Il faudra dire l’ancien longchamp…

Autres informations / 07.10.2015

Il faudra dire l’ancien longchamp…

MAGAZINE

 

La

journée du 94e Qatar Prix de l’Arc de Triomphe a tourné plusieurs

pages. Celle des exploits de Trêve mais aussi celle de l’hippodrome de

Longchamp dans sa configuration de la fin du XXe siècle. Dans deux ans, on

découvrira la version du XXIe siècle.

 

Dès lundi, les travaux du Nouveau Longchamp ont

officiellement débuté. La phase de préparation et d’organisation du chantier

(zones de stockage, espaces de circulation, zones d’intendance…) est le

préalable à tout le reste. Puis se succéderont les étapes de démolissage et de

construction des nouvelles infrastructures. Pour rappel, la livraison est

prévue pour le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe 2017.

 

Un

lieu chargé d’histoire

Inauguré le 27 avril 1857, l’hippodrome de Longchamp a déjà

connu plusieurs réhabilitation et destructions/constructions plus ou moins

maîtrisées. Le site du bois de Boulogne (un ancien domaine royal devenu propriété de

la Ville de Paris) avait été choisi par le duc de Morny dès 1853. Les épisodes

des deux guerres mondiales du XXe siècle, mais aussi celui du conflit

franco-prussien de 1870, ont marqué l’histoire de Longchamp. L’hippodrome a

ainsi été bombardé en 1870 et 1943. La plus grande course de cette époque

originelle est le Grand Prix de Paris, lancé en 1863. L’épreuve sera la plus

richement dotée du monde avant la Première guerre mondiale. Le Prix d’Ispahan

naîtra en 1873. Mais, dès 1857, se disputent à Longchamp le Prix du Cadran et

le Prix Lupin, deux transfuges du Champ-de-Mars. Le Prix de l’Arc de Triomphe

fera évidemment son apparition à Longchamp en 1920, comme un geste d’hommage à

l’engagement de tant de nations pendant la Grande Guerre. Sa première édition,

le 3 octobre 1920, précède de quelques jours l’installation du mémorial au soldat

inconnu, le 11 novembre 1920, au pied du monument de l’Arc de Triomphe (le

tombeau sera réellement inauguré en 1921).

La vie de l’hippodrome du bois de Boulogne n’aura pas été un

fleuve tranquille. Le 4 octobre 1906, un mouvement de foule se transforme en

émeute. Les parieurs sont mécontents d’une décision des commissaires qu’ils

considèrent injustifiées. Elle concerne le favori et est en sa défaveur. Du

coup, les baraques du pari mutuel de la pelouse sont brûlées. La suite de la

réunion est annulée.

Longchamp a été transformé en parc à bestiaux en 1914

et a permis de sauver des troupeaux de bœufs et de moutons en provenance des

régions du Nord investies par l'ennemi. Durant la Grande Guerre toujours, des

soldats moissonneurs édifient sur la pelouse des meules de paille et de foin.

Quant à la Croix-Rouge américaine, elle s’en sert de base pour recevoir les

blessés. Toujours pendant 1914-1918, Longchamp devient aussi un camp

d'aviation.

L’âge d’or de l’entre deux-guerres et les années

folles font de Longchamp un lieu couru. L’année de tous les records est 1926.

Les données de l’époque font état de 119.407 personnes à la pelouse, 34.425 au

pesage (dont 15.430 dames), 12.552 au pavillon et 251 au moulin. Soit un

parterre de 166.435 personnes !

Pendant la Deuxième guerre mondiale, une batterie de

DCA allemande est installée sur la pelouse. Le 4 avril 1943, lors de la réunion

de réouverture annuelle, la DCA ouvre le feu, des bombes tombent, la pelouse

est recouverte d’un nuage de fumée. Les bombes alliées sont tombées près du

moulin. Bilan : cinquante-quatre morts, dont sept dans l’enceinte de

l’hippodrome. Par téléphone, le préfet de police intime l’ordre aux

commissaires des courses de poursuivre la réunion. Ce sera fait. Mais

l’hippodrome est fermé peu après. Il n’ouvrira ses portes que le 20 mai 1945,

douze jours après le 8 mai libérateur.

 

Une cinquième génération de tribunes

Au-delà des événements de la petite et grande Histoire qui

se sont déployés en lien avec l’hippodrome de Longchamp, intéressons-nous aux

grandes phases de rénovation dont a bénéficié le site.

