Tour des haras : haras de bourgeauville

Autres informations / 16.10.2015

Tour des haras : haras de bourgeauville

TOUR DES HARAS

HARAS DE BOURGEAUVILLE

PHILIP LYBECK

Jour de Galop. Comment avez-vous découvert l'élevage de chevaux de courses ?

Philip Lybeck. Cela s'inscrit dans le cadre de notre histoire familiale. C'est assez récent, car tout a commencé avec mes parents. Ma mère, Amélie Ehrnrooth, a toujours été passionnée par les courses et cela n'a fait que grandir pendant les années

1980. Finalement, nous avons acheté le haras de Bourgeauville en 1992. Nous sommes finlandais et mes parents partagent leur temps entre la Finlande, où ils résident dans les environs d'Helsinki, et la France. Pour ma part, j'ai aussi été touché par le virus des courses et j'ai pris la direction du haras en 2004.

L'élevage est une activité difficile. Quelle est votre motivation personnelle pour relever le défi jour après jour ?

C'est la dimension de la compétition qui nous fait vibrer. Le but est de gagner. En tant qu'éleveurs, nous sommes là pour "créer" des chevaux qui doivent ensuite devenir de bons compétiteurs. Ce qui est passionnant, c'est que le chemin à suivre est long et sinueux. Cet engagement du quotidien est presque un sacerdoce.

Selon vous, que faut-il privilégier dans le mariage jument/étalon : vitesse/fond, vitesse/vitesse, fond/fond ?

Nous ne raisonnons pas forcément comme cela. Lors de l'établissement de nos croisements, nous regardons ce qui a déjà marché. Nous croyons beaucoup à la force du croisement réussi. Réfléchir sur les pedigrees qui ont déjà fait leurs preuves fait partie de notre démarche. Le modèle est aussi un critère important. Nous cherchons des modèles qui se complètent. Je dirais que nous sommes dans une recherche du classicisme, avec un apport de vitesse (par des performers milers par exemple), mais aussi avec une présence de tenue. Nous nous interdisons finalement assez peu de choses. Notre effectif s'élève à une vingtaine de poulinières et, globalement, nous vendons toute notre production.

Faire naître un poulain d'une jument inédite, est-ce rédhibitoire, un simple risque ou n'est-ce pas un problème ?

Qu'une jument ait des performances significatives (du caractère gras) avant d'entrer au haras est sans doute un plus. Mais le plus important à nos yeux est son pedigree, et en particulier sa famille maternelle solide. Il faut que celle-ci soit dense, avec une production d'étalons en son sein. Avec une bonne souche maternelle, on peut bien travailler et investir avec raison.

Qui est, pour vous, le plus grand éleveur de l'histoire ? Et pourquoi ?

Difficile d'en citer un plus que les autres. Ce qui nous inspire dans l'élevage, c'est la continuité. Nos références sont les grands élevages qui ont su développer leurs souches sur plus d'un siècle et faire que leurs familles soient toujours vivantes. Mais le plus grand d'entre tous est Federico Tesio. Il a apporté, avec Nearco et Ribot notamment, des éléments fondamentaux du pur-sang moderne.

Racontez-nous votre plus belle histoire aux ventes de Deauville.

C'est Bayourida que nous avons acquise lors de la vente d'élevage de décembre de Deauville en 2001. Elle avait fait le top price de la vente [260.000 euros, ndlr]. C'était une fille de Slew O'Gold issue d'une très belle famille Wertheimer [celle de Roi Lear, Athyka]. Bayourida nous a permis de changer de catégorie en introduisant dans notre élevage une famille très vivante et très riche en caractère gras. Elle nous a permis de monter notre niveau, de passer un "gap" diraient les Anglais. Nous avons ensuite acheté sa sœur, Bellona. Avec elles, la page du catalogue de vente de nos produits s'est fortement étoffée. C'est aujourd'hui la famille de We Are par exemple. C'était un pari audacieux, mais que nous ne regrettons nullement !

Quel est selon vous le critère déterminant pour qu'un yearling d'octobre fasse monter les enchères ? Que privilégiez-vous quand vous inscrivez un yearling en octobre ?

Le modèle est important en octobre, mais c'est un critère toujours déterminant, quelle que soit la vente. L'intérêt de la vente d'octobre est de pouvoir présenter des yearlings pas très précoces qui ont eu besoin de plus de temps. De par notre production, nous sommes positionnés sur un marché international. C'est pourquoi nous préférons être plus présents en août qu'en octobre. Néanmoins, en octobre, le marché international s'est développé depuis quelques années. Les acheteurs internationaux sont finalement très présents. Je dirais que le marché d'octobre est souvent satisfaisant car il y a tout le monde : les Français et les investisseurs étrangers.