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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Patrick fellous : « les allocations ne sont pas une charge, mais un investissement pour l’avenir »

Autres informations / 31.10.2015

Patrick fellous : « les allocations ne sont pas une charge, mais un investissement pour l’avenir »

PATRICK FELLOUS : « LES

ALLOCATIONS NE SONT PAS UNE CHARGE, MAIS UN INVESTISSEMENT POUR L’AVENIR »

Pour Jour de Galop,

la tête de liste « Syndicat National des Propriétaires » détaille ses

priorités et ses objectifs.

 

Jour de Galop. - Quelle est, selon vous, la question

prioritaire à traiter ?

Patrick Fellous. - La hausse de la TVA. Aujourd'hui, les propriétaires non assujettis

souffrent énormément. Au Syndicat, où nous sommes en contact permanent avec

toutes les forces vives – grandes ou petites – nous recevons chaque jour des

témoignages qui vont tous dans le même sens : certains ne veulent plus de

chevaux, d'autres survivent difficilement et je connais des passionnés qui

rêvaient de devenir un jour propriétaire et y ont aujourd’hui renoncé… tout cela

à cause de la TVA ! Or partout où je vais, je n’entends qu’une seule

réponse : Bruxelles. Mais Bruxelles n’est pas tout.

 

Que voulez-vous dire ?

Je veux dire qu’il existe en fait deux solutions, deux

actions à mener en parallèle pour lutter contre la hausse de la TVA. D’une

part, oui, il y a Bruxelles. C’est une intervention totalement nécessaire. Mais

elle ne portera ses fruits qu’après de longs, difficiles et incertains mois de

lobbying. C’est pourquoi, d’autre part, nous devons nous organiser pour effacer

fiscalement, en partie ou en totalité, la TVA. Pour cela, nous devons suivre

deux pistes. La première, c’est de passer la prime compensatoire versée par

l'État de 100 à 200 euros par mois et par cheval. La différence de traitement

avec les centres équestres est inacceptable, et nous devons agir pour être

aussi bien traités qu’eux. La seconde mesure, c’est de permettre aux

non-assujettis de récupérer la TVA sans pour autant passer professionnels, et

sans paperasse, puisque le Syndicat, fort de son équipe structurée et

dynamique, s'occupera de tout.

 

Comment ferez-vous ?

Les experts-comptables, fiscalistes et avocats de notre

Commission fiscale interprofessionnelle suivent ce dossier depuis le

commencement. Avec eux, le Syndicat a le projet de créer un département dédié à

la fiscalité pour l'ensemble de ses adhérents. Contre une participation

financière, chaque adhérent sera accompagné et assisté dans toutes ses

démarches fiscales, notamment pour l'aider à s'assujettir à la TVA. C’est une

solution concrète et réalisable. Et ce qui serait formidable, ça serait que

France Galop copie ensuite notre système pour l’offrir à tous les propriétaires

français, qu’ils soient ou non membres de notre syndicat.

 

Outre la TVA, quelle évolution préconisez-vous ?

Beaucoup de listes demandent : « Rendons les

courses plus attractives ». C’est une évidence, mais comment ? Au

Syndicat, nous sommes absolument convaincus que nous devons renouer avec les

trois grands groupes de télévision si nous voulons à nouveau attirer le grand public.

Chaque jour, TF1, France Télévisions et M6 rassemblent entre 15 et 18 millions

de téléspectateurs, TNT incluse. C'est une formidable vitrine dont il faut

profiter. Mais attention à la caricature ! Ce que nous proposons ne

signifie pas dilapider l'argent en diffusant nos Quintés sur les chaînes

nationales. Non. Ce que nous préconisons, c'est de définir une enveloppe et de

proposer à ces grands groupes de parler régulièrement des courses, toute

l'année. C'est ainsi que nous les replacerons dans le quotidien des Français.

Je vais vous donner le chiffre le plus tabou de toutes les

courses françaises. Savez-vous combien de personnes ont regardé

"l’Arc" 2015 sur France Télévisions ? 630.000 contre 870.000 –

ce qui n’était déjà pas un chiffre rassurant – en 2014.

 

En disant cela, vous critiquez la gestion précédente des

sociétés mères, qui ont notamment fait le choix de quitter TF1 à 20 h 45. Quel

jugement plus général portez-vous sur les quatre dernières années ?

