Golden horn, le cheval qui ne devait pas "tenir

Autres informations / 06.10.2015

Golden horn, le cheval qui ne devait pas "tenir

 

L’élevage n’est pas un long fleuve tranquille. L’éleveur et

propriétaire de Golden Horn, Anthony Oppenheimer, doutait tellement de la tenue

de son élève, qu’il ne l’avait ni engagé dans le Derby ni dans l’"Arc".

Au final, son protégé a gagné les deux épreuves ! À terme, Golden Horn

doit intégrer l’effectif des étalons de Darley, comme son père, Cape Cross, et

son père de mère, Dubai Destination, deux étalons au destin étonnant.

 

Cape Cross, l’étalon

passé par les courses de cavalières

Cape Cross (Green

Desert), un élève du cheikh Mohammed Al Maktoum, a été entraîné par John Gosden

lors de ses deux premières saisons de compétition. Lauréat de l’une de ses deux

sorties à 2ans, il s’est ensuite classé huitième des 2.000 Guinées (Gr1) au

mois de mai de ses 3ans. Au cours de son année de 3ans, Cape Cross a également

couru une épreuve pour cavalières, sans parvenir à s’imposer ! En août, à

Goodwood, il est rétrogradé de la première à la quatrième place dans le Celebration

Mile, pour une monte trop aventureuse de Frankie Dettori. Suite à ce revers,

Cape Cross quitte l’effectif de John Gosden pour rejoindre celui de Saeed bin

Suroor. Il aborde sa saison de 4ans sans aucune victoire au niveau black type

en huit sorties, sa meilleure performance étant, sur le papier, une troisième

place dans les Craven Stakes (Gr3). On est très loin d’un palmarès d’étalon…

Après avoir montré une certaine désaffection pour le dirt, il est rétrogradé dans l’équipe des leaders de Godolphin.

 

Quand le leader remporte un Gr1 de bout en bout

Cape Cross effectue sa rentrée dans les Lockinge Stakes

(Gr1), comme cheval de jeu de Kahal (Machiavellian).

À la surprise générale, alors qu’il devait se cantonner au rôle de leader, il

remporte l’épreuve de bout en bout. Le cheval a 4ans et il remporte à cette

occasion son premier succès au niveau black

type, directement au niveau Gr1. Comme le précisait Franco Raimondi dans un

article paru cet été : « Cape Cross a en

quelque sorte "volé" un Gr1 et ses résultats suivants sont là pour le

prouver : cinquième des Queen Anne Stakes, troisième d’un "Jacques Le

Marois" assez moyen, quatrième des Queen Elizabeth II Stakes et neuvième

du Breeders’ Cup Mile. »

Afin d’étoffer son palmarès en vue d’une éventuelle carrière

d’étalon, Cape Cross est présenté plusieurs fois au niveau Gr1. Il s’impose

dans les Queen Anne Stakes (Gr2 à l’époque) à Royal Ascot, après avoir navigué

en tête à la corde. Suite à ce fait d’arme, les portes du haras s’ouvrent à

lui.

 

De modestes débuts au

haras

Au vu de ses performances, les débuts au haras de Cape Cross

furent timides. C’est à Kildangan Stud, en Irlande, que sa carrière d’étalon

fut lancée, avec une jumenterie relativement modeste. Ouija Board fut le

détonateur qui changea le cours de sa carrière de reproducteur. La pouliche,

issue de la première génération de monte de son père, a décroché les Oaks

d’Epsom puis les Oaks d’Irlande (Grs1). Elle s’est également imposée dans le

Breeders' Cup Filly & Mare Turf, mais également dans les Nassau Stakes, les

Prince of Wales's Stakes et le Hong Kong Vase (Grs1). À 3ans, Ouija Board s’est

classée troisième du Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1) de Bago (Nashwan).

 

De Ouija Board à Sea

the Stars

En engendrant Ouija Board, Cape Cross a prouvé qu’il

prouvait produire au meilleur niveau mais aussi que sa descendance pouvait

tenir au delà du mile. Ce sont d’ailleurs les performances de la

représentante de Lord Derby, qui ont incité la famille Tsui à croiser leur

gagnante d’Arc, Urban Sea (Miswaki),

avec Cape Cross. Le résultat de ce croisement, Sea the Stars (Cape Cross), a gagné six Grs1 dont le Prix de l’Arc

de Triomphe (Gr1). Il est considéré comme l’un des meilleurs chevaux de

l’histoire des courses hippiques. Timeform le crédite d’un rating de

140, soit l’un des quinze meilleurs de l’histoire de ce classement. Si l’on

regarde les ascendances maternelles de Sea the Stars, Behkabad et Ouija Board,

soit les trois lauréats de Gr1 produits par Cape Cross sur 2.000m ou plus, il y

a clairement des éléments garants de tenue. Qu’en est il pour Golden

Horn ?