Il y en a eu trois, avant cette nouvelle qui dessine le

nouveau Longchamp. En 1857, à l’origine, les tribunes étaient en bois. Cette

première version a été remplacée en 1904 par des tribunes en pierre dont

certaines sont encore présentes aujourd’hui, en amont des actuelles

constructions.C’est Charles-Louis Girault, déjà

auteur du pavillon de pesage de Chantilly en 1891, qui élève les nouvelles

tribunes. Ces structures intègrent le pavillon d’honneur central, des tribunes

latérales avec tours. Entre 1919 et 1920, Charles Adda, architecte attitré de

la Société d’encouragement depuis 1919, modifie et agrandit la tribune du

pavillon. En béton armé, elle conserve les tours et le socle aux baies ovales du

bâtiment initial mais est modernisée par un large auvent de béton armé qui la

chapeaute. Ensuite, il faut attendre 1966 pour arriver à la quatrième

génération des tribunes de Longchamp. En fait, les travaux ont été programmés

de 1962 à 1966. Imaginées et construites par l’architecte J. Regnault, elles

prennent la place des tribunes de 1904. Par un procédé de mise en œuvre très

novateur et unique, les nouvelles tribunes de Longchamp sont élevées tout

d’abord séparément puis glissées sur des rails pour prendre la place des

tribunes détruites et se raccorder aux tours subsistantes. L’édifice est

impressionnant : on trouve sept niveaux de tribunes surmontées d’un

immense auvent métallique couvert d’aluminium. La capacité affiche 8.000 places

assises et autant debout. Il s’agit tout simplement des actuelles

installations (du moins, celles du dimanche 4 octobre 2015). L’inauguration a

lieu le 3 avril 1966. Fait remarquable, l’"Arc" précédent, qui a

valeur de référence absolue avec le succès de Sea Bird devant Reliance

et Diatome, s’est disputé devant

49.865 personnes installées dans et devant les anciennes tribunes (de 1920).

Quelques jours plus tard, lesdites tribunes étaient démontées. Mais le grand

lifting avait bien débuté plus tôt. Le 5 juin 1964, par exemple, un nouveau

rond de présentation (l’actuel donc) est mis en service. Il est entouré de

gradins et apporte comme novation son passage protégé du public par lequel les

chevaux se rendent en piste. Auparavant, les concurrents traversaient la foule

pour rejoindre la piste.

 

Une

galerie de champions exceptionnels

Les actuelles tribunes de Longchamp n’ont pas vu Sea Bird, en 1965, puisqu’elles ont été

inaugurées lors la saison suivante. Mais beaucoup des plus grands champions de

l’ère moderne ont foulé la piste de Longchamp : Vaguely Noble (Arc 1968), Nijinsky

(battu par Sassafras dans l’Arc

1970), Allez France (Arc 1974), Alleged (Arcs 1977 et 1978), Sagace (Arcs 1984 et 1985 avant d’être

rétrogradé dans son second au profit de Rainbow

Quest), Dancing Brave (Arc 1986),

Reference Point (laminé dans l’Arc

1987 de Trempolino), Generous (fatigué dans l’Arc 1991 de Suave Dancer), Peintre Célèbre (Arc 1997), Montjeu

(Arc 1999 devant le japonais El Condor

Pasa), Sinndar (Arc 2000), Zarkava (Arc 2009), Sea the Stars (Arc 2009) et… Trêve (Arcs 2013 et 2014). Les fusées Habibti et Dayjur ont marqué de leur empreinte la vitesse à Longchamp.

Manquent évidemment des noms dans cette galerie. Chez les milers, la

liste est du même tonneau avec Riverman,

Blushing Groom, Irish River, Miesque, Arazi, Rock of Gibraltar, Divine

Proportions, Goldikova, Moonlight Cloud, etc. Parmi les grands

absents ? Citons dans un souci de brièveté Brigadier Gérard (en 1971 ou 1972), Shergar (en 1981), Dubai

Millennium (en 1999 ou 2000) et Galileo

(en 2001).

Golden

Horn, le gagnant du 94e Qatar Prix de l’Arc de

Triomphe, constitue un ultime champion très respectable (avec Trêve, cela va sans dire), dans la

galerie de ceux qui auront marqué le désormais Ancien Longchamp.