Nous n’avons pas toujours été en accord avec la politique

qui a été menée, mais il faut reconnaître que Bertrand Bélinguier et son équipe

ont plusieurs avancées à leur actif, comme la fin du PMH et la négociation

portant sur les retraites complémentaires. Il faut saluer ce travail, et

admettre que le Président Bélinguier a été un bon ambassadeur de notre

Institution sur la scène nationale et internationale. Il faut d’ailleurs que

son successeur ait aussi une vraie stature, et soit capable de parler d’égal à

égal avec les pouvoirs publics, avec nos partenaires étrangers, et avec nos

amis du Trot. La question de la parité trot-galop est d’ailleurs cruciale. La

polémique enfle et elle nuit à nos relations avec eux. Or nous avons besoin

l’un de l’autre.

 

Certaines listes proposent d'établir un grand audit

indépendant, qu’est-ce que cela vous inspire ?

Notre expérience nous a appris qu'à chaque mandature, un

audit est demandé, à chaque fois réalisé, mais qu'il n'en ressort aucune mesure

concrète ! Où sont passés les résultats de l'audit établi il y a trois

ans ? Si nous voulons réaliser un rapport pertinent, efficace et peu

coûteux, le Syndicat préconise qu’il soit établi à partir des conclusions déjà

existantes du Conseil économique et social. Il faut donc réveiller ce Conseil

pour qu'il rouvre ses dossiers, les actualise et apporte ses conclusions aux

administrateurs de France Galop.

L'audit devra ensuite révéler une stratégie économique et

sociale claire et transparente. J'insiste sur ce dernier point : ses

conclusions devront être présentées au Comité de France Galop et les solutions

rendues publiques. À la lumière de ce rapport, nous devrons poursuivre les

économies, mais aussi chercher de nouvelles ressources.

 

À quelles ressources pensez-vous ?

La généralisation du sponsoring de nos courses doit devenir

un objectif prioritaire. Par généralisation, j'entends le sponsoring de toutes

nos courses, toute l'année. C’est une source encore inexploitée de revenus. De

nombreuses sociétés de courses de province l’ont bien compris. Elles

commercialisent l’intégralité de leurs épreuves aux côtés d'entreprises

locales !

Sponsoriser nos grands rendez-vous avec Longines et le

Qatar est une excellente chose, mais ce n'est absolument pas suffisant. Encore

quelques-unes de nos plus belles réunions ne sont pas sponsorisées – le Prix du

Jockey Club par exemple. Mais pour attirer de nouveaux sponsors, nous avons un

passage obligé : renouer avec les grands groupes de télévision, comme je

l’ai déjà dit.

 

Et où chercher les économies supplémentaires

désormais ?

Premièrement, en fusionnant les services administratifs de

France Galop, du Trot et du PMU. Cela faisait d'ailleurs partie des engagements

du Comité stratégique. Deuxièmement, en externalisant certains services ne

dépendant pas du domaine régalien (réglementation, programme des courses,

organisation des compétitions). Je pense notamment au marketing et à la

communication. Ces deux solutions nous permettraient de réaliser d'importantes

économies d'échelle.

 

On constate que le problème des ressources vient en grande

majorité de la baisse du chiffre d’affaires du PMU. Comment aider le PMU à

retrouver le chemin de la croissance ?

Nous devons veiller à l’avenir à ce que le

développement du PMU se fasse avec les socioprofessionnels et non pas malgré

eux. Une illustration symptomatique : le PMU veut être présent auprès des

parieurs à l’heure du déjeuner pour accroître les enjeux, mais qu’en est-il du

plaisir du propriétaire qui voit triompher ses couleurs à 12 h sur un champ de

courses déserté ? Ma proposition, c’est de mieux travailler ensemble. Pour cela, je note que nous sommes représentés dans l’exécutif du PMU, mais je crois que l’on

gagnerait en efficacité si le PMU pouvait déléguer un auditeur permanent au

conseil d’administration de France Galop. Cela apporterait un éclairage complémentaire sur la situation et éviterait

les choix à l’emporte-pièce.