 

Des doutes sur la

distance

Anthony Oppenheimer, l’éleveur et propriétaire de Golden

Horn, a expliqué en juin 2015 à la presse britannique : « Les meilleurs chevaux de la famille

sont des milers. C’est la raison pour laquelle Golden Horn

n’a pas été engagé dans le Derby lorsqu’il était yearling. Cela fait longtemps

qu’aucun membre de la famille n’a gagné sur plus de 2.000m. Nous verrons bien

ce qu’il arrivera. Toute ma vie j’ai rêvé de gagner le Derby. C’est le

rêve de tous les éleveurs et propriétaires. Et cette année, j’ai peut-être une

chance. » Quelques jours plus tard, son élève a brillamment passé le test,

en remportant le Derby sur 2.400m à Epsom.

Flèche d'Or

(Dubai Destination), la mère de Golden Horn, n’a pas couru. À ce jour, elle a

donné trois poulains dont deux gagnants. En 2011, elle a produit Eastern Belle (Champs Élysées),

nettement battue dans les Nassau Stakes (Gr1) et lauréate de Listed sur 2.000m

à Newbury. Progressivement rallongée, elle s’est classée deuxième de Gr3 à

Saratoga, pour son unique tentative sur 2.400m, derrière Goldy Espony (Vespone).

En décembre 2012, Flèche d'Or a été vendue 62.000 guinées,

en décembre, chez Tattersalls. Le bon a été signé par BBA Irlande. La jument a

ensuite donné naissance à Golden Reign

(Champs Élysées), qui a fait monter les enchères jusqu’à 150.000 euros à la

vente Goffs Orby. Elle est actuellement à l’entraînement chez William Haggas.

Flèche d'Or a par la suite produit une pouliche par Acclamation et elle a été

saillie par Shamardal en mars 2015.

 

Dubai Destination, un

vecteur de tenue ?

Si Cape Cross a agréablement surpris au haras, Dubai

Destination, a quand à lui clairement déçu. Très bien né, par Kingmambo et la

mère du remarquable miler Librettist

(Prix du Moulin de Longchamp et Jacques Le Marois), il s’était lui-même imposé

dans les Queen Anne Stakes (Gr1) au cours d’une carrière marquée par des ennuis

de santé. Dubai Destination a commencé sa carrière à Dalham Stud et a été

soutenu à ses débuts. Lors de sa première saison de monte, il a sailli 142

juments (dont 52 black types). Les

années suivantes son book s’est maintenu à 135 et 148 poulinières,

toujours avec une bonne proportion de black

types. Ibn Khaldun, son meilleur produit, a gagné le Racing Post Trophy

(Gr1). Ce lauréat de Gr1, dès sa première génération, n’a pas empêché une lente

et inexorable baisse de sa cote en tant que reproducteur. En 2010, six ans après

son entrée au haras, Dubai Destination est passé dans les rangs des pères de

chevaux d’obstacle, avant d’être exporté en Arabie Saoudite. Son nom a refait

surface cette année, dans la colonne des pères de mères. Il est en effet à

l’origine de la mère de Golden Horn, lauréat de l’Arc français mais également

de celle de Postponed, gagnant des

King George VI and Queen Elizabeth Stakes, l’Arc anglais. Il faut certainement

y voir un signe de transmission de tenue. On peut également se référer au fait

que dans les dix meilleurs produits de Dubai Destination, six se sont

distingués sur 2.400m ou plus. Top Trip

(Dubai Destination), lauréat du Prix Hocquart (Gr3) et troisième du Gold Cup

(Gr1), sous l’entraînement de Francois Doumen, en est l’une des meilleures

illustrations.

 

Une famille marquée

par la vitesse

Nuryana (Nureyev),

la deuxième mère de Golden Horn, a une descendance très étoffée avec dix

gagnants (dont trois de Stakes) sur douze produits. Elle est la mère de Rebecca Sharp (Machiavellian), lauréate

des Coronation Stakes et deuxième des Queen Elizabeth II Stakes (Grs1). Cette

dernière n’a jamais couru au delà du mile. Avec Caerleon, Nuryana a donné

Mystic Knight, lauréat de Gr3 sur

2.200m. À son sujet, Anthony Oppenheimer explique : « Il n’était pas un cheval de grande classe.

Il a couru le Derby et s’est classé sixième. Rien à voir avec Golden Horn. Il

ne s’agit pas d’une famille de tenue, mais Golden Horn a prouvé qu’il pouvait

tenir la distance. » Pour contredire son éleveur, Nuryana a engendré Hidden Hope (Daylami), deuxième du Prix

de Pomone et des Lancashire Oaks (Grs2), sur 2.500 et 2.400m. Mais il faut

tenir compte de la tenue du père, Daylami,

lauréat du Coronation Cup et des King George VI and Queen Elizabeth Diamond

Stakes (Grs1). Si l’on se penche sur le pedigree de Nuryana, on observe un

enchaînement de géniteurs ayant fait leurs preuves sur le registre du mile

ou plus court – Habitat, Nureyev, Lorenzaccio. Dans le même état d’esprit, la

famille de Golden Horn s’est, elle, largement distinguée sur le créneau du mile

et de la vitesse. Les meilleurs descendants de sa quatrième mère sont On the House (Be my Guest), gagnante

des 1.000 Guinées et des Sussex Stakes (Grs1), Irish Field (Dubawi), Prix Robert Papin (Gr2), Leo (Pivotal), Royal Lodge Stakes (Gr2) et Centre Stalls (In the Wings), deuxième des Queen Anne Stakes (Gr2).