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Le match st. leger de doncaster vs irish champion stakes

Autres informations / 11.09.2015

Le match st. leger de doncaster vs irish champion stakes

LE MATCH ST. LEGER DE DONCASTER VS IRISH CHAMPION STAKES

Le plus vieux Classique du monde, le St. Leger de Doncaster, semble se perdre. Au contraire, les Irish Champion Stakes sont cette année encore magnifiques. Ils éclipsent de loin le Groupe 1 de Doncaster [lire aussi pages 1 et 2]. Mais que disent les données brutes à ce sujet, à savoir les ratings ?

La question vaut d'être posée : assistons-nous là à un phénomène temporaire ou les Irish Champion Stakes, disputés le même jour que le St. Leger de Doncaster, ont-ils écrasé ce dernier depuis plusieurs années sur le plan sportif ? Pour répondre à cette question, nous pouvons nous appuyer sur une donnée "objective" : les ratings des vainqueurs de ces Grs1. Notre comparatif met côte à côte les ratings officiels des gagnants des deux Grs1 depuis les années 2000. Les ratings donnés dans le tableau ci-dessous sont les meilleurs obtenus par les lauréats durant l'ensemble de leur carrière. Nous avons fait le choix de prendre ces ratings et non pas les ratings officiels d'après-course car c'est finalement ce qui restera de ces chevaux après leur carrière, notamment en vue d'une carrière au haras (laquelle est essentielle dans le processus de sélection). Cela est aussi plus juste pour les lauréats du St. Leger, qui peuvent avoir progressé après leur victoire dans le Classique de Doncaster et avoir ainsi obtenu un meilleur rating là où les gagnants des Irish Champion Stakes peuvent être des chevaux d'âge au sommet de leur art. Citons dans ce cas Snow Fairy, So You Think ou Fantastic Light. Qui, du St. Leger de Doncaster (S.L. dans le tableau) ou des Irish Champion Stakes (I.C.S. dans le tableau), gagne le match des ratings ? La réponse est sans appel. C'est par un véritable K.O. que les Irish Champion Stakes s'imposent face au St. Leger. Sur les quinze dernières années, les gagnants des Irish Champion Stakes ont un rating supérieur à ceux du St. Leger. L'écart moyen entre les ratings des gagnants d'Irish Champion Stakes et de St. Leger est de 6,6 livres en faveur des Irish Champion Stakes. Le plus petit écart est d'une livre en 2005 et 2008. En 2005, Scorpion (Montjeu) a remporté le St. Leger. Son rating de 120 ne se justifie pas que par sa victoire dans le St. Leger, puisque Scorpion a remporté le Juddmonte Grand Prix de Paris (Gr1) et s'était auparavant classé deuxième de l'Irish Derby (Gr1) du champion Hurricane Run (Montjeu). Il avait des titres sérieux avant d'arriver sur le St. Leger. En 2008, Conduit (Dalakhani) s'est imposé à Doncaster. Il a ensuite signé deux succès dans le Breeders' Cup Turf (Gr1) ainsi qu'une victoire dans les King George VI and Queen Elizabeth Stakes (Gr1).

Le plus grand écart est de 16 livres en 2009. Un écart logique dans le sens où le gagnant des Irish Champion Stakes, cette année-là, n'était autre que le champion Sea the stars (Cape Cross), gagnant de six Grs1 en six mois à 3ans, de 1.600m à 2.400m. Le cas de Sea the Stars est intéressant dans le sens où le pensionnaire de John Oxx a remporté les 2.000 Guinées sur 1.600m, le Derby d'Epsom sur 2.400m, a été raccourci sur 2.000m trois Grs1 sur cette distance pour ensuite revenir sur 2.400m dans le Qatar Prix de l'Arc de Triomphe (Gr1), la dernière course de sa carrière. Il n'a jamais été question avec lui de tenter la Triple Couronne en l'alignant au départ du St. Léger.

Le St. Leger est-il devenu un tombeau ?

