Arpino – le

grand-père paternel de Nuccio – comme le meilleur cheval qu’il ait élevé et

entraîné. Au début des années 1930, il n’était matériellement pas possible

d’établir un rating international digne de ce nom et, pour ne rien

arranger, Cavaliere d’Arpino avait passé plus de temps dans son box avec des

bandages et des pommades que sur les pistes. Son demi-frère Cranach avait sans

doute moins de classe, mais il était très dur et a gagné le Grand Prix de Milan

à deux reprises, à 4ans et à 5ans, après avoir été le faire-valoir de son

capitaine d’écurie Apelle à 3ans. Cranach a laissé sa griffe comme père du

gagnant de l’Arc de Triomphe Crapom (pour la Razza Del Soldo) et on le retrouve

comme père de Neve, la deuxième mère de Nuccio.

 

Giuseppe De

Montel

Le peuple turfiste – il existait – de Milan était divisé en deux factions :

d’un côté les “Tesiani” (fans de Tesio), inconditionnels de la Razza Dormello

Olgiata ; ils étaient plus jeunes et plus exubérants, toujours prêts à

déployer il “bandierone”, un énorme drapeau avec les couleurs blanc, croix de

Saint-André rouge, quand un de leurs protégés gagnait une grande course. De

l’autre côté, il y avait les vieux : les “Monteliani”, rangés derrière le

symbole sobre de la casaque – noire, coutures blanches – de l’aristocrate

Giuseppe De Montel. Industriel dans le textile, il est le premier propriétaire

et éleveur italien à avoir remporté le Prix de l’Arc de Triomphe (grâce à

Ortello, en 1929). La force de son élevage fut l’étalon français Havresac II,

onze fois tête de liste en Italie, père de Cavaliere d’Arpino (et donc

grand-père de Traghetto). Et aussi d’une certaine Nogara, la mère de Nearco.

Giuseppe De Montel est mort en 1944. Son élevage fut repris par la Razza

Ticino, qui a gagné l’Arc 1961 avec Molvedo. Nuccio est lié à Molvedo par le

biais de sa troisième mère, Muci, qui a donné Muzio, le père de Nuvoletta. La

merveilleuse écurie – tout près de San Siro – est devenue propriété de la ville

de Milan et accueille désormais des rats trop grands pour être chassés par des

chats géants… Tout passe.