Durer… de goldikova à trêve

Autres informations / 03.10.2015

Durer… de goldikova à trêve

 

 

Samedi 6

novembre 2010, Churchill Downs (États-Unis). L’envoyé spécial de Jour de Galop au Breeders’ Cup interroge

Alain et Gérard Wertheimer sur l’avenir de Goldikova,

qui vient de remporter pour la troisième fois le "Mile".

Réponse : la championne restera à l’entraînement. Puis, détaillant cette

information exclusive pour JDG, ils expliquent : « L’un des rêves aux courses est de battre des records (…) Nous avons des

chevaux depuis presque cent ans dans notre famille, et c’est comme cela que

nous prenons du plaisir. »

Effectivement,

pourquoi ne pas, comme tant d’autres mâles et femelles, dès l’âge de 3ans,

entrer au haras ? Parce qu’un propriétaire-éleveur comme les Wertheimer

n’élève pas pour élever, mais pour courir. Élever pour gagner de belles

courses. Alors quand cette occasion se présente, pourquoi s’en priver ? On

pourrait même aller plus loin : en envoyant Goldikova au haras, quelle

chance purement statistique avaient-ils qu’elle leur donne (surtout rapidement)

un cheval capable de gagner quatorze Grs1 ?

En 2011,

pour son ultime année en piste, Goldikova allait encore remporter deux Grs1, l’“Ispahan”

et le “Rothschild”. Elle avait 6ans.

 

Six ans,

c’est l’âge qu’aura Trêve l’an

prochain. Or l’on parle de plus en plus, à son sujet, d’une quatrième tentative

dans l’“Arc” en 2016. Ainsi suivrait-elle le même chemin que Goldikova. Mais ne

brûlons pas les étapes, car l’issue de son combat de dimanche jouera un rôle

dans la décision : elle aura sans doute plus de chances de rester en piste

après l’Arc si elle le gagne à nouveau.

Ce qui est

intéressant, c’est la motivation du cheikh Joaan Al Thani. Relisez la citation

des Wertheimer, le parallèle est frappant : « battre des records »… Trêve peut, dimanche, battre le record

de victoires dans l’Arc. Mais en s’imposant une quatrième fois l’an prochain,

ça ne serait plus un record ; ça serait comme les 8,90m de Bob Beamon aux

Jeux de Mexico en 1968 ou les 6,15m de Sergueï Bubka à Donetsk en 1993. Une

empreinte jugée, à chaud, impossible à effacer. Une marque, surtout, qui fera

que les noms de Beamon et Bubka ne disparaitront jamais tout à fait des

tablettes, même si Mike Powell et Renaud Lavillenie sont allés plus loin et

plus haut depuis.

 

Restons

en 2015. La présence de Trêve au départ d’un troisième Arc, à 5ans, est déjà un

événement rare en soi. Jamais aucun pur-sang ayant gagné deux fois la course

n’a tenté sa chance une troisième fois. Est-ce pour autant une nouvelle

tendance ? Pourquoi pas… Du moins, c’est la preuve qu’il existe désormais

deux façons d’exploiter un cheval de très haut niveau : rapidement

(classiquement), à 2ans et 3ans ; et sur la durée (nouveauté), au-delà de

l’année de 3ans. La première façon concerne la majorité des cas, car tout

pousse les meilleurs éléments à ne pas s’éterniser en piste. Que valent les

allocations face aux promesses d’une rentabilité offerte par le haras dans une

optique commerciale ? Pour un champion mâle, la réponse est sans

appel : il peut commencer la monte à 100.000 euros et, en donnant

naissance à une centaine de produits chaque année pendant les trois premières

années, réaliser un chiffre d’affaires brut de 30 millions d’euros. Pour une

jument multiple gagnante de Gr1, c’est plus tangent : si elle est bien née

et bien saillie, elle peut voir ses yearlings dépasser le million d’euros à

plusieurs reprises, et atteindre un chiffre d’affaires brut supérieur à 10

millions d’euros dans sa première partie de carrière au haras.

La

seconde façon est celle qui s’offre à deux catégories de propriétaires :

ceux qui les moyens de se passer d’une rente au haras (c’est le cas de Trêve)…

et ceux, plus modestes, qui se disent qu’il faut profiter d’un plaisir qui ne

se reproduira sans doute jamais – à condition pour eux de résister à la

tentation de vendre leur cheval à l’amiable !