 

« Je note que nous sommes représentés dans l’exécutif

du PMU, mais je crois que l’on gagnerait

en efficacité si le PMU pouvait déléguer un auditeur permanent au conseil

d’administration de France Galop. »

 

Autre sujet : pensez-vous que France Galop soit

performant dans la prospection et l’accompagnement des propriétaires ?

Les propriétaires sont mieux accompagnés aujourd’hui

qu’hier, c’est un fait. Mais le ressenti global des propriétaires reste

négatif. Il y a encore beaucoup de frustration et d’insatisfaction, surtout en

matière de restauration.

 

Que préconisez-vous ?

Les limites du système actuel sont à mon avis liées à un

défaut d’organisation structurelle, car il y a en réalité deux enjeux bien

différents : la prospection et la fidélisation. Ce sont deux questions

aussi importantes l’une que l’autre, deux questions complémentaires, mais deux

questions à traiter séparément. C’est pourquoi je pense qu’il faut d'une part

renforcer les actions du Département Propriétaires en matière de fidélisation,

afin qu’il puisse se consacrer à l’accueil et au traitement de ses clients. Les

propriétaires veulent être bien reçus toute l'année, pas seulement sur les réunions

de grands prix. Évidemment, on ne demande pas à France Galop de mettre les

petits plats dans les grands à chaque réunion, mais le propriétaire qui

remporte une course un jeudi d'octobre à Longchamp a le droit à autant d'égards

qu'un propriétaire gagnant le Prix de Diane, non ?

Et d’autre part, il faut créer un vrai service, séparé,

pour gérer la conquête de clientèle. 

 

Une sorte de

FRBC français ?

Oui et sur ce sujet, nous rejoignons totalement le programme du

Syndicat des Éleveurs intitulé « Priorité aux Propriétaires ». L'une

des solutions ici évoquées est la création d’un équivalent du FRBC (French

Racing and Breeding Committe) pour les cibles captives en France. Nous pensons

au Syndicat qu'il s'agit d'une excellente idée, et nous remercions le Syndicat

des Éleveurs pour cette belle initiative.

Et enfin, puisque les propriétaires sont notre

préoccupation centrale, je formule cette priorité absolue pour le prochain

mandat : créer un "guichet unique" pour les propriétaires. Quand

je parle de guichet unique, je veux dire un seul point d’accueil – physique et

téléphonique – pour répondre aux propriétaires quelle que soit la nature de

leur demande. Car ce n’est pas au propriétaire de faire le parcours du

combattant, de se perdre dans les dédales de France Galop, quand il est à la

recherche d’une information ou d’un service particulier.

 

« Je formule cette priorité absolue pour le prochain

mandat : créer un "guichet unique" pour les propriétaires.»

 

Terminons avec un dernier sujet crucial pour les

propriétaires : celui des allocations.

La seule équation qui soit vraie, et tous ceux qui avancent

le contraire se trompent, c’est : plus d’allocations = plus de

propriétaires. Au Syndicat, nous considérons les allocations non pas comme une

charge de fonctionnement, mais comme un investissement. Un investissement vital

pour toute la filière. France Galop ne doit pas – ne doit plus – les considérer

différemment. Offrir des allocations, c’est semer pour l’avenir. Cela

fonctionne comme le recyclage des gains au PMU : connaissez-vous un seul

propriétaire qui ne réinjecte pas ce qu’il a gagné dans le système ? Pas

moi. Alors, plus vous lui rendrez, plus il réinvestira ; et si vous ne lui

donnez plus les moyens de gagner, il quittera progressivement le système.

Diminuer l’investissement, en baissant les allocations, c’est être certain de

s’installer durablement dans la récession.

 

« La seule équation qui soit vraie, et tous ceux qui

avancent le contraire se trompent, c’est : plus d’allocations = plus de

propriétaires. Au Syndicat, nous considérons les allocations non pas comme une

charge de fonctionnement, mais comme un investissement. »

 

Le Syndicat national

regroupe six associations en régions

Hervé Chamarty (Sud-Ouest) avec photo

Gérard Nicol (APGO) avec photo

Annie Michel (Île-de-France, Nord, Haute-Normandie)

avec photo

Serge Tardy (Sud-Est) avec photo

Thierry Ravier (Centre-Est) avec photo

Jacques Montoya (Est) avec photo