Le St. Leger de Doncaster souffre d'une réputation qui lui colle à la peau : celle d'être un tombeau, notamment en vue du Prix de l'Arc de Triomphe. Peut-être y a-t-il là un effet Nijinsky. Ceci dit, en prenant le palmarès du St. Leger depuis 2000, on voit qu'il est rare de remporter ce Gr1 puis d'enchaîner sur des succès au plus haut niveau ou d'y prendre des places. Parmi les exceptions, citons Kingston Hill (Mastercraftsman), qui était cependant un "top 2ans" gagnant du Racing Post Trophy (Gr1) et s'était classé deuxième du Derby. Il a ensuite conclu quatrième du Qatar Prix de l'Arc de Triomphe, mais est sur la touche depuis le début de 2015. Leading Light (Montjeu) a ensuite remporté le Gold Cup d'Ascot (Gr1) : ce n'est pas rien, mais ce ne sont pas les Grs1 pour stayers qui permettent en général d'obtenir un rating impressionnant. Conduit s'est avéré être un vrai bon cheval, dur. Scorpion a remporté le Coronation Cup (Gr1) et s'est classé deuxième du champion Yeats dans l'Irish St. Leger. Milan (Sadler's Wells) s'est quant à lui classé deuxième, à trois quarts de longueur de Fantastic Light, dans le Breeders' Cup Turf. Mais ce sont des exceptions : Masked Marvel (Montjeu) ne s'est plus imposé après le St. Leger, prenant toutefois des places au niveau Groupe en Europe puis en Australie. Encke (Kingmambo) n'a jamais confirmé, après avoir de plus été l'un des chevaux au centre du scandale "Al Zarooni" (dopage organisé au sein d'une partie de l'écurie Godolphin). Arctic Cosmos (North Light) n'a ensuite remporté qu'une Listed, tout comme Brian Boru (Sadler's Wells). Mastery (Sulamani) a longtemps disparu des radars, avant de faire un retour surprise en remportant le Hong Kong Vase (Gr1). Lucarno (Dynaformer) n'a plus réussi à s'imposer au-delà du niveau Gr2. Sixties Icon (Galileo) n'a pas passé le cap Groupe 3, tout comme Bolin Eric. Quant à Rule of Law (Kingmambo), il n'a tout simplement pas été revu ensuite. A contrario, les vainqueurs des Irish Champion Stakes sont tous multiples lauréats  de Groupe 1. Comme le montre ce tableau, les 3ans au départ du St. Leger de Doncaster ont eu ensuite beaucoup de mal à figurer parmi les trois premiers du Prix de l'Arc de Triomphe. Quant à trouver un gagnant de St. Leger qui figure sur la plus haute marche de l'"Arc", la réponse est courte. Il n'y en a qu'un : Ballymoss (Mossborough). Et encore, il a remporté l'"Arc" en 1958, à 4ans.

TABLEAU

LE ST. LEGER NE FAIT PLUS RÊVER LE GAGNANT DU DERBY

La Triple Couronne Anglaise 2.000 Guinées, Derby d'Epsom et St. Leger (Gr1) n'a plus été décroché depuis 1970 et Nijinsky. Il faut auparavant remonter à 1935 pour trouver un gagnant de Triple Couronne (Bahram). En tout, quinze chevaux ont réussi à décrocher la Triple Couronne britannique. Soyons objectif : à part avec le cas Camelot (cf. encadré), la Triple Couronne anglaise ne déchaîne plus les passions. La comparaison par exemple avec la Triple Couronne américaine Kentucky Derby, Preakness Stakes et Belmont Stakes est flagrante : chaque année, les Américains espèrent trouver un poulain capable de réaliser cet exploit. American Pharoah (Pioneerof the Nile) a réussi en 2015 et est devenu une véritable icône aux États-Unis, faisant les couvertures de magazines comme Sports Illustrated ou Vogue. En Grande-Bretagne, ces dernières années, personne n'a particulièrement rêvé de voir Golden Horn (Cape Cross) ou Sea the stars (Cape Cross) tenter leur chance dans le St. Leger... On se souviendra même de cette phrase de John Gosden lorsqu'il a déclaré Golden Horn non-partant dans les King George VI and Queen Elizabeth Stakes (Gr1) à cause du terrain souple : " Vous lui demandez d'être un cheval de St. Leger pour courir sur 2.400m dans un tel terrain... " Le poulain de Derby ne serait désormais plus un poulain de St. Leger ? Il semblerait que oui. La grande majorité des gagnants de Derby d'Epsom ne vont plus sur le St. Leger. Il y a le Derby d'Irlande, les King George en juillet pour les plus audacieux. L'autre option souvent favorisée désormais est même de revenir sur 2.000m après les Derby, vers les Eclipse Stakes (Gr1) en juillet et/ou les International Stakes (Gr1) en août, ou de prendre une pause après les Derby pour  revenir  sur  2.400m  en  vue  du  Prix  de  l'Arc  de Triomphe, par exemple. Le St. Leger ? Très peu pour eux. Le tableau ci-dessous montre au fil du temps le désintérêt des gagnants du Derby d'Epsom pour le St. Leger. Tenter le doublé s'est. fait de plus en plus rare au fil des années et ce qui pouvait être jugé comme somme toute normal et désormais devenu une exception. Cela ne devrait pas s'arranger avec le temps : alors que l'élevage européen tend à aller vers plus de précocité et de vitesse, que la distance "à la mode" tend à glisser progressivement des 2.400m aux 2.100/2.000m (exception des auras du Derby et de l'"Arc"), les poulains de 3ans capables de disputer le St. Leger devraient se faire encore plus rares... Et il faudra peut-être s'habituer à voir des St. Leger à sept partants, avec une meilleure valeur avant course de seulement 116.

CAMELOT, CELUI QUI AURAIT DÛ GAGNER

LE DERBY ET LE "ST. LEGER"

Camelot (Montjeu) est passé à moins d’une longueur de réussir l’exploit de remporter le Derby d’Epsom et le St. Leger… Et même la Triple Couronne ! Le pensionnaire d’Aidan O’Brien avait remporté les 2.000 Guinées à la lutte, avant de survoler le Derby d’Epsom. Son entourage

a fait le choix de relever le défi de remporter le St. Leger. Camelot a conclu deuxième de l’étoile filante Encke (Kingmambo), dont le nom restera associé au scandale autour de son entraîneur Mahmood Al Zarooni, faisant parti des chevaux testés positifs aux stéroïdes anabolisants. Encke avait creusé l’écart au bon moment dans le St. Leger et Camelot, monté très – trop ? – sagement,

n’a pas eu le temps de le remonter, ayant attendu bien trop longtemps dans une course qui lui était

promise…