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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Le temps du pari vertical est arrivé

Autres informations / 25.09.2015

Le temps du pari vertical est arrivé

LE TEMPS DU PARI VERTICAL EST ARRIVÉ

Les opérateurs de pari hippique LeTurf et Genybet lancent un nouveau pari, Le Géant, qui s'apparente au Placepot anglais : il faut trouver un cheval placé dans une série de courses consécutives. Il s'agit d'un pari vertical qui porte sur le résultat de plusieurs épreuves. La tradition française, particulièrement depuis l'invention du tiercé, favorise plutôt les paris horizontaux, c'est-à-dire des combinaisons de plusieurs chevaux sur un seul événement. Ces avatars du tiercé ont d'énormes avantages dans un pays comme le nôtre. Ils sont a priori simples, car ils ne nécessitent pas l'étude de plusieurs courses. Ils sont télégéniques pour les chaînes généralistes, puisque cinq minutes suffisent à couvrir l'événement. Ils sont lucratifs, enfin, car ils permettent un recyclage rapide des mises gagnantes. Toutefois, à un tournant de son histoire, l'institution des courses, et le galop en particulier, serait peut-être bien inspirée de se pencher attentivement sur le nouveau-né des deux concurrents du PMU. En effet, le Galop est régulièrement victime d'un défaut de partants dans de nombreuses épreuves, notamment dès lors que le niveau de la compétition s'élève. C'est tout à fait normal, et c'est même dans l'ADN de la discipline, très exigeante. Cependant, comme le pari horizontal requiert un minimum de concurrents dans un maximum d'épreuves pour donner son meilleur résultat, ces courses-là sont devenues, d'un point de vue strictement comptable, des centres de coût. Or, elles sont la raison d'être de France Galop. Le trot n'a pas ce problème. Il sait réunir beaucoup de concurrents à de nombreuses reprises chaque jour, en raison d'une population de chevaux très large, de la fréquence de leurs apparitions et de l'absence de commerce, ce qui

désinhibe les entraîneurs. En l'absence de grands mécènes, l'hôtellerie y est plus rare.

On n'a jamais entendu parler au trot de " gardiens de musée "… Le principal avantage des paris verticaux pour le galop, c'est que les petits lots favorisent au contraire l'engagement : ils semblent faciles, car les "bases" sont évidentes. C'est un peu comme quand un Bazire part favori d'un Quinté+ à Vincennes : on le met dans son jeu et il reste seulement à trouver les quatre autres ! Dans une réunion de plat, chaque course peu fournie devient la "bazirette" de chacun.

Le second avantage, c'est qu'ils incitent à parier tout au long de la journée. En effet, les parieurs exclus par une défaite en début de réunion sont tentés de se couvrir en pariant au jeu simple sur leurs autres sélections. " Ce serait trop bête ", se dit-on en somme. Troisième avantage, un report mutualisé concentre l'attention des personnes impliquées dans le pari jusqu'à la fin de la réunion, car, quand bien même est-on battu dès le début, on veut savoir ce qui se passe ensuite, ce que ses autres chevaux vont faire. On veut aussi pouvoir connaître le nombre de parieurs encore en lice, car le rapport éventuel évolue au fil des arrivées et de la sélection des combinaisons encore en course. Du reste, les réseaux sociaux vont adorer un tel pari parce que, à l'image d'un match de foot, il s'y passe toujours quelque chose, d'autant que le nombre de buts inscrits est fixé dès le début.

Le principal inconvénient des paris verticaux, c'est que les masses engagées ne sont pas rapidement recyclées : elles sont bloquées du début à la fin de la série de courses. En revanche, cette rude sélection permet de faire rouler des tirelires d'une réunion à l'autre, ce qui est une bonne manière de promouvoir naturellement le jeu. Avec une course tous les quarts d'heure, on peut aussi réduire de moitié la durée de résolution du jeu. Tout cela fait que les paris verticaux sont plutôt répandus dans les grandes nations des courses en mutuel : Daily Double à Pick7 aux USA, V75 en Scandinavie, Triple Trio (très compliqué !) à Hong Kong, et même Scoop6, Jackpots, Placepots ou encore Quadpots en Grande-Bretagne. Le PMU a tenté lui aussi de se lancer dans les paris verticaux, à plusieurs reprises, mais jamais avec succès. Au début des années quatre-vingt, le Derby réunissait beaucoup de bonnes idées, mais il arrivait sans doute trop tôt et semblait encore compliqué, car les partants étaient réunis en lots, une nouveauté déconcertante. Le Grand7, qui a fait long feu lui aussi, était mal conçu et trop brutal : la faible mise de base favorisait les gros parieurs, qui élargissaient le nombre de leurs sélections et ratissaient les petits parieurs. D'autre part, on ne passe pas ainsi sans transition de l'étude d'une seule course par jour à sept épreuves, qui sont autant de problèmes à résoudre. Le Quadrio, un report de couplés abandonné en 2009, of  frait trop de rapports pour avoir un quelconque intérêt. C'était un mort-né. Attention, il faut exclure le report de cette défunte gamme. Ce vestige, comme son nom l'indique, c'est le report de mises gagnantes au jeu simple sur un pari au jeu simple dans une autre épreuve. Les paris verticaux, eux, regroupent toutes les mises dans une masse spécifique redistribuée entre les gagnants d'un pari spécifique.

En vérité, si quelqu'un avait voulu que les paris verticaux échouent en France, il aurait fait exactement la même chose que le PMU jusqu'à aujourd'hui. C'est d'ailleurs devenu un dogme repris sans la moindre réflexion par les affidés : " Les paris verticaux, ça ne marche pas en France. "  Alors, certes, la nouveauté de Leturf.fr et Genybet n'est pas une révolution et cela ne suffira pas à remettre en cause la hiérarchie des opérateurs online. Ces deux sites génèrent des chiffres d'affaires sans rapport avec ceux de l'opérateur historique, leader absolu du marché, et leur trouvaille ne va pas bouleverser la donne, faute d'une masse critique. D'autre part, le Placepot étant plus facile, il ne générera sans doute pas de tirelires susceptibles d'atteindre un seuil d'attractivité. En position de challengers, les deux filiales du groupe Paris-Turf ont pourtant raison de chercher de nouvelles voies, ignorées par le mammouth institutionnel, qui n'a pas leur marge de manœuvre. Au moment où les masses online et offline du PMU vont, hélas, être à nouveau séparées (elles le furent jusqu'à la fusion des masses PMU ALR et PLR, il y a dix ans), l'exploration, sinon l'aventure, deviennent opportunes. Même si le PMU reprend intelligemment l'idée d'un pari vertical, convaincre les turfistes demandera du temps. Il faudra y aller en progression, de la même façon qu'on n'a pas lancé le Quinté avant d'avoir installé le tiercé puis le quarté. Il faudra donc investir pour promouvoir ce nouveau mode de pari, qui demeurera marginal, mais intelligent, formateur de véritables turfistes et non de compulsifs indifférents. C'est un mode de jeu favorable au galop. Comme des cotes fixes sur l'hippisme disponibles en pari sportif et l'ante-post (mutuel ou pas), ce type de nouveautés s'inscrirait dans une stratégie de relèvement par le haut de la clientèle des courses, celle qui décidera de l'avenir de la filière. Twitter : @poloxlefrog